Un pied sur terre, un pied dans le vide

En attendant de savoir s'il pourra réintégrer sa... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

Agrandir

En attendant de savoir s'il pourra réintégrer sa maison, Michel Hubert habite dans une tente-roulotte installée sur le terrain voisin du sien.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

«De toute beauté!»

Le trou est immense derrière la maison de... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 1.0

Agrandir

Le trou est immense derrière la maison de Michel Hubert.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

C'est ce que se dit Michel Hubert chaque fois qu'il s'installe sur son patio construit de ses propres mains.

Le retraité de 57 ans ne se lasse pas d'admirer le décor que lui offre le boisé dans sa cour arrière, ni d'écouter le murmure du ruisseau qui zigzague un peu plus bas, tout au bout de son terrain. 

Beau spot en effet. Je l'envie même un peu lorsque l'ancien banlieusard affirme s'y sentir seul au monde avec sa conjointe qui a rapidement été inspirée par le paysage asymétrique des lieux. Un jardin anglais a pris forme dans sa tête. Il devait devenir réalité au cours de l'été, mais ce sera pour plus tard finalement, si plus tard il y a...

Un glissement de terrain est venu jouer les trouble-fêtes. Évacués d'urgence, les deux résidents ne peuvent plus dormir sous le toit de leur maison qu'ils n'avaient pas fini de chouchouter. 

Un pied sur terre, un pied dans le vide, le couple refuse de penser que leur rêve d'une retraite paisible vient de prendre le bord. 

Après avoir habité pendant une vingtaine d'années à Trois-Rivières, Michel Hubert et Danielle Baron aspiraient de couler des jours heureux à la campagne. 

Les enfants partis et leur résidence vendue, ils ont posé leur X sur une petite maison sans prétention de la route du Bois-Blanc, à Saint-Justin, un modèle 1967 qu'ils ont agrandi et réaménagé au goût du jour, comme le veut l'expression consacrée.

Cuisine, salle de bain, plancher, plomberie, chauffage... Les nouveaux propriétaires ont tout refait et ce n'est pas terminé. Atteint du syndrome «tant qu'à y être», ils s'en portaient plutôt bien jusqu'à ce que la nature ne voie pas les choses de la même manière.

L'affaissement s'est produit en leur absence, à la mi-avril. Pendant que ça tombait comme des clous à la grandeur du Québec, Michel Hubert et Danielle Baron étaient sous le soleil des tropiques. À leur retour à Saint-Justin, en soirée, les vacanciers n'ont rien vu d'anormal autour de leur maison plongée dans le noir. C'est au réveil, le lendemain matin, que la désolante réalité leur a sauté aux yeux.

Le trou est passablement important. «Je dirais huit pieds de profondeur sur une largeur d'environ dix pieds», évalue Michel Hubert en s'approchant juste assez, mais pas trop de la pente qui s'est formée après qu'une masse de terre argileuse s'est détachée pour aboutir dans le ruisseau. 

C'est lui qui a contacté la municipalité pour aviser de ce qui s'était passé. «J'ai perdu du terrain en arrière. Voulez-vous venir voir ça?»

Moins de trente minutes plus tard, l'inspecteur et le chef des pompiers débarquaient pour constater la situation de visu. La Sécurité civile s'est également pointée dans la journée avec deux ingénieurs du ministère des Transports du Québec qui étaient déjà dans le coin en raison d'un autre glissement de terrain survenu du côté de Sainte-Ursule.

Le terrain a été inspecté au peigne fin. Du forage a notamment été fait jusqu'à quatorze mètres de profondeur. L'équipe géotechnique est demeurée sur place pendant trois jours. «Ils ne l'ont pas eu facile. Il pleuvait sans arrêt», se souvient Michel Hubert qui a reçu la consigne de quitter les lieux le 4 mai dernier.

Le rapport de la Sécurité civile ne lui a pas encore été présenté, mais les premiers résultats font état d'une situation potentiellement dangereuse. 

«Une lumière rouge est allumée», confirme Michel Hubert qui se trouvait à Montréal lorsque lui et sa conjointe ont appris qu'ils ne pouvaient pas réintégrer leur maison. 

Retraité du ministère de la Sécurité publique, l'agent de la paix a travaillé au sein des services correctionnels et à titre de garde du corps pour des ministres du gouvernement provincial. Danielle Baron est à quelques mois de prendre sa retraite à son tour. L'attachée politique de la députée de Crémazie, Marie Montpetit, habite sur semaine à Montréal avant de rejoindre son chum, les week-ends venus, dans leur petit havre de paix qui l'est un peu moins ces jours-ci.

La tristesse a gagné le couple qui craint de perdre encore du terrain sur lequel des crevasses étroites sont apparentes. «Il y a une craque ici, une autre là-bas», pointe Michel Hubert avant de laisser tomber: «La vraie question est de savoir où ça va s'arrêter...»

Rien ne bouge depuis l'affaissement. L'homme n'est pas un expert, mais il en a la quasi-certitude. Zéro nouvelle fissure sur son terrain qu'il connaît par coeur, ni sur les murs de la fondation de sa demeure. 

Depuis vendredi dernier, l'homme vit dans une tente-roulotte installée à l'intérieur d'un bâtiment de ferme prêté par son aimable voisin, Henri Lefebvre. Comme ça, il peut faire sa tournée du proprio «deux, trois fois par jour», y compris à l'intérieur de sa résidence où les autorités lui permettent d'entrer, sauf pour aller y dormir. S'il fallait que...

Michel Hubert et Danielle Baron s'attendent d'être fixés d'une journée à l'autre sur les options et l'aide financière qui s'offrent à eux. Leur premier choix serait l'enrochement du terrain.

Ils ne se font pas à l'idée de devoir déplacer leur maison en laissant derrière elle un environnement retrouvé nulle part ailleurs. Quant à la démolition pure et dure de leur résidence, les propriétaires n'osent même pas y penser. Ce serait un cauchemar de la voir s'effondrer comme un château de cartes.

La bonne nouvelle dans ce printemps hors de l'ordinaire est le soutien apporté par la municipalité de Saint-Justin, la Sécurité civile, le député... Les évacués remercient tous ces gens qui font une grande différence. «Ils vont bien au-delà de leur simple mandat», soulignent-ils en demeurant confiants.

«C'est un méchant coup, mais on va passer à travers», assure Michel Hubert en jetant un rapide coup d'oeil à son patio. 

«Je pensais en profiter cet été en prenant une p'tite bière, mais ça a l'air que c'est arrêté pour l'instant.»




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer