Une rivière, un voisin et un héros

Faisant preuve d'un calme et d'un jugement exemplaires,... (Isabelle Légaré)

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Faisant preuve d'un calme et d'un jugement exemplaires, André Tremblay (à droite) est intervenu à temps auprès de Jean-Claude Ouellet.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Au cinéma, le superhéros porte une cape, exhibe des pectoraux d'enfer et est doté de pouvoirs surnaturels.

Jean-Claude Ouellet et son épouse marchaient sur la... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Jean-Claude Ouellet et son épouse marchaient sur la rivière Croche lorsque la glace a cédé sous les pas de l'homme.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

Dans la vraie vie du secteur de La Croche, à La Tuque, André Tremblay ne sort jamais l'hiver sans sa vieille tuque rouge, n'a plus la même souplesse depuis son opération aux hanches, mais tel un Superman de 80 ans, n'hésite pas à courir dans la neige en calant jusqu'à la taille pour voler au secours de son voisin de 70 ans. 

Sans l'ombre d'un doute, cette histoire aurait pu mal tourner. Si les deux hommes en font le récit aujourd'hui, c'est parce que le facteur chance, combiné au calme et à la vitesse de réaction de celui qu'on voudrait tous avoir pour voisin, ont fait la différence. 

Il ne faisait pas trop froid, le 26 janvier dernier, en Haute-Mauricie. La météo était suffisamment agréable pour que Jean-Claude Ouellet se laisse convaincre d'aller faire une marche de santé avec sa femme, Marguerite Quoquochi. 

Le couple, qui habite sur le chemin de la rivière Croche, a pris la direction du village avant de revenir sur ses traces en empruntant les sentiers de motoneige sur la rivière sinueuse et glacée. 

Si les marcheurs avaient respecté le trajet habituel de Mme Quoquochi, ils seraient revenus à la maison après avoir contourné le terrain d'André Tremblay et traversé le pont, tout juste avant leur demeure. Mais pour gagner du temps et quelques pas, M. Ouellet a suggéré de couper court en passant sous le pont. 

«C'est en masse épais», a-t-il dit à sa femme en apercevant un amoncellement de neige durcie sur la rivière gelée.

Ce n'était pas le cas. Sans avertissement, la glace a cédé et le septuagénaire s'est enfoncé dans l'eau, jusqu'à la poitrine. 

«C'est lorsque j'ai calé que ça a été le pire...», avoue Jean-Claude Ouellet qui a pensé que son heure était arrivée jusqu'à ce qu'il sente ses pieds s'appuyer miraculeusement sur quelque chose dont il ignore toujours de quoi il s'agit. 

Un arbre mort? Une roche? Un pilier sous le pont? Le pauvre homme n'a pas cherché à savoir. Sachant que l'eau est profonde dans cette portion de la rivière, le résident de La Croche a poussé un soupir de soulagement en réalisant que ses «bottes de rubber» étaient sur du solide. Mais pour combien de temps?

«Va voir monsieur Tremblay!», a-t-il crié à son épouse trop paralysée par la scène qui se déroulait devant elle pour se rendre chez le voisin le plus près.

«Je ne voulais pas le laisser seul», se défend timidement Mme Quoquochi qui, incapable de quitter son mari des yeux, s'est plutôt mise à hurler à tout vent: «Monsieur Tremblay! Au secours! Monsieur Tremblay! Au secours!» 

Si ce dernier avait été dans son garage où il bricole à longueur de journée, André Tremblay n'aurait jamais entendu les cris de sa voisine désespérée. Par un heureux hasard, il venait de sortir pour récupérer du bois de chauffage lorsque son nom a retenti en écho. Les réflexes toujours aussi aiguisés, le superhéros octogénaire s'est précipité du côté de la rivière pour y découvrir son voisin dans l'eau.

Sans jamais céder à la panique malgré l'urgence de la situation, M. Tremblay est revenu sur ses pas le plus vite possible - «À mon âge, je ne cours pas ben fort» - pour avertir Marthe, son épouse, d'appeler les secours. 

Plutôt que de retourner sur la glace et risquer de se retrouver dans la même mauvaise posture que son voisin, le Superman aux cheveux gris et clairsemés a plutôt lancé deux câbles dans la boîte de son camion avant de se diriger sur le pont, à vive allure.

«J'étais inquiet. J'avais peur d'arriver et qu'il soit parti»..., dit-il en regardant Jean-Claude qui n'avait pas bougé d'une semelle. 

Seul sur le pont, M. Tremblay a lancé une corde à son voisin qui a réussi à se l'attacher autour de la taille. 

«J'ai essayé de le monter, mais je ne suis pas assez fort. Il est pesant!», lance en souriant le Latuquois qui, d'une main, tenait la corde, et de l'autre, a fait signe à un automobiliste de s'arrêter, puis à un autre et un autre. 

Finalement, à cinq hommes, ils ont réussi à sortir Jean-Claude Ouellet de la rivière. «J'avais les jambes molles, comme engourdies, mais je suis resté debout», tient à préciser le fier homme. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, malgré toutes ces longues minutes passées dans l'eau extrêmement froide, le septuagénaire n'était pas congelé. À vrai dire, c'est en revenant sur la terre ferme que tout son corps s'est mis à trembler. 

Cette fois, ses pas l'ont dirigé tout naturellement vers le poêle à bois d'André Tremblay où, en compagnie de leurs épouses, les deux hommes se sont remis de leurs émotions... et ont fait plus ample connaissance. 

Habitant chacun de leur côté du pont, ces bonnes gens se saluaient de loin sans vraiment se connaître, mais depuis le 26 janvier, ils ont en commun cette histoire qui se termine bien.

«J'ai seulement fait de mon mieux», répète André Tremblay qui n'est pas du genre à se donner des airs de bravoure. Il a mieux à faire. Ouvrir une bouteille de cognac, un cadeau de son voisin qui ne le remerciera jamais assez d'avoir agi en superhéros.




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