Le clown sans masque

Au moment de se faire prendre en photo... (Sylvain Mayer)

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Au moment de se faire prendre en photo dans sa classe, Luc Bourassa n'a pu s'empêcher de sortir quelques accessoires de son ancienne vie pas si lointaine. Clown un jour, clown toujours.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Après quatorze ans de pitreries, Bazou accroche son nez rouge. Il tire sa révérence pour laisser toute la scène à Luc Bourassa.

Ce clown dans l'âme, enseignant de vocation, veut propager sa propre définition du dépassement de soi. Ce n'est pas un tour de magie, ni un numéro de jonglerie. C'est la leçon que lui servent des élèves, des funambules qui chutent, se relèvent et enjambent les difficultés qui se dressent devant eux. 

Nous avons rendez-vous dans un café du centre-ville de Shawinigan. Luc Bourassa veut me parler des conférences qu'il souhaite présenter un peu partout dans les écoles de la région et ailleurs au Québec. 

Que ce soit clair pour tout le monde. «Je ne suis pas un alpiniste qui a grimpé l'Everest ni un athlète qui a réalisé son rêve olympique», dit-il en rappelant que c'est souvent à ce type d'orateurs que les écoles font appel pour parler de persévérance.

Ni trop grand, ni trop petit, Luc Bourassa estime qu'il a aussi ce qu'il faut pour toucher le gars ou la fille en quête de modèles. Il n'est pas un aventurier largué au dessus de nulle part, mais un prof en adaptation scolaire à l'école secondaire des Chutes qui passe ses journées à répéter «Lâche pas, t'es capable» à des élèves qu'il connaît pas coeur, des ados qu'il aime comme ils sont, avec leurs doutes et certitudes. 

La dernière fois qu'on s'est rencontrés, c'était en 2005, à Saint-Tite. À l'époque, Luc Bourassa enseignait à l'école secondaire Paul-Le Jeune et son Bazou devait avoir 2 ou 3 ans.

Car on ne peut pas parler de Luc Bourassa, le nouveau conférencier, sans d'abord prendre des nouvelles de celui qui lui a collé à la peau jusqu'à tout récemment.

Bazou vient de prendre sa retraite. Le bouffon sympathique a roulé sa bosse au Centre-de-la-Mauricie, plus précisément du côté de Saint-Tite où l'école secondaire a déjà été un incubateur d'amuseurs publics.

Luc Bourassa était l'un de ceux qui y ont développé les arts du cirque, une activité parascolaire qui a engendré la troupe Crocus, une entreprise avec un calendrier de fêtes d'enfants et de festivals, des employés (élèves) et un chiffre d'affaires en bonne et due forme. C'est comme ça que l'enseignant à temps plein est devenu Bazou et que le père de trois enfants a passé la majorité de ses fins de semaine à divertir petits et grands. Pendant quatorze ans quand même.

Le clown a retiré définitivement son nez rouge au lendemain du plus récent Festival western de Saint-Tite. «J'avais fait le tour du personnage», explique-t-il en devenant soudainement très ému.

«Je me sens comme le gars qui laisse une fille qu'il aime encore», ajoute-t-il en arborant un sourire gêné. «Bazou a amené tellement de positif dans ma vie», souligne l'homme pris de court par ses yeux remplis de larmes.

***

Félix Leclerc disait qu'il y a plus de courage que de talent dans la plupart des réussites.

Luc Bourassa enseigne à des élèves bourrés de volonté à qui la classe régulière ne réussit pas. Ils ont 16 ans et n'ont pas toujours atteint les objectifs d'une 6e année du primaire ou les unités du premier cycle du secondaire. Les règles de grammaire et les mathématiques, c'est souvent du chinois pour ces jeunes qui ont des besoins particuliers. Ils doivent apprendre autrement et à leur rythme. Leur formation est davantage axée sur l'emploi. 

Émilie est passée par la classe de Monsieur Luc. Nicolas et Michaël aussi. Malgré ses troubles d'apprentissage, Émilie est devenue coiffeuse à force de se faire confiance et de «prendre les petites chances que chaque personne peut te donner», dit-elle timidement. Michaël poursuit en ce moment ses études au niveau collégial, lui qui a longtemps été convaincu que son important retard académique était insurmontable. Nicolas? Il se présente comme «le p'tit maudit au primaire», l'adolescent qui s'est assagi et qui s'est épanoui malgré des échecs au secondaire. Sa passion pour le théâtre et l'improvisation lui ont permis de s'accrocher. Aujourd'hui, le jeune homme à l'humeur joviale est bien parti pour réaliser son rêve de faire carrière en animation.

Ces trois-là et plusieurs autres soulèvent l'admiration de Luc. «Ils sont vrais!», dit-il avec l'enthousiasme d'un Obélix qui serait tombé dans un baril débordant de paroles motivantes.

Des écoles secondaires ont commencé à l'inviter. Luc Bourassa est impatient d'aller à la rencontre des élèves qui seront surpris d'apprendre que le conférencier est un enseignant qui garde toujours quelques trucs dans sa manche.

«Je veux qu'ils sachent que c'est possible de réussir malgré les troubles d'apprentissage, les difficultés d'adaptation et les obstacles que la vie peut mettre sur notre chemin», explique celui dont les réflexions partagées à voix haute s'inspirent d'Émilie et les autres, mais également de son propre parcours parsemé de détours.

Luc Bourassa a longtemps rêvé d'être musicien et cinéaste. Lui, prof? «Jamais!», a été sa première réaction. Vingt ans plus tard, le clown sans masque ne se voit pas faire autre chose et il s'en réjouit. Ses élèves ont encore beaucoup à lui enseigner.

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