Maude et le charmant monsieur

Plus tôt cette semaine, Maude Paquette-Martin a recroisé... (Courtoisie)

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Plus tôt cette semaine, Maude Paquette-Martin a recroisé Gilles, celui qu'elle se plaît à présenter comme un charmant monsieur.

Courtoisie

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les histoires qui font du bien ne courent pas les rues. Il existe heureusement celle-ci.

Elle débute il y a quatre ans, un soir de février. Après sa journée de travail, Maude Paquette-Martin a ouvert son ordi pour jeter un oeil sur sa page Facebook, sans but précis. Ça allait plutôt «bof» dans sa vie.

«Je venais de me séparer. Je devais faire des choix difficiles au niveau de mon travail. J'étais en plein questionnement...»

Originaire de Valleyfield, la jeune femme de 28 ans est établie dans la région depuis quelques années déjà. Diplômée en éducation spécialisée, elle est la directrice d'un centre de jour, à Shawinigan. L'organisme Les horizons ouverts accueille des personnes présentant un trouble envahissant du développement. 

Entre ses longues heures de travail, Maude trouve le temps de travailler dans un bistro deux soirs par semaine. «Travailler» est un grand mot. Elle est là par choix. Cette fille à l'entregent facile aime le monde qui le lui rend bien.

Mais revenons à ce soir de février d'il y a quatre ans, alors que la Shawiniganaise d'adoption se demandait ce qu'elle allait faire de sa soirée tout en déroulant son fil d'actualité Facebook. Son attention a été attirée par l'offre d'une dame qui avait deux billets à donner pour un spectacle d'humour, le soir même, à la salle Thompson, à Trois-Rivières. 

Maude a fait clic et l'heure d'ensuite, elle avait la paire de tickets dans les mains... mais aucun ami de libre pour l'accompagner au pied levé. Tant pis. Elle y allait pareil. «Je suis une enfant unique. J'ai l'habitude d'être bien avec moi-même», dit-elle avec le sourire en coin.

Maude a tout de même eu un choc en voyant les gens se presser au centre-ville. Ce show d'humour, ils étaient venus le voir en couple, entre chums, elle, elle était toute seule... Moche.

«Je ne suis pas timide, mais un peu orgueilleuse. J'imaginais le regard des autres...»

Perdue dans ses pensées, Maude s'apprêtait à entrer dans l'édifice de la rue des Forges lorsque son regard a croisé celui d'un charmant monsieur ouvrant la porte à chaque personne.

Ce n'était pas un employé de la salle Thompson, mais un homme qui, tout sourire, passe ses journées la main tendue.

Les doigts gelés en raison du froid, Maude a été incapable de trouver la monnaie perdue au fond de sa sacoche. Tout ce qu'elle a réussi à agripper, c'est son billet en trop. Sans réfléchir, la spectatrice l'a remis au brave homme qui a laissé échapper un «Oh!» de surprise.

Maude a marché jusqu'à sa place, étonnée par la spontanéité de son geste qu'elle ne s'expliquait pas elle-même. 

Les rideaux étaient sur le point de s'ouvrir sur la scène lorsque la spectatrice solitaire a aperçu une petite lumière dans l'allée. C'était un placier accompagnant l'homme de la rue jusqu'au siège situé «coude à coude» avec celui d'une Maude émue aux larmes de le voir apparaître. 

Sous son manteau qui, visiblement, n'en était pas à son premier hiver, l'homme portait un veston vert en velours côtelé. «Et il avait pris la peine de se peigner les cheveux par en arrière!», se souvient Maude qui n'arrête pas de sourire en repensant à ce moment.

L'homme aux grosses bottes usées et plus ou moins bien attachées était heureux d'être là. Il n'a pas fait de cas lorsqu'une demoiselle en face de lui s'est mise à le dévisager d'impatience chaque fois que ce spectateur arrivé de nulle part riait aux éclats. Il était à un show d'humour après tout.

«Quelle aurait été sa réaction s'il avait été une personne habillée d'un chic manteau de cuir?», demande Maude qui n'a pas besoin de réponse pour savoir que plusieurs concitoyens ont peur de ce que représente l'itinérance. Elle ne juge pas. Elle comprend. Et s'en désole.

«On a tous à apprendre de l'autre...», dit-elle alors que nous sommes attablées dans un café où elle poursuit le récit de son histoire.

Le duo improvisé a profité de l'entracte pour sortir fumer et jaser dans le froid de février.

«Cet homme avait une grande facilité à s'exprimer. Ça m'a scié les jambes tellement il était cultivé. Les mots étaient sa grande richesse», se souvient Maude qui le décrit encore comme un poète.

Sans le savoir, ce charmant monsieur prénommé Gilles s'était montré d'une grande générosité envers celle qui est rentrée à la maison, bouleversée par cette rencontre d'un soir. 

*****

Il en coule de l'eau sous les ponts en quatre ans. Maude Paquette-Martin habite et travaille toujours à Shawinigan. Épanouie, elle file le parfait bonheur avec son amoureux. 

Mardi soir, la jeune femme était au centre-ville de Trois-Rivières pour souper avec une amie. Après le repas, elles ont poursuivi la conversation en marchant sur la rue des Forges. Leurs pas les ont fait bifurquer vers le parc Champlain illuminé à un mois de Noël.

C'est en empruntant un raccourci à côté de la salle Thompson que Maude, le capuchon rabattu jusqu'aux yeux, a cru apercevoir un homme dont le sourire lui rappelait quelqu'un.

«Est-ce que c'est avec vous que je suis allé voir un spectacle?»

C'était la voix de Gilles, toujours à la même place. «Le meilleur spot en ville!», lui a-t-il dit en réchauffant ses mains dans les siennes. 

La photo qui illustre cette chronique a été prise à la demande de l'homme par deux passants témoins des retrouvailles entre Maude et le charmant monsieur. 

Gilles habite dans une résidence où «je suis nourri, logé et blanchi», a-t-il dit à celle qui ne cachait pas sa joie de le retrouver en forme. Cette fois par contre, pas question d'attendre quatre ans et le hasard au détour d'un coin de rue pour le revoir.

Dans un  texte qu'elle a publié cette semaine sur sa page Facebook, Maude Paquette-Martin raconte son histoire qui, à sa plus grande joie, fait boule de neige. 

Ils sont plusieurs à lui écrire pour la remercier de leur donner l'élan qui leur manquait pour prendre le temps de s'arrêter, d'écouter et d'aider «les Gilles» de ce monde qui sourient, la main tendue, sur la rue.

Maude écrit: «L'hiver arrive... Un p'tit café, un manteau, un 2 $, une canne de thon, un moment à jaser... Ce n'est pas grand-chose pis ça fait du bien. Des deux bords.»

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