De son salon au New York Times

C'est Noël avant tout le monde pour Guylaine... (Stéphan Lessard)

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C'est Noël avant tout le monde pour Guylaine Cloutier. Son filet à provisions Lacoursière connaît un succès inespéré.

Stéphan Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Ça sonne à la porte. C'est le facteur.

Guylaine Cloutier se lève d'un bond et revient aussi vite, les bras chargés d'une grosse boîte de carton qu'elle dépose, sans même l'ouvrir, au beau milieu du salon. 

«Mes étiquettes en cuir!», annonce la dame d'un air aussi triomphant que soulagé. Il était temps. Elle commençait sérieusement à en manquer.

Depuis dix jours, les commandes arrivent de partout, plus précisément des États-Unis. Californie, Oregon, Seattle, Minnesota, Massachusetts, Caroline du Nord... Ses filets à provisions crochetés à la main font sensation.  «C'est fou!»

On ne saurait mieux dire.

Après s'être attiré les éloges de l'animatrice d'émissions culinaires Josée di Stasio, voilà que le talent de Guylaine Cloutier est reconnu au-delà des frontières. Le prestigieux New York Times vient d'ajouter le «Shopping Bag by La Coursière» à sa très consultée Gift Guide 2016. Un cadeau de Noël avant le temps pour la Trifluvienne rencontrée dans son atelier qui se trouve être son salon.

«Pour crocheter, je m'installe dans ce fauteuil-là, ou celui-ci ou l'autre à côté. J'ai le choix!» On rit devant le comique de la situation.

J'imagine le gars ou la fille de la Côte ouest américaine, très loin de s'imaginer que sa commande en ligne aboutit dans une maison jumelée d'un quartier tranquille de Trois-Rivières où s'exécute, entre deux tisanes, une ancienne infirmière qui a troqué ses aiguilles pour un crochet et des bobines de coton. 

La vie de Guylaine Cloutier, 55 ans, n'est pas une route linéaire. C'est un fil qui s'entrecroise dans un autre et un autre.

Native de Shawinigan, la diplômée en soins infirmiers s'est d'abord établie à Montréal avec son conjoint, Michel Trépanier. Oeuvrant en milieu pédiatrique - elle qui aspirait à exercer en gériatrie - la jeune femme a tôt fait de réaliser que ce métier ne correspondait pas à ses attentes. Une réorientation de carrière s'est tout naturellement imposée. En... design industriel.

«Des belles années!», souligne celle qui, à travers des contrats en design graphique, une spécialisation en gestion d'imprimerie, la naissance de deux enfants et un déménagement à Trois-Rivières pour se rapprocher de ses racines, a reçu un diagnostic de cancer du sein, l'équivalent d'un crochet en pleine gueule.

Traitements, convalescence, des hauts, des bas... Heureusement, il y avait sa famille pour l'aider à traverser tout ça, au point où l'infirmière en elle a eu envie de reprendre du service pour, à son tour, prendre soin des autres. 

Après un retour en classe pour une mise à jour intensive, Guylaine Cloutier a été appelée au chevet de personnes en fin de vie, à la Maison Albatros. «Une expérience coup de coeur, mais aussi dans le coeur», avoue la Trifluvienne qui a encaissé en 2013 un diagnostic de fibromyalgie. Ce deuxième crochet sur la mâchoire l'a envoyée au sol.

«J'étais au bout du rouleau. J'ai passé plus de six mois dans un divan que j'ai récemment mis au chemin.» 

C'est dans cette réconfortante causeuse qu'elle a graduellement retrouvé son énergie et le goût de faire quelque chose de ses dix doigts.

 *****

Les plus beaux succès naissent souvent d'une idée toute simple. 

Guylaine Cloutier était à bouquiner à la bibliothèque municipale lorsque son attention a été attirée par des livres d'artisanat étalés sur une table. La designer en elle n'a pu s'empêcher de tourner les pages pour y trouver des cadeaux à fabriquer de ses mains, pour les siens. 

La Trifluvienne a deux enfants, Thomas et Béatrice qui, elle, a un chum, Jan, né en Pologne, mais qui a grandi au Québec. «Qu'est ce que je vais lui faire?», s'est demandé la belle-maman qui a arrêté son choix sur un filet à provisions. «Un clin d'oeil à ses origines européennes», explique Mme Cloutier, visiblement fière de son flash.

Le gendre a adoré son cadeau. Des membres de la famille, des amis, puis des inconnus se sont ensuite manifestés. «J'en veux un moi aussi.»

Guylaine Cloutier a continué de crocheter en utilisant du coton cultivé aux États-Unis. «C'est la meilleure qualité», soutient celle dont la signature s'inspire du nom de fille tout désigné de sa mère, une Lacoursière comme dans... faire ses courses. Fallait y penser. 

Pour Mme Cloutier, le secret de son succès est un mélange d'entraide, d'encouragements, d'expériences de travail, de rencontres, d'adaptation, de résilience ... Il y a une part de chance aussi. 

C'est une directrice du New York Times, en vacances à Montréal, qui est tombée sous le charme des filets à provisions Lacoursière disponibles chez Épices de cru, une boutique du Marché Jean-Talon. 

Quelques courriels plus tard et puis, voilà, le «shopping bag» de la Trifluvienne se retrouve aujourd'hui dans la liste de suggestions de cadeaux du quotidien connu à travers le monde. Quand même.

Les commandes affluent sur son site Internet, au point où les prochaines livraisons seront effectuées au début de l'année 2017. 

Pour ceux et celles qui pensaient glisser un Lacoursière en dessous du sapin de Noël, pas de panique. L'être cher recevra un certificat confirmant que votre cadeau est en train de se faire crocheter avec amour. Et puisque le facteur vient de passer, il portera l'indispensable étiquette en cuir. 

Guylaine Cloutier prend une bonne respiration. Faire du crochet, c'est aussi profiter du temps qui défile, à l'image des bobines éparpillées dans son salon. Pas question de laisser ce moment unique lui glisser entre les mailles du filet.

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