La bulle de Laurent, le trésor de Lorraine

L'artiste peintre Lorraine Dietrich et son fils Laurent... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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L'artiste peintre Lorraine Dietrich et son fils Laurent qui lui a inspiré sa prochaine exposition.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

J'avoue que j'ai été surprise sur le coup. Je m'étais imaginé qu'il ne me prêterait aucune attention.

Mais voilà, à peine étais-je entrée dans la maison de ses parents que Laurent s'est avancé vers moi d'un pas décidé, le regard intrigué. Le temps de le saluer un peu maladroitement que son visage était déjà à deux pouces du mien. 

«Tu veux donner un bécot à la journaliste?»

Sa mère avait vu juste. Sans un mot ni émotion, Laurent a plaqué délicatement ses lèvres sur ma joue gauche avant de faire demi-tour. J'étais la bienvenue. 

Dans la cuisine où il est retourné comme si de rien n'était, nous avons une vue imprenable sur la rivière Saint-Maurice recouverte d'une neige éblouissante en cet après-midi printanier. Les murs du salon sont tapissés de tableaux aux couleurs éclatantes. La bonne humeur de Lorraine et de Jean-Paul Dietrich est contagieuse, mais impossible de savoir si leur fils Laurent profite, lui aussi, de l'ambiance qui règne. 

Entre deux photos où il paraît sourd à notre souhait de le voir sourire, il se lève sans avertissement pour replacer deux coussins sur le divan d'à côté. Satisfait, l'homme revient s'asseoir, mais reste imperturbable aux côtés de celle qui, en mettant son bras autour du cou, comble son silence... «Laurent va avoir bientôt 37 ans, mais il sent encore le bébé!»

Établie à Shawinigan après avoir longtemps habité à Trois-Rivières, Lorraine Dietrich est surtout connue à titre d'artiste peintre, tant dans la région qu'au niveau international. Peu de gens savent cependant que cette aquarelliste qui se distingue pour ses compositions florales a hérité d'une «grosse mission» le jour où Laurent est né.

Le diagnostic d'autisme a été confirmé lorsque le bambin avait trois ans, mais il avait moins de six mois quand ses parents ont commencé à déceler des signes inquiétants. 

Lorraine Dietrich aime utiliser l'image de la disquette mal formatée pour décrire le cerveau de Laurent, un homme grandement handicapé dans le domaine du langage, de la communication et des apprentissages. Elle le décrit comme un E.T, un gentil extraterrestre et un amoureux inconditionnel des boules de Noël scintillantes.

Ceci dit, cette mère n'a jamais regardé son garçon avec des lunettes roses. Ça fait longtemps qu'elle sait que Laurent, un autiste non verbal, vit dans une bulle opaque. 

À l'époque, des proches et des médecins lui ont conseillé de se résigner, mais c'était mal la connaître. Celle qui dit détester l'autisme, mais qui aime profondément son fils, a toujours répété qu'il avait le potentiel d'apprendre. 

Avec une obstination qui l'honore, Mme Dietrich a réclamé des services adaptés afin que Laurent puisse s'épanouir en tenant compte de ses limites, mais aussi de ses forces. Parce qu'il en a.

«Il a fallu se battre, défoncer des murs», admet celle qui a tout de même dû se résoudre, lorsque son garçon est devenu un ado de 13 ans, à le confier à une famille d'accueil spécialisée. Des problèmes de santé, dont l'épuisement, avaient fini par rattraper ses parents déchirés par une telle décision.

«Mais à partir du moment qu'on a su que c'était un endroit qui répondait vraiment à ses besoins, ça nous a rassurés», souligne Mme Dietrich qui continue de voir son fils sur une base régulière. 

D'ailleurs, c'est pour se rapprocher de lui qu'elle et son mari ont quitté Trois-Rivières pour venir s'établir à Shawinigan où Laurent vit des jours heureux en fréquentant Les Horizons ouverts, un centre d'activités de jour pour adultes autistes.

«Il y est apprécié et continue à se développer», se réjouit Lorraine Dietrich qui a décidé de s'impliquer pour aider la cause de l'organisme à but non lucratif et, par la force des choses, celle de l'autisme.

Diplômée de l'École des beaux-arts, l'artiste avait dû mettre sa carrière de côté après la naissance de Laurent. «Les seuls dessins que je faisais étaient des listes d'épicerie.»

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'art n'est pas une thérapie pour la Shawiniganaise, mais bel et bien sa façon de s'exprimer. «C'est mon destin», dit-elle alors que nous sommes réunies dans son atelier où a germé l'idée de présenter une exposition, Les trésors de mon jardin, au profit des Horizons ouverts. 

À compter du 1er avril (mois de l'autisme) et jusqu'à la fin juin, une trentaine de ses oeuvres seront présentées à la bibliothèque Bruno-Sigmen, secteur Shawinigan-Sud. 

«Pour chaque toile vendue, 25 % du montant sera versé à l'organisme qui a toujours besoin de fonds pour organiser des activités», indique l'artiste qui croit à la mission des Horizons ouverts pour aider son fils à développer des habiletés sociales et à s'initier à des expériences de travail, chose qu'elle a longtemps cru impossible. 

Sa mère n'en revient toujours pas de savoir son fils occupé à défaire des manettes de télévision pour récupérer les pièces recyclables. Concentré sur sa tâche, il se sent valorisé. L'homme ne dit rien, mais sa mère le sait instinctivement. Ce sentiment de confiance qui s'installe doucement en lui n'a pas de prix pour Lorraine Dietrich qui prend tout ce qui passe.

«Quand je regarde le progrès que mon garçon a fait depuis l'âge de deux ans, il y a très peu de champions olympiques qui m'impressionnent autant que lui.»

Personne ne peut la contredire. Enfant, Laurent courait se réfugier dans un coin de la maison en entendant la sonnette de porte. Aujourd'hui, c'est lui qui accueille la visite en donnant un bécot.




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