Au coeur du souffle de l'espoir

Jessica Léonard peut compter sur le soutien de... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Jessica Léonard peut compter sur le soutien de chaque instant de son amoureux, Marc-Olivier Beaudoin, et de leur petit Isaac.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

«Non! Ça ne se peut pas. Je ne peux pas partir comme ça. Il y a sûrement quelque chose à faire!»

Jessica Léonard se revoit, complètement sonnée, en train de se parler à elle-même devant un miroir des toilettes de l'Hôpital général juif, à Montréal. C'était le 16 novembre dernier.

«Hypertension artérielle pulmonaire, malformation cardiaque majeure, interruption médicale de grossesse, opération à coeur ouvert»... 

Les mots du médecin spécialiste résonnaient dans sa tête à la même vitesse que son rythme cardiaque dans sa poitrine. Follement. 

Les jambes molles, Jessica avoue s'être donné deux ou trois claques en plein visage. Il fallait se ressaisir. Elle avait une vie à vivre auprès de son amoureux, Marc-Olivier Beaudoin, et de leur petit Isaac, un an et demi.

Deux mois plus tard, c'est une jeune femme resplendissante qui m'ouvre la porte du jumelé où le ronronnement de la sécheuse se fait entendre en sourdine. Jessica Léonard s'excuse de ne pas avoir eu le temps de faire le ménage alors que tout est impeccable ici. 

Les yeux verts et les mèches rousses, la Trifluvienne se relève un peu plus chaque jour des traumatismes vécus au cours des dernières semaines, alors qu'elle a dû faire le deuil d'un deuxième enfant pour sauver sa propre peau.

***** 

En couple depuis quatre ans, maman depuis dix-huit mois, étudiante à temps plein en soins infirmiers au Cégep de Trois-Rivières... On peut dire sans se tromper que la jeune femme de 24 ans n'a pas perdu de temps pour se fabriquer une vie à son image. Active. J'ajouterais même qu'à travers toutes ses responsabilités inhérentes à la conciliation famille-études, Jessica a toujours trouvé le moyen d'aller se déhancher chaque semaine dans des cours de zumba. 

Tout allait bien dans le meilleur des mondes pour la jeune femme qui, à l'hiver 2016, s'est présentée avec confiance aux cours d'éducation physique qui sont imposés au niveau collégial. La nouvelle étudiante se disait en forme, forte de son expérience sur un plancher de zumba, une discipline cardiovasculaire qui se pratique sur des airs endiablés.

Sauf que ça ne s'est pas passé tout à fait ainsi. «J'étais souvent fatiguée et à bout de souffle. Autour de moi, mes proches me disaient que c'était normal, que je venais d'accoucher et qu'il fallait que je me donne une chance de récupérer...» 

Un autre point tracassait Jessica. Sa perte de poids drastique depuis la naissance du bébé. «Pourtant, je ne me privais pas. Je mangeais beaucoup. Est-ce que c'était le stress? J'ai décidé de consulter mon médecin de famille.»

Sage décision. L'auscultation cardiaque réalisée l'automne dernier a permis de détecter ce qu'on appelle un B3, dans le jargon médical. «C'est comme un double battement», explique la future infirmière qui a aussitôt été dirigée vers un cardiologue de l'hôpital de Trois-Rivières qui, lui, a cru bon de prescrire une échocardiographie afin d'en savoir davantage sur la cause de cette anomalie. «Probablement un souffle au coeur», l'a-t-on rassurée.

Jessica était accompagnée de sa mère lors de l'examen. Dans la salle d'attente, les deux femmes patientaient en s'amusant à trouver des prénoms de bébé... Il faut savoir qu'une semaine ou deux avant ce rendez-vous chez le cardiologue, la Trifluvienne apprenait qu'un deuxième enfant était en route. Elle était enceinte de huit semaines. «Marc-Olivier et moi étions super contents!», raconte celle qui n'aurait jamais pu se douter que quelques minutes plus tard, on lui annoncerait qu'elle ne pouvait pas garder le bébé. 

«Hypertension pulmonaire», a diagnostiqué le cardiologue à une patiente dont le coeur est devenu soudainement en miettes. 

Le temps de pleurer dans les bras de son conjoint, de serrer son petit Isaac et de faire sa valise, Jessica Léonard a aussitôt pris la direction de l'Hôpital juif de Montréal où elle a rencontré le spécialiste David Langleben. 

C'est en sortant de son bureau que la jeune femme s'est retrouvée devant le miroir de la salle de bain pour tenter de reprendre ses esprits. Elle était affectée d'une maladie qui touche les poumons, le coeur et les vaisseaux. «Je m'attendais à tout, sauf à une maladie mortelle. Oui, j'étais fatiguée et essoufflée, mais mes symptômes m'apparaissaient bénins, surtout que je n'ai que 24 ans», rappelle Jessica Léonard qui n'en était pas à son premier choc. 

Une batterie de tests a permis de découvrir une cardiopathie congénitale grave, aussi appelée «trou dans la coeur». Curieusement, cette malformation s'est, dans les circonstances, avérée une bonne nouvelle. 

«En bouchant le trou, l'hypertension pulmonaire pouvait diminuer», explique la jeune femme qui parle d'un mal pour un bien. Sans les symptômes liés à l'hypertension pulmonaire, Jessica n'aurait jamais su qu'elle avait une cardiopathie majeure. Pour tout dire, son coeur aurait pu flancher à tout moment, dans un cours de zumba comme au moment de réussir l'exploit olympique de mettre au monde un enfant. 

Jessica Léonard a été opérée à coeur ouvert le 2 décembre dernier, une intervention qui a duré sept heures et au terme de laquelle le «trou» a été bouché et sa pression pulmonaire a chuté de moitié. Jessica n'est pas tenue, pour le moment et peut-être pour toujours, de prendre les médicaments qui sont souvent prescrits pour traiter l'hypertension pulmonaire.

«Je suis sur la bonne voie de la guérison!», affirme la jeune femme qui, ce jeudi, retournera au cégep pour y poursuivre, plus motivée que jamais, ses études en soins infirmiers. 

Jessica Léonard n'a pas pu poursuivre la grossesse de son deuxième enfant et doit à tout jamais faire le deuil d'un petit frère ou d'une petite soeur pour Isaac. Faisant preuve cependant d'une résilience qui l'honore, la Trifluvienne a décidé d'adopter la Fondation hypertension artérielle pulmonaire Québec (HTAPQ) dont la mission consiste à aider financièrement ceux et celles qui sont atteints de cette maladie invalidante. 

«Les médicaments peuvent coûter des milliers de dollars par mois et l'assurance-maladie du Québec ne rembourse pas la totalité des coûts», indique Jessica avec sa petite voix à la fois douce et bien décidée à faire sa part pour aider ceux et celles qui sont touchés par l'hypertension pulmonaire, soit deux personnes sur un million, tous âges confondus. 

Un souper spaghetti aura lieu le 24 février prochain, à Trois-Rivières. Tous les profits seront versés à l'organisme qui a vu le jour en 2006, à Plessisville. Consciente que des gens pourraient vouloir encourager la fondation sans nécessairement se présenter au souper spaghetti, elle vous invite à consulter la page Facebook de l'HTAPQ pour faire un don.

La jeune maman vous remercie à l'avance, tout comme elle est reconnaissante à la vie de lui permettre de voir grandir son petit Isaac.

Jessica a eu raison d'écouter sa voix. Non, elle ne pouvait pas partir comme ça. Oui, il y avait quelque chose à faire.

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