Deux mamans, un donneur et deux enfants

Portrait d'une famille heureuse: Lyvia, Justin et leurs... (Isabelle Légaré, Le Nouvelliste)

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Portrait d'une famille heureuse: Lyvia, Justin et leurs mamans, Laurie Normand et Jennifer Pratte.

Isabelle Légaré, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

C'est l'heure du souper chez les Normand-Pratte. Lyvia, bientôt quatre ans, repousse les poivrons de son assiette avant de dévorer son roulé au jambon et de quitter précipitamment la table. Justin, deux ans et demi, l'imite sans demander son reste.

Frère et soeur ont mieux à faire que d'écouter leurs parents dresser le portrait d'une famille qui ressemble à toutes les autres, à cette nuance près que dans le cas qui les concerne, elle compte deux mamans.

Les gens heureux ont aussi une histoire. Celle-ci pourrait commencer par... «Il était une fois deux femmes qui s'aimèrent, prirent rendez-vous dans une clinique de fertilité, sélectionnèrent un donneur de sperme et eurent deux beaux enfants.»

Native de Bécancour, Jennifer Pratte est ambulancière. Originaire d'Alma, Laurie Normand est préventionniste en sécurité-incendie. Établies à Drummondville et en couple depuis huit ans, les amoureuses ont toujours su qu'elles voulaient une marmaille. Leur homosexualité n'était pas un frein à leur désir commun et légitime de fonder une famille comme on en trouve dans tous les quartiers près de chez vous. Ou presque.

Les parents de même sexe sont en progression au Québec, mais demeurent l'exception. Leur réalité familiale, elle, ne l'est pas et c'est parfait comme ça, affirment Jennifer et Laurie en acceptant de parler ouvertement de leur homoparentalité.

«On vit les mêmes joies et les mêmes peines. À part le fait que nous sommes deux femmes, il n'y a aucune différence.» 

Le ton est donné dans ce bungalow où règne une joyeuse cacophonie. C'est l'heure de pointe et comme partout ailleurs, les enfants de Laurie et Jennifer rient, pleurent, se disputent, s'enlacent, réclament un autre biscuit et m'invitent à visiter la chambre qu'ils partagent.

Sitôt entrée, Lyvia saute sur son lit et attire mon attention sur le mur où sont apposées des photos d'elle et de son petit frère alors qu'ils étaient bébés. 

«Moi, j'étais dans le ventre de maman Jennifer et Justin, dans le ventre de maman Laurie», dit-elle tout bonnement avant de tourner les talons et de parader avec ses sandales roses scintillantes.

Jennifer Pratte, aujourd'hui âgée de 39 ans, et Laurie Normand, 31 ans, ont convenu dès le départ que ce serait la plus âgée des deux qui, la première, tenterait de devenir enceinte. Le couple a eu recours à la clinique de fertilité Ovo, à Montréal, pour trouver l'ingrédient à leur recette du bonheur.

On ne choisit pas un géniteur comme on magasine une robe en ligne. C'est beaucoup plus complexe que ça lorsqu'il s'agit de juxtaposer nos critères de sélection respectifs quant à la couleur des yeux et cheveux du donneur de sperme, sa religion, sa taille, son poids, ses diplômes, son métier, ses loisirs... On peut y passer des soirées complètes. Bonjour les conflits de valeurs.

«On ne vient pas du même milieu. On n'a pas reçu la même éducation. On s'est obstinées un peu au début», admettent en riant Laurie et Jennifer qui ont eu accès au bilan de santé des candidats dans leur mire en pouvant remonter jusqu'à trois générations en arrière. Et question d'avoir un portrait d'ensemble de celui qui fournit sa semence, chaque dossier inclut des photos de lui bébé, enfant, adolescent et adulte. 

Puisque c'est Jennifer qui allait enfanter en premier, le couple a statué sur un géniteur ayant des caractéristiques physiques semblables à Laurie. Les deux futures mamans avaient également pris soin de sélectionner un donneur issu d'une banque internationale «à identité ouverte» au cas où, à l'âge adulte, leurs enfants à venir souhaiteraient en apprendre davantage sur leurs origines et le patrimoine génétique dont ils ont hérité.

Laurie avoue qu'elle a dû se laisser convaincre que c'était la meilleure chose à faire. Son premier réflexe a été de privilégier le sperme d'un donneur inconnu. Moins elle en savait sur cette tierce, mais néanmoins indispensable personne dans son couple, mieux elle s'en portait. 

«Mais il ne fallait pas prendre une décision égoïste», s'est-elle ravisée en rappelant avec humour que même dans Star Wars, le héros est à la recherche de son père.

L'inverse n'est pas possible cependant. L'identité de Lyvia et Justin ne sera jamais connue de celui qui, en offrant son précieux liquide, a refusé tout droit parental.

Jennifer Pratte est devenue enceinte à la deuxième insémination artificielle et bébé Lyvia avait seulement trois mois lorsque ses mamans sont retournées à la clinique de fertilité pour utiliser le troisième et dernier échantillon du même donneur. 

Cette fois, ce fut au tour de Laurie d'être la mère porteuse de Justin qui ressemble à sa grande soeur même s'ils n'ont pas été fécondés dans le même nid. 

À bientôt quatre ans et deux ans et demi, la fillette et le garçon ne sont pas rendus à cette étape de demander pourquoi ils ont deux mamans et pas de papa contrairement à un ami de la garderie qui, lui, en a deux... 

Chaque chose en son temps. Le jour venu, Jennifer et Laurie répondront aux questions de leur progéniture comme elles le font ici pour démontrer que leur famille est identique à toutes celles où il fait bon naître et grandir. À un donneur près.




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