En motoneige, entre ciel et terre

Ingénieur mécanique, Pier-Luc Trépanier est, durant ses heures... (Sylvain Mayer)

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Ingénieur mécanique, Pier-Luc Trépanier est, durant ses heures libres, un pilote de motoneige acrobatique.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE // Il y en a qui atteignent le parfait équilibre du corps et du mental en faisant du yoga. Lui, c'est au guidon de sa motoneige, la tête en bas et les pieds en haut. À fond la caisse.

Pier-Luc Trépanier, 28 ans, est ce qu'on pourrait appeler un acrobate du Ski-Doo, cet engin qui fait partie de notre paysage d'hiver depuis suffisamment longtemps pour qu'on ne le remarque plus vraiment... à moins de le voir passer 25 pieds dans les airs.

Trifluvien d'origine, Pier-Luc Trépanier est un ingénieur mécanique qui le week-end venu, aime se changer les idées dans sa cour arrière, un immense terrain aux abords de la rivière Champlain.

Établi depuis quelques années à Saint-Luc-de-Vincennes, le cascadeur à ses heures s'en donne à coeur joie avec son bolide. 

Pour les connaisseurs, il s'agit d'un MXZ 800, modèle 2004, que son propriétaire qualifie affectueusement de «vieille bébelle». Déformation professionnelle oblige, il l'a, depuis, modifié et mis à sa main. 

C'est Joseph-Armand Bombardier qui serait surpris de voir ce que le jeune homme arrive à faire avec son invention. Parions qu'il l'embaucherait.

«On peut aller faire des photos là-bas, sur la butte derrière les arbres?», suggère Pier-Luc en me pointant un imposant monticule de neige fabriqué avec sa propre pépine. Équipé le gars. 

Le temps d'enfiler son casque et de démarrer sa motoneige que le voilà, en train de nous en mettre plein la vue au collègue photographe et moi, dans le ciel bleu d'un jeudi midi. Vingt minutes et le spectacle était terminé. Chargé de projet chez Marmen, le casse-cou devait retourner travailler.

Et puis? Admirative devant ses prouesses, je plains néanmoins sa mère... 

***

Pier-Luc Trépanier est le porte-parole québécois du Motoneige MTL Xtrem, un événement qui se déroule samedi et dimanche dans le cadre des célébrations entourant le 375e anniversaire de Montréal. 

Des as de la motoneige, parmi les dix meilleurs au monde, sont attendus au centre-ville. La rue Sainte-Catherine a été enneigée pour l'occasion. Des rampes de saut ont été installées pour permettre à ces champions de montrer leur savoir-faire. Pier-Luc y sera, non pas pour faire des acrobaties aériennes, mais pour les décrire en direct.

C'est dans un pit de sable, derrière la piste cyclable à Trois-Rivières, que cet ancien camelot du Nouvelliste a fait ses classes. Il avait 16 ans et son vélo de BMX n'arrivait plus à combler son besoin de sensations fortes.

Pier-Luc Trépanier ne craint pas d'atteindre une hauteur... (Sylvain Mayer) - image 4.0

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Pier-Luc Trépanier ne craint pas d'atteindre une hauteur vertigineuse aux commandes de sa motoneige.

Sylvain Mayer

L'adolescent qui rêvait d'enfourcher un motocross a accepté le compromis de ses parents qu'on devine prudents. 

«J'ai acheté le VTT de mon voisin», raconte Pier-Luc qui connaît probablement tous les coins de la ville où ces véhicules tout-terrain à quatre roues peuvent passer plus ou moins inaperçus.

Mais ce qui devait arriver arriva. Pier-Luc a également fini par se laisser tenter, aussi, par une motoneige. Douze mois par année, l'adolescent devenu adulte a passé et passe toujours le plus clair de ses temps libres à piloter ces engins (y compris un motocross) qui lui procurent l'adrénaline tant recherchée. 

Ce n'est pas sa blonde qui va l'en empêcher. Sabrina Côté est une enseignante au primaire qui peut se vanter devant ses écoliers d'avoir déjà participé, comme son chum des dix dernières années, à des courses de VTT.

Pier-Luc Trépanier touche la table de cuisine en bois lorsque je lui demande de me faire la liste des blessures accumulées au fil des ans. Étonnamment, le jeune homme n'a jamais eu besoin de se rendre à l'hôpital.

À vrai dire, il «pense» s'être déjà fracturé la cheville et avoir déjà subi une «légère» commotion cérébrale, mais que sa maman se rassure, fiston n'est pas un garçon irréfléchi même s'il exécute des manoeuvres casse-gueule. La preuve, son nez est intact.

«Je gère le risque», dit-il avec la sagesse de celui qui, à 28 ans, préfère fignoler ses acrobaties que de chercher à pousser la machine à tout prix... et faire un vol plané.

Invité dans différents festivals d'hiver pour épater la visite, Pier-Luc Trépanier insiste sur l'importance de se concentrer avant chaque cascade. Il a tout intérêt en effet. 

Sa rampe de lancement, d'une hauteur de dix pieds, se termine avec une dénivellation de 45 degrés. Une fois dans les airs, le pilote a tout le loisir de lâcher les poignées pour mieux se raccrocher au siège avec une souplesse digne d'un artiste du Cirque du Soleil. J'exagère à peine.

«Je suis aussi flexible qu'un 2 X 4!», rigole le jeune homme avant d'expliquer que c'est l'effet d'apesanteur qui lui permet de relâcher ainsi ses muscles. Et de préserver son pauvre dos contre les courbatures qu'il lui impose.

Pier-Luc a appris la théorie des pirouettes devant son ordinateur, en regardant des vidéos de compétition et en se répétant à lui-même, confiant: «Moi aussi je suis capable.»

Évidemment, il y a toujours un peu de stress au moment d'exécuter une acrobatie la première fois, mais le pilote n'a pas le droit de se laisser envahir par la peur quand vient le temps de foncer à vive allure sur la rampe de lancement et de lâcher son fou.

«Une fois partie, ça se fait tout seul. Je relaxe. C'est ma forme de yoga.» 

C'est lui qui le dit.

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