Au gym à 90 ans

Patrica Hackett, 90 ans, garde la forme en... (Stéphane Lessard)

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Patrica Hackett, 90 ans, garde la forme en s'entraînant trois fois par semaine au Centre de l'activité physique et sportive de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Dites-le moi si je vais trop vite! Je peux ralentir si vous voulez», insiste gentiment la dame en descendant de l'elliptique où elle vient de défier son endurance cardiovasculaire et musculaire avec le sourire aux lèvres.

C'est tout juste si le collègue photographe et moi avons le temps de lui répondre qu'elle est rendue à l'autre bout de la salle d'entraînement, prête à s'attaquer à un autre appareil ayant pour but de faire travailler ses dorsaux. 

Les pieds écartés à la largeur de ses frêles épaules, les mains ridées solidement agrippées aux poignées de chaque sangle, la voilà qui incline doucement son corps de 109 livres vers l'arrière, le remonte avec la force de ses bras, le descend à nouveau et ainsi de suite, sans jamais négliger sa respiration.

«Je fais deux séries de dix!», indique celle qui a pris soin de contracter ses abdos que je soupçonne être en béton.  

Une vraie pro, cette Patricia Hackett. Difficile de croire, en la voyant gambader comme une gazelle, qu'elle vient de fêter ses 90 ans.

***

«J'ai hérité de beaux gènes!», dit-elle tout bonnement, comme si la génétique pouvait expliquer ses biceps endurcis sous son t-shirt de style matelot.

Dans les faits, depuis 2004, la nonagénaire s'entraîne trois fois par semaine au Centre de l'activité physique et sportive de l'Université du Québec à Trois-Rivières. 

Celle qui souhaite être appelée par son prénom ne rate jamais un mardi, jeudi, ni samedi. Dès 8 h, les habitués de la place voient apparaître ce petit bout de femme pimpante, espadrilles aux pieds, yeux légèrement maquillés, boucles d'oreilles et bracelets dorés. Coquette un jour, coquette toujours.

Par sa seule présence, Patricia inspire les gars et les filles qui sont en train de suer leur vie. Parmi eux se trouvent des étudiants dont elle pourrait être la grand-mère, voire l'arrière. 

Tout le monde l'adore. Une carte géante lui a été offerte pour son 90e anniversaire, le 25 mars dernier. «Tu es mon idole! Tu es mon modèle! Tu es un exemple à suivre! Je t'admire!» ont-ils écrit à cette copine de gym qui a vu le jour en 1927, à Drummondville, avant d'aller habiter à Granby puis de venir s'établir à Trois-Rivières.

Née d'une mère venue d'Angleterre et d'un père ontarien à l'emploi de l'ancienne usine Wabasso, Patrica Hackett a fréquenté l'école anglophone, d'où cet accent qui fait son charme quand je lui demande de nous dévoiler le secret de son éclat de jeunesse.

«J'aime pelleter de la neige et avoir soin de ma maison à multiniveaux.»

Heureusement, il y a sa voisine, une médecin, pour lui interdire de monter sur l'escabeau. Une chute n'a pas de pardon à son âge. Ses hanches pourraient en payer chèrement le prix. Passer l'aspirateur lui est également défendu. Patricia ne s'obstine pas. Elle a beau aimer marcher pieds nus pour éviter de s'enfarger dans les fleurs du tapis, la Trifluvienne a suffisamment de vécu pour savoir que les personnes âgées doivent se méfier du long boyau de la balayeuse. 

Bouger a toujours fait partie de son mode de vie au même titre que manger et dormir. Ses cinq enfants ont hérité d'une mère qui aimait nager, jouer au golf, faire du ski de fond... 

Cette «presque» végétarienne est parfaitement consciente d'être une espèce rare. Des hommes et des femmes de sa génération, plus jeunes même, n'ont pas sa mobilité, encore moins sa vitalité. Âgé de 85 ans et ralenti par des problèmes pulmonaires, son conjoint des dernières décennies ne peut plus la suivre comme autrefois.  

Patricia parle de sa chance d'être en bonne santé, mais surtout, de son besoin viscéral de bouger, quitte à diminuer l'intensité les jours où ses articulations s'amusent à lui rappeler son âge vénérable. Pas question de rester sagement à la maison. Rencontrer ses amis du gym fait aussi partie de sa recette de jeunesse éternelle. 

Sur ce, elle se dirige rapidement vers un autre appareil qui consiste à raffermir ses abducteurs ou, en termes plus clairs, à muscler l'extérieur de ses cuisses.  

Concentrée sur son mouvement, Patricia fixe au loin, monte et descend la jambe sur laquelle pèse un poids de 8 ou 10 livres puis, sans avertissement, s'esclaffe.  

«Est-ce que je vous prends trop d'énergie? demande-t-elle au photographe en train de changer la pile de sa caméra. Ça ne s'invente pas une femme comme elle.

Son programme d'entraînement a été fait sur mesure par le kinésiologue François Arsenault. La dame de 90 ans ne cesse de vanter les compétences de celui-ci avant d'ajouter, fière comme une médaillée olympique, qu'elle se fait un devoir de mémoriser dans les moindres détails chacun des exercices.  

Patricia n'arrête pas, ou presque. Tantôt elle enfourche le vélo stationnaire, puis la voilà descendant les escaliers d'un pas assuré, de côté et en croisant les jambes. Excellent pour les mollets, d'autant plus qu'elle aime engloutir trois tours de piste, un en marchant et deux autres... en courant! 

Cette virée est entrecoupée de quelques arrêts «push-up», des pompes que l'athlète nonagénaire exécute debout, les avant-bras appuyés sur la rampe qui longe le circuit intérieur où les autres coureurs la saluent d'un sourire complice.  

Terminé? Non. Il ne faut jamais sous-estimer les bienfaits des étirements. 

Assise le dos bien droit sur un énorme ballon de gymnastique, les pieds à plat sur le sol et les bras tendus, elle ne parle plus et ne bouge plus. 

En parfait équilibre, Patricia Hackett exprime toute sa gratitude pour ce corps qui le lui rend bien.




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