Le beau choc de Jean-Nicolas

Jean-Nicolas Latour a passé les six derniers mois... (François Gervais)

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Jean-Nicolas Latour a passé les six derniers mois dans un village du Sénégal dans le cadre d'un stage du Comité de solidarité Trois-Rivières.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jean-Nicolas Latour a tout du jeune homme bien élevé: les formules de politesse, le ton posé, l'éloquence naturelle et la chemise parfaitement repassée.

Diplômé en droit, il affiche le portrait fidèle de l'avocat avec un cellulaire dans une main, une pile de dossiers dans l'autre, qui travaille à un rythme vertigineux dans une prestigieuse tour de bureaux surplombant une métropole... Stéréotypes, quand tu nous tiens.

Il y a quelques semaines encore, le Trifluvien de 26 ans était assis sur un banc de bois, en train de siroter un thé à l'ombre d'un baobab et de discuter tranquillement avec les habitants de Khalambasse, dans la brousse sénégalaise.

Jean-Nicolas Latour était l'un des leurs. Sa famille d'accueil l'avait même rebaptisé Mbaye Mbodji. «Mbaye», pour l'inspiration musulmane, et «Mbodji», comme le nom de famille de son père du moment. 

C'était le chef du village, celui-là même qui a deux épouses et leurs enfants à faire vivre dans des petites habitations faites avec tout ce qui leur tombe sous la main: de l'argile, du bois, de la paille. 

Comment on dit ça, choc culturel, en langue sirère? 

***

Jean-Nicolas Latour revient tout juste d'un séjour de six mois au Sénégal. Le stagiaire du Comité de solidarité Trois-Rivières ne sait pas vraiment par où commencer lorsqu'on lui demande de raconter son expérience dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, mais une chose est certaine, il est habité à jamais par cette immersion hors du commun.

Appelé à y développer des projets avec les jeunes, le Trifluvien a tôt fait de réaliser l'importance de l'exode rural, un problème causé par la déperdition scolaire et la faible intégration de la jeunesse au tissu économique du village.

«Dans la région où j'étais, les gens pratiquent essentiellement l'agriculture du mil et des arachides. Il y a deux saisons, la saison des pluies et la saison sèche... qui dure environ neuf mois. Les jeunes travaillent trois mois par année, mais après, il n'y a plus rien pour eux», explique celui qui les a aidés à se regrouper au sein d'une ferme collective qui cultive des légumes dont l'approvisionnement est compliqué à Khalambasse, un village enclavé.

Le Trifluvien garde de précieux souvenirs de ses... - image 2.0

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Le Trifluvien garde de précieux souvenirs de ses nombreuses discussions avec des habitants du village de Khalambasse.

Cette expérience de solidarité internationale s'est présentée à lui au printemps dernier, au moment où Jean-Nicolas Latour a terminé l'École du barreau. Plutôt que de partir à la course aux stages professionnels comme la très grande majorité des futurs avocats autour de lui, il a eu envie d'ajouter un autre type de compétences à son curriculum vitae.  

Le Trifluvien a eu beau se préparer comme un premier de classe avant de plier bagage pour le Sénégal, ses capacités d'adaptation ont malgré tout été mises à l'épreuve, notamment au bout de deux mois, lorsque son village d'adoption s'est retrouvé en pleine période de ramadan. Disons qu'il s'est senti bien seul pendant que les gens autour de lui priaient cinq fois par jour et se privaient de manger du lever au coucher du soleil. Ce jeûne social lui a cependant donné le temps de poser un premier regard extérieur sur le stage qu'il était en train de vivre, un voyage qui forme la jeunesse, il va sans dire.

«Au début, tout est nouveau et extraordinaire. Tu vois les différences, mais tu ne les comprends pas nécessairement», souligne le jeune homme qui a notamment réalisé à quel point la famille est d'une importance capitale au Sénégal, au point où les individus se définissent en fonction de celle-ci.

Résultat? Jean-Nicolas Latour a vécu entouré des quarante membres de sa famille d'accueil, incluant les quatre épouses et les nombreux enfants du frère (décédé) de son «père» et chef du village. C'est du monde en effet, confirme celui qui, sans être à l'aise ou en accord avec la polygamie, a dû apprendre à accepter cette réalité sénégalaise qui est tout, sauf un tabou. 

Le jeune homme porte dans sa mémoire des images de l'Afrique qui sont en rupture avec le portrait qui nous est généralement présenté de cette région du globe. «On a souvent une vision très misérabiliste de l'Afrique. Où j'étais, les gens ont accès à l'électricité, à une bonne alimentation et à l'information. Ils avaient un confort matériel relativement bien», dit-il avant de mentionner qu'à l'autre bout du spectre, les Africains s'imaginent qu'au Canada, on vit tous richement dans des châteaux... 

Les prochaines semaines seront déterminantes pour Jean-Nicolas Latour. Rencontré chez ses parents, il se laisse encore porter par les percussions des tam-tams qui vibrent doucement dans ses oreilles. Son coeur est quelque part entre ici et là-bas où, plus que jamais, l'avocat en devenir a goûté à l'implication sociale. Il ne veut plus s'en passer.

«Je viens de rentrer, je suis encore en réflexion, mais je suis certain que mon expérience au Sénégal influencera mes actions et décisions futures.»

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