Rescapée de la prostitution

Forcée à se prostituer à l'âge de 15 ans,... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Forcée à se prostituer à l'âge de 15 ans, Julie Villemure a accepté de raconter son cauchemar, une réalité que vivent toujours des femmes à qui l'organisme ÉVA offre du soutien.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Contrairement à ce que Julie Villemure est tentée de s'imaginer, son passé n'est pas écrit sur son front. Sur le coup, j'ai même cru que je faisais erreur sur la personne.

Celle qui m'invite à prendre place en face de son bureau a les yeux pétillants et le rire facile. Ça augure bien. La femme de 56 ans n'a manifestement pas l'intention de revenir sur sa décision de raconter l'année de ses 15 ans. Sans plus attendre, elle déterre ses souvenirs sans jamais perdre cette bonne humeur qui l'anime.

Se disant portée par l'amour de soi et de son prochain, la résidente de Louiseville se lance dans un effroyable récit au terme duquel elle me prescrit la prière qui, si j'en crois ses propos, saura m'inspirer cette chronique... 

Non, de l'extérieur, rien n'y paraît. Impossible de deviner que cette dame qui pourrait facilement passer pour une agente de pastorale s'est, en réalité, déjà livrée à la prostitution.

*****

Julie Villemure s'excuse à l'avance pour ses trous de mémoire, une conséquence directe du stress post-traumatique refoulé pendant des années, au point où il y a cinq ans, elle a dû quitter son travail de préposée aux bénéficiaires dans un centre d'accueil pour personnes âgées. «Je n'avais plus de concentration ni de force physique. J'étais épuisée.» 

Mariée depuis 37 ans et mère de deux grands enfants, la résidente de Louiseville accepte de partager son histoire à visage découvert. Quarante ans se sont écoulés depuis qu'on l'a forcée à se prostituer. Il n'est jamais trop tard pour lever le voile et les tabous sur une réalité toujours bien présente en 2016.

«J'assume», assure cette femme qui, par ce témoignage, veut être un exemple pour celles qui ont été ou sont toujours victimes d'exploitation sexuelle. «Je souhaite que les filles sortent de leur enfermement, qu'elles arrêtent d'avoir honte et racontent, elles aussi, leurs histoires. Plus on parle et plus c'est libérateur.»

*****

Julie Villemure était une adolescente de 15 ans lorsqu'elle est tombée sous les griffes d'un homme qui avait deux fois son âge, un type qui a rapidement flairé la vulnérabilité de la jeune fille. 

Issue d'une famille nombreuse, la petite Julie a grandi dans la campagne de Yamachiche avant de venir s'installer avec les siens, en plein coeur de Louiseville. Celle qui aurait eu besoin de balises pour flairer le danger et éviter les tentations avait un père aux prises avec des problèmes de santé et une mère qui en avait plein les bras. 

C'est dans un parc de la ville que Julie avait l'impression de retrouver un tant soit peu la campagne qui lui manquait terriblement. C'est également ici que l'adolescente réservée de nature et laissée à elle-même s'est rapidement entourée de mauvaises fréquentations. 

Mme Villemure ne mâche pas ses mots pour dépeindre la fille «innocente, influençable et nounoune» qu'elle était au moment de se présenter chez un couple qui avait supposément besoin d'une gardienne d'enfant. Celle qui cherchait à se faire un peu d'argent s'est rapidement laissée prendre au piège d'un homme par qui l'enfer existe.

Le gardiennage était en fait un prétexte pour l'entraîner, à force de trucs de maquillage, de vêtements sexy et d'argent en échange de photos suggestives, dans le monde parallèle de la prostitution. 

«Ma famille ne savait rien. Si je parlais, il menaçait de tuer mes parents», dit-elle pour expliquer le contexte de l'époque.

Sous l'emprise de celui qu'elle refuse toujours d'identifier, Julie Villemure a subi des agressions sexuelles, de la violence physique et psychologique. Il s'amusait avec sa tête, son coeur et son corps avant de le vendre aux autres. 

Le jour, l'adolescente fréquentait la «polyvalente» de Louiseville. Le soir, elle prenait la direction de Trois-Rivières pour faire le trottoir dans le coin de la rue Saint-Paul. Ses clients l'amenaient à l'ancien hôtel Saint-Louis ou abusaient carrément d'elle sur la banquette de l'auto.

Ce cauchemar a duré un an, «mais il a scrappé le reste de ma vie», soutient la Louisevilloise qui entend un jour écrire un livre complet sur son histoire qu'elle s'est douloureusement réappropriée le jour où son proxénète a été arrêté et emprisonné. 

*****

Julie Villemure me demande de ne pas révéler l'adresse du local de l'organisme ÉVA où elle m'avait donné rendez-vous, à proximité du centre-ville de Trois-Rivières. «C'est pour protéger les p'tites filles», explique celle qui appelle également ses «p'tites soeurs» ces femmes et adolescentes vivant des difficultés reliées à la prostitution. 

ÉVA (Écoute-Vie-Accueil) est un service d'accompagnement, mais également de référence vers les ressources médicales, juridiques et communautaires de la région. Il offre du soutien pour les aider à briser l'isolement et à apprendre à vivre avec des cicatrices en elles. 

«Les années passent, mais ça laisse des traces», peut témoigner Mme Villemure en rappelant que l'organisme a besoin de bénévoles pour guider les prostituées dans leurs démarches visant à se sortir d'un univers souvent dicté par la peur. Elle aussi a longtemps tremblé à la seule pensée de croiser son agresseur. Plus maintenant. Julie Villemure lui a pardonné... 

Cet aveu surprend, mais en y regardant de plus près, il n'est pas étranger à sa ferveur religieuse manifestée tout au long de notre entretien qu'elle résume comme ceci: «Quand tu trouves la guérison intérieure, tu deviens amour, même pour tes ennemis.»

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