Le réveil de Daniel

Natif de Shawinigan, Daniel Mélançon a été témoin... (La Presse photo Patrick Sanfacon)

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Natif de Shawinigan, Daniel Mélançon a été témoin de Jéhovah pendant son enfance et son adolescence.

La Presse photo Patrick Sanfacon

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Enfant, Daniel Mélançon aimait se faire raconter une histoire avant d'aller au lit, mais contrairement aux garçons et aux fillettes de son âge, il ne s'endormait pas sur la jolie morale d'un conte merveilleux.

Lorsque le petit Daniel se faisait garder par ses grands-parents paternels - et Dieu sait qu'il les visitait souvent - ces derniers lui lisaient les récits d'un seul et même recueil. Daniel ne peut pas l'avoir oublié. Il était jaune avec une image du paradis sur la couverture. Les pages ne renfermaient pas les mésaventures de Tom Pouce ou d'Hansel et Gretel, mais des leçons bibliques.

«La littérature des témoins de Jéhovah est l'une des plus belles. En général... C'est tout ce qui vient avec ce qui ne fonctionne pas: la réglementation, l'hypocrisie, la manipulation...»

*****

Daniel Mélançon, 33 ans, a passé son enfance et son adolescence à Shawinigan. Le Nouvelliste a déjà parlé de lui. C'était en avril 2000. Il était un adolescent de 16 ans qui avait pris la décision de se faire baptiser à l'occasion du dimanche pascal, dans une église catholique.

Le jeune trentenaire ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'on revient sur cet épisode si près et si loin à la fois. Celui qui avait fait une croix sur Jéhovah pour se tourner vers le Père, le Fils et le Saint-Esprit a pris, depuis, ses distances de toutes les religions. 

Les désillusions l'ont emporté sur cet homme de bonne volonté. 

Daniel Mélançon peut bien le raconter aujourd'hui, mais avant d'être baptisé à l'église Notre-Dame-de-la-Présentation, l'ado qu'il était avait dû, à la demande insistante d'un prêtre, confesser son péché d'être homosexuel... 

Nous avions rendez-vous cette semaine dans un café de la rue Sainte-Catherine, en plein village gai, à Montréal. C'est ici que le serveur de restaurant vit depuis l'âge de 18 ans. Il y coule des jours heureux avec son chum devenu son mari. 

La vie n'a pas toujours été aussi paisible pour celui qui a accepté de revenir sur son passé de témoin de Jéhovah, une religion pour les uns, une secte pour les autres, surtout cette semaine, au lendemain du décès tragique d'une jeune maman dont l'accouchement a mal viré. Elle avait besoin d'une transfusion sanguine, mais la femme, témoin de Jéhovah, l'aurait refusée par respect pour ses convictions religieuses.  

Daniel Mélançon a, comme beaucoup de monde, suivi ce drame qui a fait grand bruit.  Cette histoire n'est pas sans le replonger dans un univers qu'il a commencé à fréquenter vers l'âge de sept ans, lorsque ses parents ont divorcé et que ses grands-parents ont été appelés en renfort pour s'occuper de lui. L'été surtout, durant les vacances scolaires.

Le père de Daniel Mélançon était un témoin de Jéhovah qui ne pratiquait pas, contrairement à ses grands-parents dont le quotidien était dicté par les dogmes jéhoviens.

Daniel Mélançon ne renie pas ces années où on a dit à l'enfant qu'il était comment réfléchir et agir. À la limite, le garçon ne «détestait pas» ces rencontres hebdomadaires où il devait rester sage pour écouter attentivement les histoires du livre jaune, le même qu'à la maison.

Le petit Daniel n'avait pas peur de l'apocalypse annoncée par les témoins de Jehovah. Il était l'un d'eux, donc sauvé. Le soir, après son histoire, l'enfant s'endormait sans souci. Le paradis lui était assuré.

«On allait tous y vivre en harmonie et j'allais pouvoir flatter des lions. Je faisais des beaux rêves.»

C'est plus tard, en vieillissant, que la réalité l'a rattrapé. Ce n'était pas tout d'être un survivant de la fin du monde. Être témoin de Jéhovah, c'était aussi des commandements et des contradictions.

Père et mère tu honoreras... «Jusqu'à ce qu'on t'exclue parce que tu es gai et qu'on t'empêche de les honorer», lâche-t-il sans ménagement.

«Tu ne peux pas t'épanouir, tu ne peux pas penser de ta propre personne», soutient celui qui se réjouit de n'avoir jamais fait de porte-à-porte, le samedi matin, pour distribuer la revue Réveillez-vous!

«Ma grand-mère était trop âgée», explique le jeune homme avec un certain soulagement.

Daniel se décrit comme un enfant qui était grandement affecté par le divorce de ses parents, un garçon révolté, violent, rebelle, en quête de repères. Qui croire? Pourquoi? Comment?

L'enfant était témoin de Jéhovah et se comportait comme tel lorsqu'il mettait le pied chez ses grands-parents, alors qu'avec son père ou chez sa mère, à Shawinigan, il était libre de prier qui il voulait. 

Plus heureux? Pas nécessairement. Grandir avec une double identité finit par laisser des traces, dont la solitude.

«Au secondaire, je n'étais pas le plus beau, le plus fin ni le plus populaire», raconte celui qui a néanmoins trouvé des amis, des réponses et une certaine sérénité en participant aux activités pastorales de l'école Val-Mauricie qu'il fréquentait à l'époque. 

Daniel Mélançon se dit fier du chemin parcouru. À 16 ans, il fallait du courage pour tourner le dos aux témoins de Jéhovah, afficher son homosexualité et croire en lui et en personne d'autre. Il a pris sa place, toute la place.

Ici, maintenant, Daniel n'a pas besoin d'un Dieu ni d'un Jéhovah pour trouver un sens à sa vie, pour raconter son histoire et son propre livre.

«J'ai un mari que j'adore, de bons amis et je voyage! 

Voyager est libérateur pour moi. Voir d'autres cultures me fait grandir.»

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