L'horreur de son premier amour

Jonathan Charbonneau a été condamné à 12 mois... (François Gervais)

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Jonathan Charbonneau a été condamné à 12 mois de prison pour avoir menacé et violenté deux ex-amies de coeur dont Sandrine (prénom fictif).

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Premier amour, premier baiser, premiers frissons... Pas toujours. Cette histoire de coeur n'a rien à voir avec les palpitations du sentiment amoureux. Elle donne froid dans le dos.

Été 2012. Sandrine, 15 ans, et Jonathan Charbonneau, 18 ans, occupent le même emploi étudiant. Elle est la fille souriante, pleine d'entrain, qui aime tout le monde et que tout le monde aime. Il est le gars solitaire, plutôt introverti, mais c'est prouvé, les contraires s'attirent. 

L'adolescente craque pour les yeux bleu clair de son compagnon de travail, sa mâchoire carrée et ses épaules musclées. Jonathan paraît bien et s'intéresse à elle. Il y a de l'amour dans l'air.

Mais les apparences sont parfois trompeuses et l'amour n'en est plus lorsqu'il s'exprime par la jalousie, la manipulation, la fabulation, le mépris, le contrôle, le harcèlement, les agressions, les menaces, la violence...

Oui, Sandrine a subi tout cela. Elle est l'une des victimes de Jonathan Charbonneau, 22 ans, cet individu de Shawinigan qui a pris cette semaine le chemin de la prison pour avoir martyrisé deux ex-amies de coeur. 

Une ordonnance de non-publication protège l'identité des jeunes filles qui étaient mineures au moment des faits survenus en 2012 et en 2013. Sandrine n'est donc pas le vrai prénom de celle qui a aujourd'hui 20 ans et qui poursuit ses études universitaires.

Accompagnée de son père et de sa belle-mère, l'étudiante s'est présentée au Nouvelliste pour me raconter son histoire. D'un ton calme et posé, elle s'est lancée dans un long et troublant récit non pas par esprit de vengeance envers Charbonneau, mais pour éviter qu'une seule autre femme, jeune ou moins jeune, s'enfonce elle aussi dans une relation dictée par la domination.

***

«J'ai une deuxième date de naissance. Le 16 octobre 2012. Ce jour-là, je me suis sentie revivre. Je sortais enfin d'une période de noirceur incroyable. J'étais libre!», n'oubliera jamais Sandrine. 

Assis à ses côtés, son père l'approuve du regard. Il connaît l'histoire de sa fille dans ses moindres détails. C'est lui qui, après avoir reçu ses premières confidences, a composé le 911 avant de l'accompagner au poste de police où une plainte a été déposée contre le soi-disant amoureux. 

Depuis plusieurs semaines, l'adolescente vivait en silence un véritable cauchemar, la nuit comme le jour, à quelques mètres parfois de ses proches qui n'ont rien vu. Le choc en découvrant le drame.

Certes, l'amoureux de la jeune fille pouvait sembler «étrange» aux yeux du père, mais jamais il n'aurait pu deviner que le garçon qui le saluait à peine en entrant dans la maison exerçait dangereusement son emprise sur Sandrine.

Jonathan Charbonneau avait l'habitude de se pointer à la résidence paternelle aussitôt que sa blonde descendait de l'autobus scolaire. L'instant d'après, le couple disparaissait au sous-sol et lorsqu'il remontait à l'étage, c'était systématiquement main dans la main, même pour faire la vaisselle...

Jonathan Charbonneau parlait peu avec le père de famille ou se limitait à lui répéter sa passion pour la musculation.

L'homme aurait préféré qu'il se montre moins réservé, mais le garçon n'était visiblement pas doté de grandes habiletés sociales, contrairement à sa fille Sandrine. 

Belle Sandrine... Il fallait qu'elle soit très en amour pour passer de moins en moins de temps avec les siens. 

«On vivait dans la même maison, mais on ne se voyait plus, on ne se parlait plus», poursuit son père qui était néanmoins justifié de penser que sa grande de bientôt 16 ans n'était pas différente des autres ados qui veulent prendre une certaine distance de leurs parents.

N'empêche, une petite voix intérieure résonnait en lui. «Sandrine n'a pas l'air heureuse», s'est de plus en plus inquiété son père qui, un soir d'octobre 2012, a écouté son intuition. 

Il se faisait tard, l'homme avait dû insister pour que Jonathan Charbonneau remonte du sous-sol et quitte la maison. Sa fille devait aller au lit. Il y avait de l'école le lendemain. 

Quand le chum fut enfin parti et que le père est passé devant la chambre de Sandrine, il s'est permis d'avancer dans l'embrasure de porte pour lui demander si elle allait bien... Elle n'allait plus du tout. 

***

«L'adolescente était littéralement sous le joug de celui qui prétendait avoir adhéré à un gang de rue ou à la mafia. Peu importe, ses pseudo-amis connaissaient Sandrine et la surveillaient en tout temps et partout, même autour de la maison, voire dans les corridors de son école secondaire.

Jonathan Charbonneau lui répétait qu'on allait s'en prendre à elle et à sa famille si la jeune fille n'était pas à son service. La maison serait incendiée, ses parents allaient être tués, elle aussi... 

Le gars s'inventait carrément des personnages et trouvait le moyen de les rendre crédibles. 

«Je sais qu'avec le recul, c'est un méchant fucké, mais, veux, veux pas, quand tu as 15 ans et que c'est ton premier vrai chum, tu es plus naïve, tu as peur et tu écoutes ce qu'il te dit», rappelle Sandrine qui était trop terrorisée pour le dénoncer.

«À l'école, mon dernier cours se terminait à 16 h 05, mais je devais être dans le stationnement à 16 h 07. Il m'attendait», raconte celle qui n'avait pas intérêt à sortir à 16 h 08. Elle allait en payer le prix sinon. 

«J'étais stressée. Je ne mangeais plus. Je ne réfléchissais plus par moi-même. Je n'avais plus de vie sociale. Je n'avais plus de vie tout court», décrit Sandrine qui a songé au suicide pour se sortir de là. 

L'adolescente n'avait pas la permission de parler à ses amies, à ses parents ni à ses frères. De toute façon, elle n'avait pas le temps. Elle devait répondre à la seconde près à tous les messages textes que son chum lui adressait sans relâche, même à 2 h du matin. «Je faisais sonner une alarme...»

Quand le père de Sandrine et les policiers ont consulté le cellulaire de la jeune fille, le 16 octobre 2012, ils ont lu avec effroi un nombre incalculable de textos prouvant la toxicité de sa relation avec Jonathan Charbonneau. 

«Il était moins une...», laisse entendre son père qui, inévitablement, a ressenti de la culpabilité de ne pas lui avoir posé des questions plus tôt. 

Mais il peut difficilement s'en vouloir... Personne n'aurait pu deviner que Sandrine avait également reçu l'ordre de faire semblant de rire avec son tyran dès qu'elle entendait les pas de son père dans l'escalier menant au sous-sol.

Sandrine refuse de se poser en victime en ressassant cette douloureuse période. À ceux et celles qui lui demandent si elle en veut à Charbonneau, elle répond: «Je vis ma vie. Je me tiens debout.» 

Cette chronique n'est pas une façon pour elle de donner libre cours à la colère. La jeune femme de 20 ans a plutôt ce message pour l'adolescente de 15 ans en quête d'un premier amour et de premiers frissons.

«Sois prudente. Demande-toi si cette relation amoureuse t'apporte du positif et n'aie pas peur de parler à une personne de confiance. Si je l'avais fait avant, je me serais peut-être évité bien des problèmes, mais comme me l'a souvent répété ma grand-mère, il ne faut pas avoir honte.»

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