Alexia, la Panthère noire... et rose

Pour la première fois depuis la mise sur... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Pour la première fois depuis la mise sur pied de l'Académie de hockey Denis Francoeur au Collège Marie-de-l'Incarnation, une fille vient d'être admise parmi les garçons. Il s'agit d'Alexia Moreau, 12 ans, de Louiseville.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

C'est l'heure du lunch, un jeudi. Alexia Moreau, 12 ans, n'est pas en train de dîner avec ses copines à la cafétéria de son école secondaire. Elle est avec les gars, dans un aréna, et elle mange du hockey.

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Alexia Moreau

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

N'eût été la couette châtain clair qui dépassait de son casque, je n'aurais pas vu la différence. Parce que c'est ça qui, de prime abord, nous intéresse. Avouez. 

On a beau être en 2016, ces histoires de filles qui s'aventurent sur le terrain de jeu traditionnellement réservé aux garçons suscitent toujours de l'intérêt. C'est encore plus vrai lorsque les demoiselles n'ont pas peur d'aller dans les coins pour s'emparer de la rondelle et tricoter jusqu'au but. 

C'est le cas d'Alexia Moreau, de Louiseville, dont le coup de patin est reconnu pour être aussi rapide que puissant. Quant à son lancer frappé dans la baie vitrée derrière laquelle je m'étais installée pour l'observer, il est aussi retentissant que le sourire espiègle qu'elle a décoché en me voyant sursauter. La coquine l'a fait exprès.

Alexia aime briser la glace. En septembre dernier, elle a joint le programme de développement en hockey scolaire du Collège Marie-de-l'incarnation. Dirigé par Denis Francoeur, le profil s'adresse à l'élite masculine, mais devant une Alexia bourrée de talent, l'ex-entraîneur des Cataractes a accepté de faire exception en lui permettant de pratiquer avec ses Panthères.

Surpris par la rapidité avec laquelle progresse sa nouvelle protégée, Denis Francoeur est le premier à l'admettre: «Si tu ne dis pas que c'est une fille, tu ne vois aucune distinction avec les garçons. Elle est capable de suivre le rythme et d'offrir de l'opposition aux joueurs».

Ce commentaire sonne comme de la musique aux oreilles de ses parents, Isabelle Renière et Steve Moreau. Leur fille n'a pas eu de passe-droit. Elle mérite entièrement sa place au sein de l'académie de Denis Francoeur.

D'ailleurs, si c'était juste de lui, sa recrue aurait également le feu vert pour participer aux matchs. Malheureusement, ce n'est pas aussi simple que ça. 

Entre ses entraînements avec les gars du CMI, l'élève de 1ere secondaire exerce tout son talent avec les Rafales Bantam AA de la Mauricie et, toujours dans la Ligue hockey féminin de développement du Québec, parmi les Huskies Bantam AAA, une formation qui réunit les meilleures joueuses au Québec. 

Les Rafales et les Huskies sont régis par Hockey Québec alors que les Panthères évoluent dans la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS). Qu'est-ce que ça change pour Alexia Moreau? La joueuse de centre a dû faire un choix déchirant.

Hockey Québec ne lui permet pas de jouer avec les garçons. Oui pour les pratiques quatre fois semaine, mais non pour les parties, quand ça compte pour vrai. C'est moche, mais c'est de même. Pour le moment en tout cas.

Contrainte de rester dans les gradins lorsque ses coéquipiers affrontent une équipe adverse, la Panthère de coeur sait néanmoins se montrer bonne joueuse. 

Sa priorité demeure le hockey féminin et comme dirait sa maman qui ne veut surtout pas faire le procès de la fédération et de ses règles du jeu, Alexia bénéficie, tout compte fait, du meilleur des deux mondes. Elle s'entraîne avec les uns, joue avec les unes et brille partout.

***

Alexia Moreau a fait ses premiers pas dans le monde du hockey dès l'âge de 4 ans. Comme beaucoup de fillettes de son âge, la petite Louisevilloise avait essayé le patinage artistique, mais les robes de velours scintillantes ont rapidement pris le bord pour être remplacées par des épaulettes offrant une protection optimale.

«Elle a un tempérament assez fonceur», souligne son papa en mentionnant que celle-ci a déjà fait partie d'une équipe de football. «Ce qui ne fait pas d'elle une «tom boy», précise sa maman en souriant.

Steve Moreau se reconnaît dans le coup de patin de sa fille. «Mais elle est plus acharnée que moi», louange celui qui a notamment fait sa marque au hockey senior après avoir joué en France.

Alexia Moreau vit totalement sa passion du hockey, douze mois par année. La saison estivale devrait être une période pour ralentir. Pas pour la numéro 51 qui a participé à quatre camps d'entraînement et à trois tournois au cours des dernières vacances scolaires.

«Et lorsqu'elle a du temps de libre, c'est pour aller voir jouer les autres», indique Isabelle Renière avec fierté, d'autant plus que sa préado se montre aussi sérieuse sur la glace que dans une classe.

Le but d'Alexia est de concilier le plus longtemps possible les études et le hockey, quitte à prendre la direction d'une université américaine pour mieux revenir et se rapprocher de son rêve ultime.

«J'aimerais aller aux Jeux olympiques pour représenter le Canada», dit-elle alors que nous nous trouvons dans le vestiaire de l'aréna Fernand-Asselin en attendant que ses coéquipiers envahissent les lieux et qu'elle doive changer de pièce pour se doucher.

La présence d'une fille au sein d'une équipe de gars implique inévitablement quelques ajustements, et ce, de part et d'autre. Alexia Moreau se réjouit de l'accueil que l'entraîneur et les joueurs lui ont réservé. 

Le coach Francoeur, qui dirige une fille pour la première fois, s'est assuré que ses gars comprennent ici toute l'importance du mot respect, particulièrement dans le vestiaire où Alexia se pointe lorsque tout le monde est rendu à l'étape d'enfiler les équipements de protection, de recevoir les dernières instructions et se donner les tapes d'encouragement dans le dos.

«Ça va très bien !», assure l'entraîneur, visiblement satisfait de la routine qui s'est installée parmi ses Panthères, toutes couleurs confondues.

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