De Fort McMurray au Défi Têtes rasées

La dernière année a été éprouvante pour Thomas... (Isabelle Légaré)

Agrandir

La dernière année a été éprouvante pour Thomas et sa famille composée de papa Maxime Duval-Charland, de maman Christine Gravel et de bébé Elliot, le petit frère âgé de 6 mois.

Isabelle Légaré

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Muni de son inséparable navette spatiale, Thomas ne s'arrête pas à décoder ce que ses parents racontent autour de la table de cuisine. Le garçon est occupé à s'acquitter d'une mission avec l'aide d'une demi-douzaine d'astronautes en orbite sur le plancher du salon.

C'est la beauté d'avoir trois ans. Pendant qu'il joue à faire semblant, le petit commandant en chef oublie qu'il lutte pour vrai contre le cancer et que sa maison de Fort McMurray a été réduite en cendres par des feux de forêt.

La vie est injuste parfois. Quand elle se fait difficile, c'est tout ou rien. La famille de Thomas Charland a eu la totale depuis le début du mois de mai 2016.

Il faut remonter dans le nord de l'Alberta pour situer cette histoire. C'est ici qu'habitaient depuis 2011 Maxime Duval-Charland, natif de Bécancour, et Christine Gravel, originaire de Sainte-Brigitte-de-Laval, près de Québec.

Le couple se plaisait plutôt bien dans cette ville pétrolière où le jeune homme était avocat alors que sa conjointe portait l'uniforme de la Gendarmerie royale du Canada. C'est ici que Thomas a vu le jour et qu'il s'apprêtait à devenir un grand frère. À pareille date l'an dernier, bébé Elliot, maintenant âgé de 6 mois, était dans le ventre de maman.

Avril 2016 a été particulièrement beau et chaud et mai était bien parti pour le rester. «C'était exceptionnel», se souviennent Maxime et Christine qui, au fil des printemps, s'étaient acclimatés à cette région où il n'est pas rare de percevoir la fumée des feux de forêt encore plus au nord de la province.

Sauf qu'en cette première semaine de mai, on ne parlait plus du tout de la même chose. Les feux de forêt n'étaient pas au loin là-bas. Ils étaient aux portes de la ville survolée par des avions-citernes.

Maxime et Christine n'ont pas attendu le signal des autorités pour évacuer le 3 mai. En apercevant le ciel orangé au-dessus de la garderie de Thomas, ils ont paqueté leurs petits en mettant deux valises, les ordinateurs et des photos de famille dans la voiture dont le réservoir d'essence avait déjà été rempli par mesure préventive. Bonne idée. Chaque minute gagnée est précieuse lorsque les routes et stations-service sont prises d'assaut.

Les Gravel-Charland ont quitté Fort McMurray en catastrophe, mais confiants d'y revenir pour retrouver leur chez-soi intact.

«Si notre maison brûlait, c'est que toute la ville avait brûlé», se disait Christine en refusant d'y croire.  

Davantage en «mode survie» qu'en état de panique, Maxime souligne que contrairement à plusieurs de ses concitoyens, sa petite famille a pu contourner des quartiers en flammes sans néanmoins réussir à éviter des secteurs déjà réduits en cendres. Un moindre mal dans les circonstances.

Le récit de Maxime et Christine est digne d'un scénario de film apocalyptique, mais la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'en quittant ce jour-là la ville qui l'a vu naître, Thomas n'a jamais croisé les feux de forêt surnommés «la bête». Le bambin n'a pas eu le temps de réaliser que sa maison et ses jouets risquaient de disparaître en fumée...

Ça s'est produit dans la nuit du 4 au 5 mai. 

«On rentre au Québec», ont décidé ses parents avec résilience.

***

Thomas Charland et sa famille habitent une coquette maison du secteur Beauport, à Québec. Il a maintenant trois ans et demi, une navette spatiale, une collection d'astronautes en plastique et un petit frère qui observe tout ce qu'il fait.

Le bébé est né en pleine santé le 18 novembre 2016, au lendemain de la sortie d'hôpital de Thomas qui se remettait d'une pneumonie, un épanchement pleural, dans le jargon médical. 

Fiston s'est rétabli rapidement et l'arrivée de bébé Elliot est venue tourner la page «sur une année de misère», poursuivent Maxime et Christine qui n'étaient pas au bout de leur peine malheureusement... 

Un mois plus tard, alors que la petite famille était en plein magasinage des Fêtes, Elliot a cessé de respirer dans la voiture. Admis d'urgence aux soins intensifs du Centre hospitalier de l'Université Laval, le poupon a été victime d'une hémorragie pulmonaire qui aurait pu lui être fatal, mais l'enfant a eu la vie sauve et ne garde aucune séquelle. 

Mais une fois de plus, la pause aura été de courte durée.  

Début mars, Thomas a de nouveau été incommodé par un p'tit rhume qui est devenu une autre pneumonie dont la cause était peut-être une malformation congénitale, ont suspecté les médecins. 

Mi-avril, le garçon s'est retrouvé sur la table d'opération afin de se faire retirer le lobe inférieur gauche. Les autres allaient compenser sans problème, même que ce lobe manquant n'allait pas empêcher Thomas de devenir un grand sportif, a-t-on dit aux parents rassurés.

L'intervention chirurgicale a eu lieu, plus longue que prévu. Le lobe est demeuré en place finalement. C'est une tumeur qu'on lui a enlevée... Thomas est atteint d'une forme rare de cancer du poumon qui touche les jeunes enfants: le blastome pleuropulmonaire.

Sans son crâne de plus en plus dégarni, personne ne pourrait soupçonner que pas plus tard que mardi, le champion avait une séance de chimiothérapie au CHUL. 

Pendant que ses parents reviennent sur cette année difficile et plus particulièrement sur les dernières semaines, Thomas en profite pour s'amuser, dévorer sa pointe de pizza et faire l'espiègle pendant la photo de famille. On aime ça.

Le souvenir de Fort McMurray est soudainement très loin, parti en fumée...

«Tout le reste devient bien futile», convient Maxime Duval-Charland qui puise son courage auprès de son brave cosmonaute qui a commencé les traitements de chimio le 9 mai dernier. Thomas élimine «les cellules méchantes» comme un grand et rigole en se passant la main sur la tête qui se révèle dans toute sa rondeur.

Fort du soutien reçu de Leucan, Maxime a décidé de redonner à la cause en participant au Défi têtes rasées. Du coup, il aura la même coupe de cheveux que fiston qui rit encore en imaginant son papa avec un coco comme le sien. Papi Pierre, parrain Philippe et cousin Nathan ont décidé d'emboîter le pas de sorte que le dimanche 4 juin, l'équipe de Super Tom sera sur la scène du Centre Vidéotron pour passer sous le rasoir.




À lire aussi

  • Environ 115 cocos rasés pour Leucan

    Sherbrooke

    Environ 115 cocos rasés pour Leucan

    Environ 115 personnes ont accepté de se faire raser les cheveux, dimanche à Sherbrooke, afin de montrer leur soutien aux enfants atteints du cancer.... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer