Parce qu'il faut en parler 

Portrait d'une famille unie. Nathalie Brui et ses... (Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Portrait d'une famille unie. Nathalie Brui et ses enfants, Anne-Sophie et Mathieu. Derrière: Alexandre et Simon.

Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Anne-Sophie Hamel adore bouger. C'est bon pour la santé. L'adolescente de 16 ans aime aussi profondément son père. Tout son portrait.

Endeuillée par le suicide de son père, le... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Endeuillée par le suicide de son père, le docteur Pierre Hamel, Anne-Sophie s'est entourée de trois amies (Marilye St-Pierre, Rebecca Hayes et Charlie Tousignant) pour organiser une course à pied qui soutient la cause de la santé mentale.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

La jeune fille aurait pu refuser cette rencontre et j'aurais parfaitement compris, mais elle y tient. Anne-Sophie l'a répété deux fois plutôt qu'une à sa mère que je comprends aussi. 

Lorsque Nathalie Brui entend son ado me dire que le suicide n'est pas une option, elle sait qu'il lui faudra revenir onze ans en arrière pour nous expliquer ce qui la pousse à vouloir aborder un sujet encore tabou en 2017.

*****

Le 3 juillet 2005, Anne-Sophie était une fillette de 5 ans, ses grands frères jumeaux, Simon et Mathieu, avaient 8 ans, tandis que le petit dernier, Alexandre, avait 3 ans. Ce jour-là, maman a dû trouver le courage et les mots. 

Leur papa s'était enlevé la vie, la pire des options.

Le docteur Pierre Hamel était bien connu à Shawinigan où Nathalie Brui, aussi médecin, et leurs enfants habitent toujours. Mathieu et Simon poursuivent leurs études universitaires à l'extérieur de la région, mais reviennent aussi souvent que possible à la maison pour cultiver l'esprit de famille.

L'homme de 44 ans souffrait de dépression. Derrière son image de père présent et aimant se réfugiait un être tourmenté.

Il était le médecin bienveillant et compétent apprécié de ses patients et reconnu par ses pairs. Mais le super docteur avait une douleur vive et invisible qui le rongeait de l'intérieur. Il n'en parlait pas. Ou trop peu. 

«Pierre rencontrait un psychiatre en dehors de la ville et achetait ses pilules dans une pharmacie loin du quartier», souligne Nathalie Brui pour nous donner une idée du patient discret que son mari était. 

Le médecin habitué de carburer au boulot aurait dû s'arrêter comme il s'était résigné à le faire, quelques années auparavant. Sauf que le congé de maladie de six mois ne s'était pas avéré aussi bénéfique qu'espéré pour le travailleur en détresse, ses assurances ayant mis presque autant de temps à lui confirmer qu'il serait indemnisé.

Lorsque le nuage noir est réapparu en 2005, Pierre Hamel a rejeté l'idée de prendre de nouveau du repos. Il n'était pas question pour lui de revivre le stress de la première fois. Il se disait «capable» de continuer malgré les difficultés de plus en plus lourdes à supporter.

Pierre Hamel a posé le geste fatal même s'il avait passé un contrat de non-suicide avec son épouse qui l'a retrouvé inanimé au sous-sol de leur demeure, au coeur d'une nuit d'été. La piscine hors terre venait d'être installée.

D'ailleurs, le bon docteur arrivait tout juste du Saguenay où il avait passé de superbes vacances familiales. Et la veille de sa mort, le Shawiniganais d'adoption avait planifié un pique-nique avec la parenté pour le surlendemain. À n'y rien comprendre.

«C'est un acte impulsif, pas réfléchi, c'est certain...»

On ne peut que donner raison à Nathalie Brui qui, depuis onze ans, a été forcée d'apprivoiser les pourquoi. Ses enfants aussi. 

*****

Le portrait de Pierre Hamel ne peut pas se résumer à quelques paragraphes, tout comme cette chronique n'arrivera jamais à décrire l'ampleur de la souffrance de sa famille qui lui survit. 

L'objectif ici n'est pas de s'apitoyer sur un drame dont on n'a pas à connaître tous les détails, mais de réfléchir à voix haute sur les lendemains d'un geste qui ne doit pas être une option.

«Mes plus grandes réussites sont mes enfants qui ont évolué de façon étonnante à la suite de ce bouleversement. Ils ont développé des forces qui leur serviront toute leur vie.»

Nathalie Brui ne saurait mieux dire, elle qui, en plus de plonger dans son propre deuil, a dû aider ses quatre enfants à faire face à l'absence définitive de leur père.

Questions, pleurs, tristesse, colère, silences...

La maman en a lu des livres sur le deuil et elle en a consulté des spécialistes, tant pour elle-même que pour sa marmaille qu'il fallait bercer et rassurer, mais surtout, à qui elle devait donner l'exemple de s'accrocher et d'avancer.

«Au début, je ne comprenais pas trop...», admet Anne-Sophie qui devient émue en racontant que c'est au salon funéraire qu'elle a un peu plus réalisé que son papa ne reviendrait jamais à la maison.

Mathieu avait 8 ans. «J'ai un trou incroyable. Je ne me rappelle pas quand on m'a dit que mon père était mort. J'ai des images plus tard, à l'église, ou quand Alex nous dit que papa est à l'hôpital parce qu'il a la grippe...», se souvient le jeune homme de 19 ans.

Anne-Sophie l'écoute avec attention. Le sourire dans la voix de son frère la réconforte. Elle n'est pas toute seule. Mathieu aussi a eu besoin de temps pour comprendre l'incompréhensible, même que depuis peu, l'étudiant en droit a exprimé le besoin de consulter un psychologue pour l'aider à voir plus clair dans les émotions qui refont surface après toutes ces années. 

«Mon objectif serait d'être comme ma mère, d'arriver à progresser dans mon deuil pour aider les autres à mon tour», dit-il en insistant, comme elle, sur la nécessité de s'arrêter et de consulter quand plus rien ne va.

Frère et soeur se laissent aller à la confidence dans le solarium où la lumière entre de partout. Surprise elle aussi par la direction que prend soudainement cette conversation, Nathalie Brui ne peut que se réjouir en observant ses enfants. Leur vie a basculé le 3 juillet 2005, mais l'amour saura toujours les guider.

«Ça nous aide d'en parler et ça encouragera peut-être d'autres personnes à en parler aussi», ose croire Mathieu qui, du haut de ses 8 ans, avait répondu ceci à une pédopsychiatre qui s'enquérait de ses états d'âme peu après le suicide de son père.

«C'est comme le printemps, quand tu penses que la neige ne fondra jamais, mais qu'à un moment donné, les brins d'herbe se remettent à pousser.»

Parlant de printemps, Anne-Sophie a trouvé une façon de réunir sa passion pour les sports et son admiration pour son père. 

Avec des amies du Séminaire Sainte-Marie, l'élève de 5e secondaire est à organiser une «Course de soutien pour la santé mentale» (www.fondationssse.ca/activites/coursesantementale) qui aura lieu le 2 mai prochain, à Shawinigan. 

Les profits de cette activité parrainée par la Série du diable seront remis à la Fondation de la santé et des services sociaux de l'Énergie qui souhaite aménager la cour arrière du Centre hospitalier régional de santé mentale (ancien Hôpital Sainte-Thérèse). On voudrait y installer un mur d'escalade, un terrain de basket, une patinoire, etc. 

Ce projet qu'Anne-Sophie planifie depuis plusieurs mois symbolise une étape importante pour celle qui demeurera toujours la fille de son père. 

«Je ne pense pas qu'un jour, j'aurai finalisé mon deuil, mais cette course est une manière pour moi de faire quelque chose de beau et de positif avec un événement tellement triste qui a marqué ma vie...»

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