Décollage Sainte-Ursule, direction Bombardier

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Alain Bellemare voue un attachement profond à sa famille de Sainte-Ursule et de Louiseville où le grand patron de Bombardier a passé son enfance et son adolescence.

La Presse

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Chaque fois qu'Alain Bellemare prend la route de Louiseville, il laisse derrière lui son titre de président et chef de la direction de Bombardier pour mieux redevenir le fils, le frère, le neveu et le cousin.

Ici, l'homme de 55 ans renoue avec ses racines... et se dit toujours prêt pour une partie de cartes. Le 500. 

Bon joueur?

«Le meilleur!»

Le ton est donné dans ce bureau au sommet d'une tour du boulevard René-Lévesque Ouest. Du haut du 29e étage, le centre-ville de Montréal et les ponts enjambant le fleuve Saint-Laurent valent le coup d'oeil. Alain Bellemare ne s'en lasse pas non plus. Ses souvenirs peuvent voyager librement avant d'atterrir en Mauricie.

Peu de gens le savent, mais le grand patron de l'entreprise qui se présente comme le «leader mondial de la fabrication d'avions et de trains» a des liens tricotés serrés dans le comté de Maskinongé. 

«Je suis né à Montréal, mais mes parents sont originaires de Sainte-Ursule et de Louiseville. Jusqu'à l'âge de 18 ans, j'y ai passé tous mes étés et mes week-ends, à la ferme familiale du côté de ma mère.»

Durant son enfance et son adolescence, Alain Bellemare a fait la navette entre la métropole et la campagne. «C'était tellement agréable!», lance-t-il avec une joie évidente.

Sur semaine, le fils de Roger Bellemare, qui était typographe à La Presse, et d'Angèle Leblanc, une enseignante au primaire, vivait dans le quartier Rosemont. C'est ici que le garçon a fait son entrée à l'école et donné ses premiers coups de patin.

Sportif, il a joué au hockey, le Bleu-Blanc-Rouge tatoué sur le coeur comme en fait foi le chandail du Canadien qu'Alain Bellemare exhibe fièrement dans son bureau également décoré de plusieurs modèles réduits. Ici, un avion CS100. Là, le métro Azur.

Le vendredi soir, la question ne se posait même pas pour l'aîné de deux enfants et ses parents. Ils prenaient la direction de la grande maison des grands-parents, à Sainte-Ursule, où étaient également réunis les autres membres de la parenté. 

«C'était ma vie», résume Alain Bellemare, un hybride urbain-rural qui se réjouit d'avoir pu bénéficier du meilleur des deux mondes. 

Assis, relaxe, de l'autre côté de la table de conférence, l'homme parle avec abondance et, surtout, avec beaucoup d'affection de ses proches qui, telle une microsociété, lui ont légué des valeurs d'entraide et de collaboration. 

«Une joie de vivre aussi!», souligne avec enthousiasme celui qui se dit de nature «très très sociable»... 

En effet. Si Alain Bellemare a mis du temps avant d'accepter cette entrevue plus personnalisée, le voilà qui se prête à l'exercice avec un plaisir manifeste.

***

L'ancien président et chef de la direction de UTC Propulsion & Aerospace Systems (une entreprise avec des revenus de 30 milliards US) ne peut s'empêcher de sourire en racontant qu'il faisait un peu de tout sur cette ferme laitière d'un troupeau de 40 têtes.

Dès son jeune âge, le petit Alain a eu à traire les vaches et à les ramener dans l'enclos, à faire les semences et les récoltes, à s'occuper des poules et des cochons... 

Aux commandes de Bombardier depuis février 2015, Alain Bellemare compare la ferme de ses grands-parents à une véritable «p'tite business» où la planification était essentielle afin que chaque personne soit affectée efficacement à une tâche.

«Il y avait toujours quelque chose à faire et ça se faisait dans l'harmonie. C'est pour ça que j'avais hâte de revenir», raconte-t-il avant d'ajouter que son expérience au sein de l'entreprise familiale a influencé son choix de carrière.

Fasciné par la fabrication et le fonctionnement du tracteur, du monte-charge, de la trayeuse automatique et des nombreux équipements agricoles, le jeune homme s'est tout naturellement laissé tenter par des études en génie mécanique.

«J'aimais ce qui était concret, tangible, pratico-pratique», explique le gars de terrain qui a obtenu son diplôme de l'Université de Sherbrooke avant de se spécialiser en aéronautique, à Toulouse, puis de compléter avec un MBA de l'Université McGill.

Son profil de gestionnaire n'a pas tardé à se manifester, lui qui a appris très jeune à développer son sens de l'organisation et à ne pas compter ses heures. 

«On travaille fort sur une ferme et s'il y a un élément qui revient depuis le début de ma carrière, c'est que j'ai toujours beaucoup travaillé et que ça n'a jamais été un fardeau», soutient Alain Bellemare avant d'ajouter qu'il a rapidement compris aussi l'importance de s'entourer d'une bonne équipe, et ce... «que tu sois à la tête d'un troupeau de 40 vaches ou d'une multinationale.»

Alain Bellemare voyage partout dans le monde. Sa vie professionnelle occupe une très grande place. «Sur le plan intellectuel, c'est du matin au soir. Du 24/7.»

Il dit retrouver son équilibre auprès de son épouse, Katéri Da Silva (qu'il a mariée à l'église de Sainte-Ursule), et de leurs deux garçons. 

Jean-Simon, 20 ans, et Charles-Olivier, 17 ans, poursuivent en ce moment leurs études aux États-Unis où la petite famille est demeurée pendant huit ans, alors que l'ancien grand patron de Pratt & Whitney Canada est devenu le président et chef de la direction d'Hamilton Sundstrand, puis chef de l'exploitation de la division aérospatiale de United Technologies Corporation (UTC), un conglomérat établi au Connecticut.

Là-bas, on a bien tenté de convaincre le grand amateur de hockey de jeter son dévolu sur les Rangers de New York ou les Bruins de Boston. Oubliez ça. Son gilet du Canadien traîne toujours quelque part dans son bureau.

***

Les semaines extrêmement remplies du dirigeant de Bombardier l'empêchent de revenir aussi souvent qu'il le souhaiterait en Mauricie où son père et plusieurs de ses proches sont toujours établis.

Mais lorsqu'Alain Bellemare prend la sortie vers Louiseville, c'est pour revenir à la source de son parcours exceptionnel.

«Oui, je mets beaucoup de temps sur ma carrière, mais au fond de moi, il y a des choses qui n'ont pas changé. Je suis né dans une famille groundée, terre à terre, qui aime avoir du plaisir.» 

Et jouer au 500... À l'entendre, c'est du sérieux, avec un tournoi et une finale. Alain fait équipe avec son cousin René, un stratège comme lui.

«On gagne le tournoi pratiquement chaque année!», souligne Alain Bellemare qui accepte les rares défaites avec humilité... et un grincement de dents. 

«Je n'aime pas ça, perdre!», avise le dirigeant dont l'esprit de compétition le suit partout: dans son bureau du siège social de Bombardier comme chez ses tantes, autour de la table de cuisine.

Alain Bellemare est devenu président et chef de... (La Presse) - image 2.0

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Alain Bellemare est devenu président et chef de la direction de Bombardier en février 2015.

La Presse

«Nous sommes sur la bonne voie»

Qu'il soit passager dans un avion ou aux commandes de Bombardier, Alain Bellemare ne craint pas les zones de turbulences. Ça fait partie de l'aventure.

Depuis son arrivée à la présidence et à la direction du fleuron québécois, Alain Bellemare ne l'a pas eu nécessairement facile. Les difficultés financières ont fait les manchettes, amenant avec elles leur lot de questions, de critiques, de scepticisme et même une parodie au Bye Bye 2016, un sketch que le principal intéressé a vu et qualifie, sourire en coin, de «cocasse»... 

S'inspirant de l'émission Les Dragons, la scène a tourné en dérision la décision du gouvernement du Québec de faire un «deal» de 1 milliard $ avec Bombardier.

Alain Bellemare a le sens de l'humour, mais ne voit pas la situation du même oeil.

«Le gouvernement Couillard est intervenu dans Bombardier à un moment absolument critique pour l'avenir de l'entreprise. Ça a été fait de façon judicieuse», déclare le pdg avant d'affirmer que cet «investissement stratégique» dans le programme de la Cseries constitue l'avenir de l'entreprise.

«Ça peut être critiqué à gauche et à droite, mais la réalité est que le coeur de l'industrie aéronautique a été solidifié», commente Alain Bellemare qui, sur son élan, rappelle que Bombardier a signé des ententes avec Air Canada et Delta au cours de la dernière année.

«Notre carnet de commandes a été amélioré de façon marquée. Des avions volent au moment où on se parle.»

Le «p'tit gars de Louiseville», comme s'est déjà amusé à l'appeler l'ancien premier ministre Jean Chrétien, savait ce qui l'attendait au moment de s'amener à la tête de Bombardier. L'année 2016 s'est déroulée sous le signe de la restructuration. Des milliers d'emplois ont dû être abolis.

«C'est très difficile pour les dirigeants de faire des mises à pied. Ce n'est pas quelque chose qu'on prend à la légère, mais en bout de ligne, tu fais ça pour sauver 80 % ou 90 % des jobs qui seront des meilleurs emplois avec un avenir stimulant», assure-t-il en insistant sur la pérennité à long terme de l'entreprise.

«C'est sûr qu'on a eu des défis, mais nous sommes sur la bonne voie. J'ai mis en place un plan de redressement de cinq ans, avec différentes phases. Nous venons de compléter la première qui consistait à réduire les risques sur l'entreprise», explique Alain Bellemare avant de mentionner que la situation de Bombardier est plus solide et, mieux encore, reconnue par les marchés financiers.

La passion de l'ingénieur pour le secteur aéronautique est intacte. «C'est dans mon coeur. C'est là. Ça part pas. Pour faire cette job-là par contre, ça ne prend pas juste de la passion. Il te faut un niveau d'énergie très élevé», admet celui qui se décrit comme un patron ouvert et à l'écoute.

«C'est sûr que je suis très exigeant aussi. Je n'ai pas beaucoup de patience et de tolérance pour la non-performance», admet Alain Bellemare qui rappelle que Bombardier évolue dans un secteur d'activités qui est très complexe, avec des technologies très avancées.

«Des problèmes, il y en a et ça fait partie de notre travail de les gérer de façon efficace», affirme-t-il avant de conclure que les solutions se trouvent en équipe.

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