Cher père Noël, j'aimerais...

Les enfants, mais aussi les plus grands, ont... (Sylvain Mayer)

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Les enfants, mais aussi les plus grands, ont le droit d'avoir des étincelles dans les yeux le matin de Noël.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À 17, 18 et 19 ans, il y a longtemps que Shanny, Jessica et Yanick ne croient plus au père Noël. Peut-être, en fait, n'ont-ils jamais osé y croire...

Ce n'est pas leur vrai prénom, mais le contenu de leur lettre est bien réel. À cheval entre l'adolescence et l'âge adulte, ils ont récemment écrit au père Noël comme on lance une bouteille à la mer. Ils ne lui demandent pas la lune, simplement un peu de magie le matin du 25 décembre.

Ces jeunes qui habitent dans un quartier près de chez vous n'ont pas eu la chance de grandir dans la ouate. Leur enfance et leur adolescence portent le sceau de la négligence, des abus, de la pauvreté ou carrément de l'abandon. Un jour, on a dû les placer.

«Depuis l'âge de 3 ou 4 ans, j'ai fait plus d'une vingtaine de familles d'accueil ainsi que plusieurs placements au centre de réadaptation. Dans ma famille, on ne s'entend pas très bien...» 

Il n'y a pas de dessin sur la lettre de Shanny, ni de petites étoiles brillantes. Pas besoin. Ce sont ses mots qui ont su toucher le coeur d'une personne qui donnera suite à son message via l'Opération père Noël.

Coordonnée par la Direction de la protection de la jeunesse, cette mission qui se déroule à l'échelle provinciale est assurée dans la région par des employés du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, mais également par monsieur et madame Tout-le-monde. 

Sans tambour ni trompette, ces gens font une grande différence en offrant un peu de bonheur à des petits et plus grands issus d'un milieu défavorisé, voire désorganisé. 

En retour d'une lettre rédigée à l'attention du personnage légendaire, le père (ou la mère) Noël achète le cadeau rêvé à celui ou celle qui, sinon, risque de ne pas en recevoir, sage ou pas. 

Shanny, Jessica et Yanick ne sont plus des enfants et de moins en moins des ados. Si leur lettre respective s'est néanmoins glissée dans le courrier, c'est parce qu'ils ont besoin d'une aide bienveillante que seul l'esprit de Noël peut leur apporter. 

«Depuis que je suis en appartement, j'ai de la difficulté à arriver. Je suis un jeune qui adore travailler, cependant, j'ai perdu plusieurs emplois en raison d'un gros manque de motivation et des problèmes de santé. Je regrette sincèrement. Je veux me reprendre. Je suis royalement à bout de ne jamais avoir d'argent et d'être sur l'aide sociale. Plus le temps avance, plus je suis découragé...»

Comme Shanny et Jessica, Yanick participe au Programme qualification des jeunes (PQJ), une ressource qui se veut une main tendue aux jeunes qui sont passés par les centres jeunesse. Ils ont atteint ou sont sur le point d'atteindre leur majorité. Le temps est venu de voler de leurs propres ailes, sans famille d'accueil et, trop souvent, sans famille tout court.

Les intervenants du PQJ accompagnent ces petits devenus grands jusqu'à l'âge de 19 ans. Comme le feraient les parents d'un enfant qui apprivoise la vie en appartement, ces éducateurs partagent leurs trucs de la vie quotidienne.

Yanick est un de ceux-là. Sans son intervenant qu'il rencontre une fois par semaine, le garçon serait pas mal tout seul au monde. Son père n'est plus dans le portrait depuis l'enfance, alors que sa relation avec sa mère n'est pas au beau fixe. 

Pas besoin d'un dessin pour comprendre que le soutien n'est pas là, alors que les besoins du jeune homme sont criants. Sa liste de souhaits adressés à Opération père Noël parle d'elle-même.

«Il me manque presque la moitié des meubles, des chaudrons, un toaster, des draps, un manteau d'hiver... Si j'avais une carte-cadeau de nourriture, ça m'aiderait beaucoup.»

Sa lettre a été reçue. Des lutins s'activent pour lui en ce moment. Pour Shanny aussi... qui a récemment donné naissance à un garçon.

«Durant ma grossesse, j'ai pu ramasser quasiment tout ce qu'il me fallait pour mon garçon. Bien sûr, il me manque encore certains articles, car je n'ai pas pu tout payer. Je n'ai plus assez d'argent pour l'investir dans mon futur appartement. J'aimerais beaucoup, si possible, avoir un an de couches gratuites ainsi qu'un téléphone de maison pour prendre les rendez-vous médicaux pour mon bébé.»

La fille-mère fait passer les besoins de son enfant en premier. Une vraie maman... 

Jessica a le même réflexe maternel. À peine sortie de l'adolescence, elle vient aussi d'accoucher.  

«Je vis avec mon fils que j'ai eu à la première neige... Je n'ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. Je suis seule à m'occuper de lui, mais je l'aime tellement que ça m'est égal. Je lui donne tout l'amour que je peux.»

 Personne n'en doute. De l'amour, Jessica en a un coffre rempli, mais tout le reste, pas mal moins.

«Ce que j'aimerais demander, ce serait des couches pour un an. Ça m'aiderait tellement. Et avec les sous, j'achèterais des camions, du lait Similac et un full bel habit pour que mon garçon soit beau même s'il est déjà beau!»

Rien pour la jeune maman dans cette lettre au père Noël? Oui, mais si peu. Elle ose demander ceci dans le tout dernier paragraphe écrit à la main.

«J'aimerais avoir une carte-cadeau chez Wal-Mart ou quelque chose du genre. Je n'ai plus de soutien-gorge qui me va. Je n'ai plus de maquillage non plus. Ça me donnerait un coup de main énorme, mais j'aimerais réellement qu'on priorise mon bébé.»

Message reçu. Joyeux Noël Jessica.

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