Quinze allergies et 3000 lunchs plus tard

Les allergies alimentaires n'ont plus de secrets pour... (Isabelle Légaré)

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Les allergies alimentaires n'ont plus de secrets pour Marie-Josée Bettez et son fils Christophe.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Impossible pour lui de se faire livrer une pizza. Trop risqué. Partir à l'improviste pour le week-end? Très compliqué. Tout doit être prévu, y compris l'imprévisible. Une bombe à retardement est vite arrivée dans son assiette.

Sa mère a fait le calcul. Depuis la garderie jusqu'au cégep en passant par les camps de vacances, les fêtes d'amis, les voyages à la mer, le brunch chez grand-maman ou même le bal des finissants, au réputé Château Frontenac, Christophe Bettez-Théroux a traîné sa boîte à lunch plus de 3000 fois et pour vous dire la vérité, il n'est pas près de s'en séparer.

Allergique à une quinzaine d'aliments, le jeune homme de 19 ans a compris depuis longtemps qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même. 

Arachides, oeufs, noix, produits laitiers, poissons, fruits de mer, moutarde, graines de sésame, ananas, kiwi... Les interdits sont nombreux. La liste a déjà été deux fois plus longue. 

Christophe ne peut pas tout manger, mais s'il y a une chose que le «gourmet gourmand», comme dirait sa mère, refuse de bouder, c'est son plaisir de mordre dans la vie. La recette lui vient justement de ses parents.

L'étudiant en littérature avait quatre ans la première fois que j'ai rencontré sa mère et son père, en décembre 2002. Originaire de Trois-Rivières, Marie-Josée Bettez et son conjoint, Éric Théroux, venaient de publier Déjouer les allergies alimentaires, un guide pour les familles qui, comme la leur, se sentaient bien seules avec cette épée de Damoclès en permanence au-dessus de la tête.

Ces avocats de profession avaient développé quelque 150 recettes exemptes des principaux allergènes. Les auteurs n'avaient pas eu le choix de mettre la main à la pâte. Leur fils souffrait d'allergies multiples dont les symptômes allaient de sans conséquence grave à menaces réelles pour sa vie. De quoi angoisser et retrousser ses manches.

L'alimentation du bambin avait dû être revue et corrigée de fond en comble, tout comme le contenu du frigo et du garde-manger de la maisonnée. Chaque nouvel aliment introduit dans la bouche de Christophe était source de stress, surtout depuis cette soirée de juin où le blondinet aux yeux bleus âgé de seize mois s'était retrouvé à l'urgence après avoir croqué dans un tout petit morceau de chocolat noir. 

Le couple m'avait raconté qu'après cet épisode pour le moins traumatisant, il en était venu à fantasmer sur l'existence de ces petites pilules qui remplacent la nourriture dans les films de science-fiction. L'heure des repas avait des allures de champ de bataille avec, en guise de bouclier, l'auto-injecteur d'épinéphrine parmi les ustensiles. 

Laissés à eux-mêmes, sans ressources, les parents de Christophe auraient pu mijoter longtemps dans la déprime. Ils ont préféré enfiler un tablier et transformer leur cuisine en laboratoire. Ce n'est pas vrai que la famille allait se contenter d'une bouffe sans odeur et sans saveur. Le fruit de leurs essais-erreurs a donné le livre de recettes qui est devenu un best-seller, un site Web, des formations et conférences. 

L'ancienne conseillère juridique et substitut du procureur général a complètement réorienté sa carrière afin de se consacrer entièrement à ce qui s'apparente aujourd'hui à une mission. 

«J'ai travaillé fort. J'ai fait tellement de recherches en me disant que ça allait être utile à d'autres. C'est devenu un boulot à temps plein qui est reconnu par les allergologues», souligne Marie-Josée Bettez que je retrouve quinze ans plus tard dans la résidence familiale, à Québec. Elle est en compagnie de Christophe, sa source d'inspiration. 

Mère et fils viennent de signer Lunchs réinventés, un livre dans lequel le duo démontre que les gens aux prises avec de multiples allergies alimentaires peuvent être heureux dans leur assiette et à l'extérieur d'une cuisine aseptisée. 

«Avec de la planification, de la volonté, de la créativité et de l'optimisme, il y a toujours moyen de contourner les difficultés... Je ne peux pas tout manger, mais je peux tout faire.»

Christophe Bettez-Héroux est toujours aussi blond, ses yeux n'ont rien perdu de leur bleu éclatant et le thermos demeure son plus fidèle ami. «Après l'auto-injecteur», spécifie en souriant le jeune homme qui a appris très jeune à cuisiner en toute sécurité.  

Chaque repas le ramène aux précautions à prendre, mais fort des encouragements de ses parents, fiston préfère miser sur ce qu'il peut manger et non l'inverse. 

Dans ce livre qu'il a coécrit avec sa mère, Christophe partage près d'une centaine de recettes franchement alléchantes qui, un jour ou l'autre, se sont retrouvées dans sa boîte à lunch qu'il continue de trimballer.    

Entre une mayonnaise sans oeufs et son macaroni au «fauxmage», le cuistot décrit avec humour des expériences et anecdotes en famille et entre amis, à l'école comme au chalet, des situations qui nous font réaliser avec quel sérieux Christophe doit gérer son quotidien composé de «sans» ceci et «sans» cela. 

«Les allergies alimentaires font partie de ma vie, mais elles ne sont pas ma vie», affirme Christophe qui se fait un devoir et une joie de savourer tout ce qu'il goûte, à commencer par ce conseil de sa mère: «Le monde est vaste, le monde est beau. Il ne demande qu'à être conquis. Un lunch à la fois.»




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