Océane pacifique

Un an après les attentats de Paris, Océane... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Un an après les attentats de Paris, Océane Meurot se souvient...

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Pour Océane Meurot, 15 ans, une amie, c'est sacré, peu importe si elle avait 9 ans la dernière fois qu'elle l'a vue, que l'Atlantique les sépare et que la menace terroriste les force à perdre l'insouciance de leur jeunesse.

D'une certaine façon, le 13 novembre 2015 est le 11 septembre de celle qui n'était âgée que de quelques mois lorsque les tours jumelles se sont effondrées à New York, en 2001. Française d'origine, la jeune Trifluvienne se souvient très bien comment elle a appris qu'une série d'attentats venaient d'être perpétrés à Paris.

C'était un vendredi, en mettant le pied chez elle. «Je l'ai su par mes parents, en rentrant de l'école... »

Des images d'horreur défilaient sur le téléviseur. L'ordinateur était branché sur des sites d'information en direct. Papa et maman tentaient de prendre des nouvelles de leur monde via les réseaux sociaux. Le choc. 

«Ce n'était pas possible. C'était la France, pas un pays en guerre! On ne pouvait pas se rendre dans la rue, sortir sa kalachnikov et tirer sur la terrasse d'un bar, sur des jeunes...»

Secouée, Mélanie Baot, la mère d'Océane, n'y croyait pas. Pas plus que son père, Jérôme Meurot, qui avait l'impression de se retrouver dans un mauvais film. 

«Ça nous paraissait irréel et après, en y réfléchissant, le seul mot qui nous venait en tête était... Pourquoi?»

***

Océane et sa famille ont quitté la France en 2010 pour venir s'établir à Trois-Rivières, une ville «de taille humaine» qui leur fait penser à celle qu'ils ont quittée, Monosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence. 

Papa était fonctionnaire et maman, caissière dans un supermarché. Ils auraient pu continuer longtemps ainsi, à travailler et à élever leurs enfants sans jamais se poser de questions, mais leur mère patrie ne correspondait plus aux attentes que le couple avait pour ses enfants, Océane et Vincent. 

«L'ambiance commençait à s'alourdir en France, à s'individualiser», expliquent Jérôme et Mélanie. Lasses de ressentir ce climat de morosité qui affectait de plus en plus leurs compatriotes, ils ont eu envie d'aller voir ailleurs si les gens se souriaient davantage entre eux, tant au boulot que sur la rue qu'à la pâtisserie du coin.

Ils auraient pu mettre le cap sur le pays voisin. L'Europe en est rempli. Une visite sur le site d'Immigration Canada les a convaincus de pousser plus loin l'audace. Leurs enfants allaient s'ouvrir sur un autre monde et une autre culture. Ça ne pouvait être que positif. 

La petite famille a arrêté son choix sur Trois-Rivières, elle qui n'était jamais venue au Québec. Le pari était risqué, mais nécessaire. Le temps était venu de changer de vie et de continent. Il n'empêche qu'au moment où les roues de l'avion ont quitté le sol, les parents d'Océane se sont regardés, l'air de se dire : «Mais qu'est-ce qu'on fait là? On est fous!»

Six ans plus tard, le technicien en informatique au Cégep de Trois-Rivières et l'agente administrative au Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec n'ont jamais été aussi certains d'avoir fait ce qu'il fallait.

Le visage épanoui de leurs enfants les conforte dans leur décision même s'il y a un an, en apprenant que Paris était au coeur d'attaques meurtrières, Océane s'est soudainement sentie très loin de ses copines d'enfance, plus spécialement de celle qu'elle considère comme sa meilleure amie.

La tante et les cousins de celle-ci ont trouvé la mort dans la salle de spectacle Le Bataclan où des terroristes ont fait feu sur le public. 

«Sur le coup, j'ai haï les personnes qui ont fait ça. Après, comme mon père, je me suis demandé pourquoi? Je ressentais de la tristesse, de la déception... J'étais aussi inquiète à l'idée que ça recommence et que, cette fois, mes proches soient touchés. C'était vraiment spécial comme mélange d'émotions. Ça a été le weekend le plus long de ma vie.»

Pendant qu'Océane se remémore les premières heures suivant les attentats de Paris, il y a ses deux cockatiels qui volent librement dans le salon tout en chantant.

La jeune fille ne peut s'empêcher d'éclater de rire en les voyant frôler ma tête et se dégourdir aussi joyeusement en notre présence. C'est bon de la voir rigoler comme une ado, elle qui venait de confier avoir perdu certaines illusions le 13 novembre 2015.

Avant Paris, il y a eu Charlie Hebdo et, après, il y a eu Nice. La France a été durement éprouvée depuis un an. Océane ne peut faire autrement que de penser que ce n'est malheureusement pas terminé. «Et n'importe où..», laisse-t-elle tomber gravement. 

Ses parents l'écoutent silencieusement. Leur grande fille a raison. Ces attaques dans leur pays d'origine portent atteinte à la liberté de tout un chacun, mais Océane ni personne ne doit se laisser dicter par la peur, lui répètent-ils. 

À 15 ans, l'adolescente fait preuve d'une maturité qui l'honore. Elle sourit timidement lorsqu'on lui en fait part. À pareille date l'an dernier, Océane était en larmes sur la place d'accueil de l'école secondaire des Pionniers. Une vigile y avait été organisée pour permettre aux jeunes d'exprimer leur solidarité à la suite des tragiques événements à Paris.

Océane Meurot a reçu comme un immense câlin les nombreux messages de compassion des élèves venus à sa rencontre. Ce jour-là, leur amie s'est sentie à la fois très fière d'être Française et Québécoise.

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