Le gosseux de bois 2.0

Le tourneur sur bois Patrick Laperrière est en... (Sylvain Mayer)

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Le tourneur sur bois Patrick Laperrière est en train de se bâtir une renommée mondiale en faisant des vidéos qui exposent son travail.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quoi qu'il en pense, Patrick Laperrière fait beaucoup plus que gosser le bois. Sinon, ça voudrait dire qu'il aime passer le temps, assis tout seul au pied d'un arbre avec un canif et un bout de branche.

La réalité est tout autre. Sous l'oeil admiratif de milliers de spectateurs dispersés sur la planète Internet, le tourneur passe des journées entières dans un sous-sol encombré d'outils, de planches et de copeaux. Enivré par le parfum du bois brut, il fabrique des objets uniques.  

Celui qui se présente aussi comme un traficoteur, patenteux et bisouneux fait avant tout de l'art. Des vidéos aussi. C'est un gosseux de bois 2.0.  

Sauf erreur, le métier qu'on exerce révèle inévitablement ce que nous sommes. «Qu'est-ce que tu fais dans la vie?» Cette question, on nous la pose à la première occasion.

Patrick Laperrière ne sait jamais trop quoi répondre. Diplômé en communication, graphisme et humour, l'homme de 37 ans fait un peu tout ça, mais dès qu'on lui en donne la chance, il enfile son casque à cornes de Viking et redevient l'artisan qu'il a toujours été et entend demeurer.

***

Tout a commencé chez ses grands-parents qui habitent le secteur Lac-à-la-Tortue, à Shawinigan. 

«J'ai été élevé dans cette cave-là. J'habitais à deux rues d'ici.»

Patrick Laperrière s'est déplacé de son Repentigny d'adoption pour me donner rendez-vous dans l'atelier qu'il partage avec son grand-père. Henri Maurier est un fabricant de meubles de jardin en pin blanc. Il a tout appris à son petit-fils qui, même en bas âge, pouvait manipuler des vrais blocs de bois et des vrais outils. 

Après son secondaire, l'adolescent de 17 ans a commencé à travailler à temps plein avec son mentor. Ce n'était pas juste la voie facile, il aimait vraiment être ébéniste. Sauf que des chums qui étaient passés par l'université avaient leur propre théorie quant à son avenir qu'ils lui prédisaient incertain. Patrick s'est mis à angoisser. «C'est vrai qu'il me faudrait peut-être un diplôme?»

Tout en continuant de fabriquer des tables de pique-nique avec son grand-père, le jeune homme a fait son bac en communication sociale à l'Université du Québec à Trois-Rivières avant de se spécialiser en graphisme pour finalement décrocher un poste de soutien pédagogique, une expérience qui lui a permis de faire valoir ses compétences... d'humoriste. 

Qu'à cela ne tienne, Patrick a pris la direction de l'École de l'humour pour en sortir, en 2013, avec un emploi chez Encore télévision, une maison de production de Montréal qui est derrière plusieurs spectacles et téléséries, dont la comédie Les beaux malaises.

«Je suis un auteur à mes heures, mais aussi graphiste et monteur vidéo. C'est même moi qui pose les tablettes! Toutes mes compétences sont mises à l'épreuve chez Encore. Je m'accomplis et je suis heureux!»  

On jase et on rit lui et moi, mais pendant ce temps, il y a un bol décoratif qui attend de prendre forme dans l'atelier du grand-père où Patrick Laperrière revient pratiquement chaque semaine pour tourner et retrouver un état d'esprit quasi méditatif. 

«Quand je passe la porte, je fais le vide complètement, je ne pense à rien et quand je dis à rien, c'est à rien», décrit le gars qui a créé une chaîne YouTube (www.youtube.com/lepicbois) pour exposer ce qu'il sait faire avec des ciseaux à bois, mais également avec une caméra et une pointe d'humour. Ses vidéos le montrant en train de fabriquer des objets artisanaux valent le détour et ils sont de plus en plus nombreux à le penser.

À ce jour, sa page YouTube compte près de 7000 abonnés alors que sur Facebook, plus de 10 000 personnes le suivent d'aussi loin que de l'Australie. Le jour de mon passage dans son atelier, le Shawiniganais était accompagné, en chair et en os cette fois, d'un de ses amis venu de Boston. Comme cet autre YouTuber avec qui il collabore régulièrement, Patrick Laperrière fait partie de la «communauté des makers», une culture réunissant notamment des gosseux de bois qui n'hésitent pas à utiliser les nouvelles technologies pour créer et exposer leur talent. 

«Faire des vidéos me donne l'impression d'être dans mon atelier plus longtemps que juste deux heures par semaine», explique celui qui ignore toujours ce qu'il va fabriquer avec une pièce de bois avant que le tour n'ait commencé à tourner. «Je n'aime pas travailler avec un plan et c'est fantastique comme ça!»

Bien entendu, le fruit de son travail est à vendre, mais l'artisan n'a pas le temps de tenir un inventaire. «Je vends tout, tout de suite», admet-il en riant. Premier arrivé, premier servi, et comme ses admirateurs sont sur le Web, sa plus récente planche à découper a trouvé preneur en France pendant qu'un magnifique bol s'envolait vers l'Allemagne. 

L'artisan ne sait pas ce que l'avenir lui réserve, mais il continuera de réclamer sa dose de parfum du bois qui tourne. 

«C'est une drogue», reconnaît Patrick Laperrière qui, pour assouvir sa dépendance, s'est acheté un mini-tour qu'il laisse à Repentigny. 

Comme ça, en cas de manque entre deux visites dans le sous-sol de ses grands-parents, le PicBois le sort du garde-robe et fabrique des crayons.




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