Un cadeau du ciel de Macao

Pascal Robidas et sa conjointe Camille Hannan sont... (Courtoisie)

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Pascal Robidas et sa conjointe Camille Hannan sont les heureux parents du petit Miko, 15 mois. Le portrait de son père.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Parmi les moments qui transforment le reste de notre existence figure la naissance d'un enfant. Ou son adoption.

Le 9 août 1981, Jeannine et Paul Robidas sont devenus les heureux parents de Pascal, 14 mois, un bébé qui leur a été confié avec ses yeux bridés, une santé extrêmement fragile et cette histoire d'amour non remboursable, mais garantie à vie.

Il y a de la fébrilité dans l'air chez les Robidas. Ce samedi, 20 h, le couple de Sherbrooke qui a vécu pendant près de 25 ans à Kingsey Falls, dans le Centre-du-Québec, sera devant son écran de télévision pour assister aux retrouvailles de leur fils avec sa mère biologique. 

Beaucoup d'émotion à prévoir dans le salon où j'ai rencontré les parents d'un homme devenu plus riche, à 36 ans, d'une deuxième maman dont il est, en réalité, tout ce qu'elle possède. 

Pascal Robidas est un visage connu en Mauricie alors qu'au milieu des années 2000, il a été journaliste pour le défunt hebdomadaire Le Journal de Trois-Rivières. Au cours des derniers mois, le reporter de Radio-Canada a fait appel à l'équipe de la nouvelle émission Deuxième chance pour l'aider à retracer la femme qui l'a mis au monde en Chine où, je vous le rappelle, la population dépasse 1,3 milliard d'habitants. Beau défi.

Comme une aiguille dans une botte de foin? Dans toute la grange en fait. 

Ce n'est pas ici que vous connaîtrez en primeur les étapes qui ont permis à Pascal Robidas de se rendre à Macao où il est né. Ce n'est pas le but de ma rencontre avec ses parents adoptifs qui l'ont aimé sans condition à la seconde où ils ont vu sa frimousse sur une photo en noir et blanc.

«On a craqué pour lui. Il nous était destiné.»

Et voici pourquoi.

***

Paul et Jeannine Robidas sont issus de familles nombreuses, treize enfants dans celle de monsieur, neuf du côté de madame. Lorsque les jeunes amoureux se sont mariés, il y a 49 ans, ils se sont promis de s'entourer d'une marmaille qui grouille. Mais ça ne pouvait pas être aussi simple. Atteinte d'endométriose, Jeannine a dû faire le deuil de l'enfantement. 

Quarante ans plus tard, Mme Robidas se revoit toujours, en train de pleurer à chaudes larmes sur son lit d'hôpital où elle venait de subir une hystérectomie. Le rêve de fonder une famille s'écroulait, jusqu'à ce que son mari s'en mêle.

Paul et Jeannine Robidas... (Isabelle Légaré) - image 2.0

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Paul et Jeannine Robidas

Isabelle Légaré

Et si on adoptait un enfant? Son épouse s'est mise à pleurer de plus belle. De joie.

Le couple s'est rapidement tourné vers une religieuse de la communauté Notre-Dame-des-Anges, à Lennoxville. Au début des années 80, soeur Liliane Cayer était considérée comme la personne ressource puisqu'elle avait coordonné l'adoption de plusieurs enfants au cours de ses différents séjours en Chine. De passage au Québec, la missionnaire a rencontré les Robidas qui, d'emblée, ont voulu savoir s'ils avaient une chance que leur candidature soit retenue parmi celles que lui soumettaient des professeurs, médecins, avocats... 

«Nous, on avait juste des petits salaires», souligne Jeannine avec la franchise des gens simples, vrais et charmants.

Soeur Liliane a accepté de les accompagner tout au long des procédures entourant l'adoption internationale.

«C'était beaucoup de paperasse. Du chinois...», sourit Mme Robidas qui est fière d'avoir gagné la confiance d'une femme qui ne se contentait pas de s'assurer que les Robidas allaient aimer l'enfant qui leur serait confié.

«Elle voulait savoir comment on allait l'élever et si on était ouvert à tout ce qui pouvait arriver. Ça n'allait pas toujours être facile et elle a eu raison.» 

Jeannine n'a peut-être pas vécu une grossesse de neuf mois ni accouché de Pascal dans la douleur, mais la femme a ressenti au plus profond de ses tripes la peur de ne jamais pouvoir le serrer dans ses bras. Et ça, ça fait terriblement mal.

Le bébé avait 9 mois lorsqu'il a été présenté en photo à ses futurs parents. Il en avait 14 au moment de monter à bord de l'avion en direction du Québec. 

Juste avant, les Robidas ont reçu un télégramme. Leur poupon était mal en point, risquant même de ne pas survivre au voyage d'une vingtaine d'heures. S'il devait mourir entre ciel et terre, on n'allait pas les rembourser. Fin du message.

Paul et Jeannine n'ont jamais hésité. «On le gardait. Il était à nous autres.»

Fort malgré ses symptômes évidents de malnutrition et les problèmes de santé en découlant, bébé Pascal a réussi à traverser la moitié de la planète pour se lover dans les bras de ses parents adoptifs et comblés.

En bonne mère de famille à temps plein, Jeannine s'est adaptée au rythme de son fils qui, peu stimulé durant son séjour à la crèche, présentait certains retards de développement moteur au moment de commencer sa nouvelle vie à Kingsey Falls.

«Je savais qu'en étant positive, Pascal reprendrait le dessus», soutient celle qui a remplumé son poussin en remplaçant le riz blanc par une double portion de légumes verts.

La nouvelle maman ne s'est jamais laissée décourager. «Tu as été tough», souligne son mari avec admiration. 

Discret tout au long de l'entrevue, Paul Robidas est un homme de peu de mots qui s'est avéré, et ça se voit dans ses silences, un père aimant pour Pascal et sa soeur également adoptée en Chine.

***

Depuis toujours, Paul et Jeannine Robidas ont répété à Pascal de ne jamais oublier celle qui l'avait mis au monde, une femme qui avait posé un geste de courage et d'amour en le donnant en adoption.

Lorsque leur fils a exprimé le souhait de retrouver sa mère biologique, ses parents ont été les premiers à l'encourager. En leur annonçant que l'équipe de l'émission animée par Patrick Lagacé et Marina Orsini allait l'aider dans ses recherches, Jeannine n'a fait ni une ni deux. Elle a sorti les boîtes dans lesquelles elle avait accumulé les photos, papiers et tout ce qui pouvait faciliter sa quête d'identité du côté de la Chine. 

«Nous n'avons jamais eu peur de perdre Pascal. Au contraire! Nous sommes tellement heureux de pouvoir le partager.»

D'ailleurs, au moment où son garçon s'est apprêté à retourner pour la première fois en 36 ans à Macao, la dame a pris soin de lui donner cette consigne combien maternelle. Et fiston avait intérêt à la suivre.

«Si jamais tu retrouves ta mère, tu as besoin de la serrer dans tes bras et de lui dire que tu l'aimes!»

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