Émile à la conquête du monde

Émile Cossette applique à la lettre le proverbe... (François Gervais)

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Émile Cossette applique à la lettre le proverbe voulant que les voyages forment la jeunesse.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Par où commencer? Ses multiples commotions cérébrales qui l'ont forcé à abandonner son rêve de jouer au football universitaire? Son premier échappé en dehors de sa zone de confort? Les milliers de personnes qui suivent ses odyssées sur Internet? Ou le dernier mois à faire son épicerie dans les poubelles remplies de nos choux gras?

Émile Cossette m'accueille comme il vit: le sourire fendu jusqu'aux oreilles et sans se poser trop de questions. 

Debout au beau milieu du café où je le rencontre pour la première fois, le jeune homme de 21 ans me donne une chaleureuse accolade et m'embrasse sur chaque joue comme si j'étais l'amie perdue de vue depuis longtemps. Charmant.

La barbe fournie, le chapeau d'aventurier et la chemise fraîchement repassée, Émile Cossette a fière allure. L'heure d'avant, il s'adressait à des cégépiens de Trois-Rivières curieux d'en apprendre un peu plus sur ses trucs du métier qui ne lui rapportent pas une cenne, mais qui l'enrichissent autrement.

Depuis qu'il a franchi la barre des 18 ans, Émile a déjà foulé le sol de 35 pays, arrive à engager la conversation dans sept langues et est capable de démontrer à quiconque veut l'entendre que la liberté n'a pas de prix. En fait, oui. Elle est accessible pour moins de 100 $ par mois.

*****

Originaire de Shawinigan, Émile Cossette a passé son adolescence à jouer au football. 

«Je voulais faire carrière, jouer jusqu'à l'université», raconte le demi défensif qui, à l'automne 2013, a été recruté par les Titans du Cégep de Limoilou, à Québec. 

Passionné pour ce sport qui allie précision et robustesse, le joueur a cependant été victime de plusieurs commotions cérébrales, de sorte qu'à la dixième secousse sous le casque protecteur, le médecin ne lui a pas donné le choix. «C'est ton dernier match. Tu arrêtes.» 

Ce coup-là, il s'en souvient. Son identité s'était construite autour du football qui l'obligeait maintenant à sortir de la mêlée.

«J'ai transcendé le problème et je me suis découvert une nouvelle passion.» Émile s'est inscrit à un programme d'échanges internationaux, est parti vivre pendant un an en Autriche et a eu la piqûre pour tout type d'expérience susceptible de l'amener ailleurs. Par «ailleurs», le jeune homme parle de contrées lointaines, mais également de cette fameuse zone de confort dont il s'amuse, depuis, à repousser les limites.  

En Autriche, où il vivait en famille d'accueil et fréquentait l'école, le Québécois profitait de chaque week-end pour partir en douce vers l'Allemagne, la Serbie, l'Ukraine, la France, la Bulgarie, la Pologne...  

«Je ne me laissais pas ralentir par personne. J'avais tellement à découvrir!», affirme Émile qui tenait à apprendre l'allemand et les autres langues ailleurs que dans les livres. «J'allais prendre une bière et piquer une jasette avec les vieux loups du village d'à côté.»

Quelques pas de danse sur le bord de la route, une boîte de beignes et le tour était joué. Une voiture s'arrêtait pour faire monter le pouceux à la tête sympathique. Les bonnes journées, on lui offrait même de quoi manger, l'occasion de faire connaissance avec le reste de la famille et un toit pour dormir.

«Ce sont des expériences locales incroyables. Tu ne trouves pas ça sur TripAdvisor!»

Émile Cossette est revenu au Québec pour réaliser que ses études en marketing ne correspondaient plus à ses valeurs. Il lui fallait repartir de nouveau pour continuer d'en apprendre davantage sur lui-même et sur les autres. 

Celui qui excelle dans l'art de vivre avec les moyens du bord a réussi le défi de franchir la distance Trois-Rivières-San Diego sur le pouce en neuf jours et avec moins de 100 $ en poche.

C'est durant cette folle expédition aux États-Unis qu'Émile a croisé des gens qui lui ont donné «plein de trucs» pour se nourrir dans les poubelles... Il me regarde du coin de l'oeil pour surveiller ma réaction avant de m'assurer qu'une fois passé le blocage psychologique, on serait surpris de voir et d'apprécier la quantité et la qualité des aliments récupérés dans les déchets de nos supermarchés, dépanneurs et restaurants. Le jeune homme maintenant établi à Trois-Rivières continue de s'approvisionner à partir de tout ce gaspillage. 

«Ça fait un mois que je n'ai pas fait d'épicerie. Je bouffe ce que je trouve dans les poubelles», admet celui qui dit s'ennuyer du «lifestyle» que lui procurent ses voyages à (très) peu de frais. 

*****  

Contrairement à la majorité des jeunes de sa génération, Émile Cossette n'a pas de voiture ni de téléphone cellulaire. Pour dire la vérité, il n'en veut pas. «Je suis tellement plus libre!» 

Dès que l'occasion se présente, c'est plus fort que lui, le voilà reparti. Et ses destinations, pour employer un vieux cliché, sortent des sentiers battus. 

À l'été 2016, Émile était au Kirghizstan, en Asie centrale, alors qu'en mars dernier, l'étudiant à l'Université du Québec à Trois-Rivières a profité de la semaine de relâche pour en prendre trois finalement et aller à la découverte de la Géorgie, au pied du Caucase, à cheval entre l'Europe de l'Est et l'Asie.   

À l'entendre, il n'y a pas plus grande richesse que les liens noués à l'étranger, d'autant plus que le nomade connaît le chemin pour acheter des billets pas chers sur Internet. 

Émile Cossette a créé une page Facebook pour faire le récit de ses voyages d'immersion, mais également pour partager ses réflexions sur sa quête de vérité. 

«Les gens qui n'ont rien sont prêts à tout donner alors que ceux qui ont tout ne donnent rien. C'est une leçon que tu apprends seulement en voyageant.»

Émile reprendra le large dans quelques semaines. Cette fois, il part avec un ami lituanien tout aussi impatient que lui d'amorcer ce périple autour du monde. Ils se dirigeront en Amérique centrale avant de s'en aller là où le vent les guidera. Le Trifluvien part sans connaître la date de retour. Sa seule certitude est celle-ci: «Je vais arrêter quand la vie m'arrêtera.»




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