Le pianiste et son dernier rappel

Confronté à un sombre pronostic, le pianiste André... (François Gervais)

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Confronté à un sombre pronostic, le pianiste André Labonté s'accroche à la musique, notamment à cette basse qui vient d'entrer dans sa vie.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE // Ses amis l'appellent ou lui écrivent à toute heure du jour et de la nuit pour prendre de ses nouvelles.

«Je n'ai pas 56 000 réponses à leur donner. Ça va bien. J'apprends à accepter...» 

À accepter que la vie n'est pas comme une gamme au piano, cette suite de notes qui montent, descendent et remontent, à l'infini. 

À Trois-Rivières, où André Labonté n'a plus besoin de présentation, plusieurs le surnomment «Dédé». Depuis la fin de son adolescence, le pianiste âgé de 63 ans a joué ici et un peu partout au Québec, se produisant aussi bien dans des petits cabarets qui n'existent plus que dans des salles renommées et pleines à craquer. 

Il a été l'accompagnateur fidèle d'une flopée d'artistes avec qui il partage le souvenir de soirées mémorables. Pensons seulement à Claude Blanchard avec qui il a fait la pluie et le beau temps. 

Depuis le début des années 2000 et jusqu'à tout récemment, le piano man de service occupait régulièrement la scène du casino, à Montréal. C'est lui qui, en première partie des soupers-spectacles, créait l'ambiance en s'inspirant des succès de Tony Bennett, Charles Aznavour et autres chanteurs indémodables. 

«La plus belle job au monde!», affirme celui qui ne s'attendait pas à ce que tout s'arrête d'un coup sec, sans même avoir eu le temps de profiter de vraies vacances, lui qui n'en a pas pris depuis vingt-quatre ans.

André Labonté répond qu'il va bien, mais l'homme est gravement malade. Le cancer s'est emparé de son corps, quatre fois plutôt qu'une depuis 2015. On lui a retiré la prostate, la vessie et le rein gauche. Cette fois, c'est le droit qui est touché. Une cellule dormante, difficile à dépister et impossible à traiter, s'est vraisemblablement réveillée. 

«Depuis la fin octobre, je vis sur du temps emprunté», fait savoir André Labonté qui a rejeté l'idée de subir l'ablation du deuxième rein et de recevoir des traitements de dialyse sept jours par semaine pour le restant de sa vie qui s'achève. Dédé le sait. On parle dans son cas en terme de mois. 

Avec tout le respect et la délicatesse qui s'imposent, son médecin lui a conseillé de profiter de chaque moment, sans chercher à en faire trop. À travers le va-et-vient de ses proches et de l'équipe des soins à domicile, le musicien se prépare pour son dernier rappel. 

André Labonté a déjà vendu ses nombreux pianos et claviers pour éviter que sa fille hérite, plus tard, de cette responsabilité. 

«J'ai pris de l'avance», ajoute-t-il avant de se demander s'il n'aurait pas dû s'en garder un.

Depuis toujours, le piano a été le prolongement de ses mains et de son âme. «Mon meilleur chum», acquiesce André Labonté en décrivant cet instrument comme un être vivant, capable d'absorber et d'exprimer ses joies comme ses peines. «C'est tellement important de jouer avec ça», insiste Dédé en portant la main sur son coeur. 

Face à la douleur qui a trouvé le moyen de s'incruster en lui comme un mauvais accord, le pianiste est néanmoins incapable de ne rien faire de ses dix doigts. Il a eu l'idée de s'initier à la guitare basse, à son rythme et pour son unique plaisir, seul dans son salon. 

Dédé s'est acheté une méthode de guitare pour débutant, lui qui peut interpréter tout ce qu'il veut sur un piano, les yeux fermés. 

«Quand je ne sais pas quoi faire, je tombe là-dessus. J'ai toujours aimé cet instrument-là», admet le Trifluvien en enveloppant l'instrument de ses bras au moment de prendre la pose pour le photographe.  

Tant qu'il y a de la musique, il y a de la vie. «Et de l'espoir», sourit l'homme, les yeux soudainement brillants.

***

Inutile de prendre des détours pour éviter de lui dévoiler le secret. André Labonté est au courant qu'une surprise se prépare pour lui en coulisse. Le principal intéressé a demandé qu'on n'utilise pas le terme hommage pour décrire cette soirée où l'amitié et la musique seront à l'honneur, comme s'il pouvait en être autrement.

Ce sont d'ailleurs deux amis de longue date, Claude Bolduc et Pierre Messier, qui sont les chefs d'orchestre de cet événement aux allures de retrouvailles. Ça aura lieu le dimanche 5 mars, à 18 h, à l'hôtel Rodeway, sur le boulevard Gene-H.-Kruger, à Trois-Rivières. Question de reconnaître l'endroit, l'établissement a déjà porté le nom d'Urbania, d'Hôtel du Roy et, surtout, de l'hôtel Le Baron. C'est ici que le jeune musicien a commencé sa carrière et pourrait à nouveau se laisser tenter par quelques notes.  

«J'ai appris entre les branches que le premier trio avec qui j'ai joué à Le Baron sera là!», indique le pianiste avec un enthousiasme évident.

Se disant plus habitué de donner que de recevoir, il a décidé de se laisser porter par cette vague d'affection pour lui. 

«Je suis tellement bien entouré...», souligne avec gratitude un homme qui continue de voir la vie comme un verre à moitié rempli. «Il y a encore de la place dedans.» De la place pour vivre des beaux moments comme ce rendez-vous intitulé «Fraternisons avec André Dédé Labonté».

Tous ceux et celles qui ont connu de près ou de loin le Trifluvien sont les bienvenus. Les amoureux de la musique aussi. Sans compter les gens qui veulent contribuer à une cause extrêmement importante pour le pianiste. 

L'argent amassé durant cette soirée sera versé au Fonds Gilles-Rousseau, de la Fondation RSTR, afin d'améliorer la qualité des soins offerts par le service d'urologie. Le coût d'entrée est de 10 $.

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