Nancy, Judith et la dernière mission

Nancy Bergeron veut amasser de l'argent pour améliorer... (Isabelle Légaré)

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Nancy Bergeron veut amasser de l'argent pour améliorer le confort des malades et des proches qui demeurent à leur chevet.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Nancy Bergeron insiste pour faire son lit chaque matin, un geste routinier qui n'a rien d'anodin pour celle qui accueille le nouveau jour comme si c'était le dernier.

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Judith Proulx accompagne Nancy Bergeron dans sa dernière mission qui consiste à adoucir le quotidien des personnes en fin de vie.

Isabelle Légaré

La femme de 46 ans replace soigneusement les draps avant de les dissimuler sous une couverture d'un bleu éclatant qui contraste avec la literie couleur terne dont disposent les hôpitaux. 

Cette «doudou» en polar apaise son corps de la même façon qu'elle a le pouvoir de rassurer un nouveau-né. Sauf que Nancy Bergeron se prépare à mourir. Ses voisins d'étage aussi. Ce sont des personnes en fin de vie qui, comme elle, mais surtout grâce à elle, peuvent aujourd'hui s'envelopper de chaleur et de douceur. 

Depuis son lit d'hôpital, la patiente de l'unité des soins palliatifs du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières vient de lancer une collecte de fonds. Elle veut amasser de l'argent pour améliorer le confort des malades et des proches qui demeurent à leur chevet. 

Hospitalisée depuis la mi-janvier, la Trifluvienne n'a que des éloges pour le personnel soignant qui gravite autour d'elle. «Je me sens tellement bien ici. Je suis dans un cinq étoiles!», lance tout bonnement cette femme qui m'accueille avec une joie de vivre déstabilisante étant donné l'endroit où elle se trouve. Nancy le sait, tout le monde le lui répète. 

C'est Judith Proulx qui me la présente. Depuis six mois, l'auteure du blogue Dans tous mes états fait du bénévolat aux soins palliatifs de l'hôpital de Trois-Rivières. L'idée d'accompagner des personnes en fin de vie a pris naissance après le décès d'une grande amie. «J'étais en quête de sens...», explique la jeune femme de 34 ans qui trouve de plus en plus de réponses à ses questions en côtoyant Nancy. 

«Elle a la capacité exceptionnelle de s'ancrer dans le présent. Elle vit maintenant et souhaite donner un sens à sa mort», écrit Judith dans un texte qu'elle lui a récemment consacré pour exprimer sa reconnaissance, mais également pour la seconder dans sa mission. 

*****

Les problèmes de santé de Nancy Bergeron ne sont pas récents. En 2000, elle a subi avec succès une transplantation rénale, mais ces dernières années, les infections se sont multipliées. L'an dernier, on a dû lui amputer les orteils du pied gauche et depuis l'automne 2016, c'est la hanche droite qui est gravement atteinte. Ses souffrances sont atroces, lui empoisonnent l'existence.

Nancy Bergeron ne connaît la cause exacte de cette bactériémie qui assaille de nouveau son corps, mais s'il y a une évidence à ses yeux, c'est que son corps n'est plus capable d'en prendre. 

Elle ne rend pas les armes, mais poursuivre les traitements n'est plus une avenue pour celle qui rappelle que son système immunitaire est extrêmement fragilisé par toutes ces attaques répétées.

«Il faut savoir s'arrêter au bon moment... J'ai assez donné», tranche Nancy qui ne reste pas pour autant à attendre. Elle puise dans ses dernières forces pour faire du bien autour d'elle. 

Sur le comptoir de la cuisine aménagée tout au bout du corridor se trouve une cafetière qui se remplit aussi rapidement qu'elle se vide. Les visiteurs peuvent se servir en échange d'une poignée de petite monnaie. Nancy Bergeron venait d'être admise sur l'étage des soins palliatifs lorsque son attention a été attirée par le va-et-vient dans cette pièce où la lumière du jour entre à pleine fenêtre, pour le plus grand bien de tous.

Ça a fait ni une ni deux dans la tête de la patiente. En jetant un bref coup d'oeil autour d'elle, Nancy Bergeron a rapidement identifié les besoins que les dons de la population et la bonne volonté de la direction de l'hôpital pourraient assurément combler.

Les couvertures en polar qui recouvrent depuis quelques semaines les quatre lits de l'unité des soins palliatifs, c'est son initiative qui est tout, sauf banale. En recevant sa «doudou», un homme a confié à une infirmière qu'il se sentait un peu plus comme chez lui.

«Le monsieur est maintenant décédé, mais il a eu le temps d'en profiter un peu», souligne la résidente du secteur Pointe-du-Lac qui sait qu'elle ne retournera plus à la maison, que l'hôpital sera sa dernière demeure. D'où l'importance d'humaniser les lieux. 

Nancy Bergeron aimerait que des lits muraux soient installés dans les chambres des soins palliatifs. Chaque soir ou presque, elle regarde son conjoint s'endormir du mieux qu'il peut sur un petit lit pliant installé à ses côtés. Luc Boisvert ne se plaint pas, mais Nancy sait pertinemment que le matelas est mince et que son amoureux, comme toutes les personnes qui veillent une personne gravement malade, ont besoin de bonnes nuits de sommeil pour les aider à traverser cette période éprouvante. 

Avec l'argent amassé, Nancy Bergeron aimerait également que des téléviseurs dignes de ce nom soient installés dans les chambres de l'unité dont le déménagement est prévu dans l'agrandissement futur du centre hospitalier. Elle a également remarqué que la bibliothèque du petit salon, juste en face de la cuisine, est en manque de nouveautés. «On pourrait acheter des livres sur l'accompagnement en fin de vie et sur le deuil», propose la dame qui, si son corps n'était pas si fatigué, se serait sans doute portée volontaire pour faire les achats et, tant qu'à y être, peinturer les murs qui ont besoin d'être rafraîchis. 

Il y a quelque chose de surréaliste à l'écouter parler de cette campagne de financement qu'elle dirige quasi alitée, entre deux soins pour soulager sa douleur.

«Nancy garde le sourire et continue d'apprécier sa vie. Elle se crème, se maquille, se parfume, elle aime son chum, son fils, sa famille...», fait remarquer Judith Proulx, une femme renversée par la générosité et la capacité d'adaptation de sa nouvelle amie qui, à chacune de ses visites, lui démontre sans le dire qu'il existe autant de manières de mourir qu'il y a de façons de vivre. 

Nancy Bergeron s'en réjouit. Elle a toujours su que sa mission était de l'ordre du possible. 

«Ça me fait du bien et ça m'occupe. J'aurai le coeur libéré d'avoir pu faire quelque chose avant de partir.»

*****

Vous pouvez contribuer à la collecte de fonds de Nancy Bergeron en allant sur le site de la Fondation régionale pour la santé de Trois-Rivières (www.fondationrstr.com), en sélectionnant «Don spécifique» puis le secteur Soins palliatifs. Judith Proulx suggère d'écrire le nom de Nancy Bergeron dans la section Commentaires. «De cette manière, Nancy connaîtra la somme qu'elle a réussi à récolter grâce à votre appui.»




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