Stéthoscope au cou, patins aux pieds

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Avec une discipline qui l'honore, Stéphane Boileau a réussi à concilier ses études en médecine et sa vie de joueur de hockey semi-professionnel.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça s'est passé il y a environ trois semaines, en plein match. Stéphane Boileau était déjà sur la glace lorsque le soigneur lui a fait signe de le rejoindre auprès d'un coéquipier grimaçant de douleur dans un coin de la patinoire.

L'attaquant des Prédateurs de Laval n'a pas mis de temps à donner son avis. Il a tout de suite reconnu les signes d'une luxation antérieure de l'épaule. 

Pas de niaisage mon chum, suis-moi dans le vestiaire.

Stéphane Boileau n'a pas dit ça comme ça au malheureux qu'il a néanmoins jugé nécessaire d'accompagner à l'infirmerie. Après avoir retiré son casque et ses gants, ce dernier a présenté deux options au partenaire mal en point. Ça se résume à peu près à ceci...

«Sois je te replace l'épaule immédiatement, tu t'en vas à l'hôpital, mais comme tu auras déjà beaucoup moins mal, tu pourrais attendre plus longtemps à l'urgence. Sois tu quittes à l'instant pour l'hôpital, tu continues d'avoir extrêmement mal, mais tu devrais passer plus vite à l'urgence. Par contre, plus on attend maintenant, plus il sera difficile de te replacer l'épaule. Les muscles ont tendance à se contracter...»

Le pauvre diable a pris une bonne respiration et s'en est remis à son collègue en patins pour qu'il remette sur-le-champ et dans les règles de l'art la tête humérale au bon endroit. 

Un but marqué sans aide pour Stéphane Boileau qu'on peut, sans se tromper, appeler «Docteur». 

Le joueur de hockey est à quelques mois de terminer sa résidence et d'amorcer une brillante carrière en médecine.

***

Notre rencontre a lieu à la clinique du Sud de Lanaudière, à Repentigny, un groupe de médecine familiale affilié à l'hôpital Pierre-Le Gardeur. C'est l'heure du lunch pour celui qui a troqué la rondelle pour le stéthoscope afin de répondre aux consultations sans rendez-vous. 

Les amateurs de la Ligue nord-américaine de hockey connaissent bien Stéphane Boileau. Les Trifluviens aussi. Après des débuts prometteurs à Windsor, il a enfilé en 2012 le chandail du Caron et Guay (devenu le Blizzard) avant d'être échangé à Thetford Mines en 2015 pour mieux revenir à Trois-Rivières à l'automne 2016 avant d'être de nouveau échangé, en janvier dernier, aux Prédateurs de Laval. En effet, ça peut être essoufflant, la vie de joueur semi-professionnel.

Après avoir évolué avec le Blizzard de Trois-Rivières,... (Courtoisie) - image 2.0

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Après avoir évolué avec le Blizzard de Trois-Rivières, Stéphane Boileau a joint les rangs des Prédateurs de Laval, en janvier dernier.

Courtoisie

Âgé de 30 ans, Boileau a grandi à Blainville et comme beaucoup de p'tits gars, il a appris très jeune à chausser des patins. «J'avais 4 ans lorsque j'ai commencé à jouer au hockey», souligne celui qui a gravi tous les échelons jusqu'à la ligue ECAC Hockey, une division de la NCAA regroupant des universités américaines. 

Diplômé en neurosciences de l'Union College, dans l'État de New York, Stéphane Boileau a déjà remporté le trophée de l'étudiant-athlète de l'année. «J'ai toujours été bon à l'école», acquiesce avec humilité celui qui n'a jamais voulu se priver de jouer au hockey en raison de l'exigence de ses études. Pourtant, lors de son entrée à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, en 2011, plusieurs lui ont répété que ça allait être difficile, voire impossible de continuer d'exceller à l'université et sur la glace.

Le futur médecin de famille ne le voyait pas ainsi. Doté d'une discipline et d'un sens de l'organisation hors du commun, Stéphane Boileau a toujours pensé qu'un esprit sain dans un corps sain était la clé de la réussite. Ainsi, il a préféré sacrifier un titre de premier de classe en médecine pour viser des notes fort respectables et... des rondelles dans le filet.

«Je pense que j'ai un bon flair clinique. Je comprends bien le patient. Dans sa maladie et dans sa globalité. Il n'est pas juste un numéro, mais une personne avant tout», décrit Stéphane Boileau en étant convaincu que le hockey fait de lui un meilleur soignant. 

L'ex-capitaine du Blizzard ne s'en cache pas. Il a besoin du parfum du vestiaire et de l'esprit des «Boys» pour se changer les idées, sortir de l'univers médical, avoir une vie équilibrée, bref, pour être heureux. 

Le hockey a fait de lui un gars d'équipe, tant lors de la mise au jeu que dans cette profession qu'il a décidé d'embrasser. Ça ne fait aucun doute dans son esprit, du préposé aux bénéficiaires au médecin en passant par l'infirmière, chacun doit jouer son rôle. «Un rôle primordial», affirme l'athlète avant d'ajouter que sans cette cohésion, le système de santé serait voué à l'échec. Or, il n'aime pas perdre. Ni jeter les gants.

«Je ne me suis jamais battu», sourit le joueur de hockey qui évolue dans une ligue reconnue pour ses bagarres. Pour être honnête, on ne fait pas appel à Stéphane Boileau pour brandir les poings, mais pour intervenir après une mêlée, quitte à lui permettre de se rendre dans le vestiaire de l'équipe adverse pour examiner de plus près les blessures de combat et, s'il y a lieu, donner les premiers soins. Un pro. Et une excellente façon de réviser sa théorie. 

Les arbitres de la ligue peuvent également compter sur lui. Pensons seulement à cet officiel qui, après avoir reçu une rondelle sur le coude, a perdu conscience en quittant la patinoire. «Une réaction liée à la douleur», l'a rassuré le joueur de hockey avant de poursuivre son match. 

Au cours de la prochaine semaine, le porte-couleur des Prédateurs affrontera à deux reprises son ancienne équipe, d'abord à Laval, puis à Trois-Rivières où les amateurs du Blizzard «ont toujours été très gentils avec moi», souligne-t-il avant d'ajouter, en parlant d'Andréane Bérubé... «C'est à Trois-Rivières que j'ai rencontré la femme de ma vie.» 

Stéphane Boileau n'est pas juste vite sur ses patins et capable de replacer une épaule. Il est romantique en plus.




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