Nadiia, Benoît et l'amour sans frontières

Benoît Poussard file des jours heureux avec Nadiia... (Olivier Croteau)

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Benoît Poussard file des jours heureux avec Nadiia Mishchenko, Ukrainienne d'origine.

Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Elle préfère l'appeler «Ben», mais plus encore, tout simplement «chéri» en roulant le r avec son accent typique, de la musique aux oreilles de Benoît Poussard.

Nadiia Mishchenko est Ukrainienne. Il est Québécois. Pour elle comme pour lui, il y a des signes qui sont universels: les yeux brillants, le coeur qui bat la chamade, les papillons dans le ventre... Ça ne trompe pas.

Presque huit ans après leur première rencontre, Nadiia avec deux i craque toujours autant pour le regard vif de Benoît, sa gentillesse hors du commun et sa façon bien à lui de la faire rire. «Tu vois mes rides ici? C'est parce qu'il est trop drôle!»

Elle peut continuer de s'esclaffer en paix. Je n'ai pas trouvé une seule patte d'oie autour des yeux de cette femme qui ne fait pas ses 41 ans. Par contre, il y a un sourire vissé en permanence aux lèvres de celle qui a décidé de quitter sa vie pour la refaire avec un homme qui avait fini par croire que l'amour, c'était du domaine de l'impossible. 

La Saint-Valentin est chose du passé depuis plus d'un mois, mais une histoire qui raconte comment deux personnes ont décidé de s'aimer au-delà des frontières, ça se prend à longueur d'année. Celle-ci débute en mai 2009, alors que Benoît Poussard avait besoin de vacances loin du rythme accaparant du boulot. Le propriétaire du restaurant Cuisto, à Trois-Rivières, était dû pour un tête-à-tête avec lui-même après une année notamment marquée par une déception amoureuse. 

Il a pris la direction de Cuba en prenant soin de glisser un livre dans sa valise, lui qui ne lit jamais. L'homme de 53 ans rigole en se revoyant débarquer sur la plage avec une biographie de Michel Bergeron en guise de compagnon de voyage. La semaine allait être tranquille dans cet hôtel occupé majoritairement par des touristes allemands et de l'Europe de l'est. Le Trifluvien était loin de se douter que seulement 24 heures après son arrivée, une rencontre inattendue avec une jolie Ukrainienne transformerait ses vacances et le reste de son existence.

Nadiia Mishchenko était aussi à Cuba pour s'offrir un rare intermède dans son quotidien de maman monoparentale à temps plein d'un garçon, mais également de couturière dans une manufacture pour laquelle elle travaillait douze heures par jour, six jours sur sept. La jeune femme qui confectionnait des robes de bal et de mariage s'était laissée convaincre d'accompagner trois copines dans les Caraïbes. Cette expédition impliquait de confier fiston à ses parents chez qui elle était retournée vivre depuis son divorce. Le forfait incluait également quatorze heures de vol entre l'Ukraine et Cuba en passant par Paris. 

***

Leurs regards se sont croisés dans une petite baie de Holguin, quand, en sortant la tête de l'eau, Benoît Poussard a aperçu une magnifique sirène au loin. Ok, je plaisante, quoique... 

Dans les faits, les palmes de l'amateur de plongée en apnée ont accroché les jambes d'un vacancier d'origine russe avec qui il a repris la conversation sur la plage. Le hasard faisant bien les choses, une femme ravissante s'y trouvait, une Ukrainienne qui, avec sa longue natte blonde, ressemble à une Gauloise sortie tout droit d'une BD d'Astérix et Obélix. 

L'anglais aidant, Benoît et Nadiia ont fait plus ample connaissance. La suite est digne d'un roman qui se lit en sirotant un Piña Colada. Coup de foudre? Parlons plutôt d'un clic réciproque. Un flirt de vacances alors? Eux aussi ils croyaient ça jusqu'à ce qu'au bout de cette semaine idyllique, Nadiia et Benoît se quittent en pleurs et en se jurant de garder contact sans trop y croire. 

Leur coeur disait oui, mais l'implacable logique répondait non. «N'oublie pas que tu habites en Ukraine et lui, au Canada», se rappelait sans cesse Nadiia. «C'est fini. Tourne la page...», se répétait Benoît pour se convaincre que cette flamme naissante allait s'éteindre une fois de retour dans leur routine respective. 

Sauf que des fois, un amour à distance, même si ça peut sembler compliqué à priori, mérite qu'on s'y attarde et qu'on s'y accroche. Fermement.

«On s'appelait tous les jours. Parfois, on se parlait juste deux minutes, mais au moins, on se parlait!»

Assis sur la même banquette, Nadiia et Benoît ont l'air de deux adolescents qui rient au même moment en cherchant constamment le regard de l'autre.  

Nadiia Mishchenko et Benoît Poussard ne l'ont pas eu facile pour autant. Comme dans tout bon roman, ils ont traversé leur lot d'obstacles ayant pour but de mettre leur amour à rude épreuve.

La belle Ukrainienne a dû s'y prendre à quelques reprises avant d'obtenir un visa lui permettant de venir visiter «l'homme extraordinaire» qui l'attendait au Québec, a-t-elle argumenté au comptoir de l'ambassade du Canada, à Kiev, soit à quinze heures d'autobus de chez elle.

«Nadiia est une femme persévérante, qui n'abandonne jamais», louange Benoît qui l'a mariée en mai 2010, un an après leur premier rendez-vous sous le soleil des tropiques.

«Je me suis tout de suite sentie bien à Trois-Rivières!», s'émerveille la dame dont le fils maintenant âgé de 16 ans s'est rapidement intégré aussi à cette nouvelle vie où, tout comme sa mère, il avait beaucoup à apprendre, à commencer par le français. «Il le parle sans accent», souligne fièrement Benoît dont les trois grands enfants le considèrent comme un petit frère, lui qui mesure plus de 6 pieds.

Chaque jour ou presque, dès son retour du Cuisto où elle travaille comme hôtesse, Nadiia communique avec ses parents qui ont quitté l'Ukraine en 2014, au plus fort des bombardements sur son pays d'origine. «De leur balcon, ils pouvaient voir les tirs de roquettes! Ma famille devait se réfugier dans un bunker. J'étais tellement stressée», raconte celle dont le père a subi les radiations de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986.  

Sa famille habite aujourd'hui en Russie. Nadiia lui a rendu visite en 2015 et prévoit y retourner l'été prochain avec son garçon. Son mari pourrait les accompagner, lui qui a déjà rencontré sa belle-famille en Ukraine, des gens charmants qui n'ont jamais découragé leur fille d'aller rejoindre son amoureux même si elle leur manque cruellement. 

Leur gendre les comprend. L'avion de Nadiia n'avait pas encore quitté le sol de Cuba que Benoît Poussard espérait déjà la retrouver. Lui qui ne croyait plus à l'amour nage aujourd'hui en plein bonheur. «Rien n'est jamais impossible.»




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