Seins aux petits soins

Mardi, Annie Hardy a procédé à l'inauguration d'une... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Mardi, Annie Hardy a procédé à l'inauguration d'une section de sa boutique entièrement consacrée à l'ajustement des prothèses mammaires externes et des soutiens-gorges adaptés.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Petits, volumineux, fermes, tombants, refaits... Les seins n'ont plus de secret pour Annie Hardy qui s'est donné pour mission d'en prendre soin et de rappeler aux femmes d'en faire autant.

Ces dernières années, la commerçante de Trois-Rivières vend beaucoup plus que de la lingerie. Elle s'investit corps et âme pour celles dont la lutte contre le cancer du sein a laissé des traces et pas juste là où on pense que ça paraît. En voici un exemple.

La scène se passe au printemps dernier, derrière le rideau d'une cabine d'essayage. Une femme dans la cinquantaine a besoin d'un nouveau soutien-gorge, une dépense qui pèse lourd sur les épaules de la dame qui ne roule pas sur l'or.

La propriétaire de la boutique Belles de nuit Belles de jour est appelée en renfort pour conseiller cette cliente qui a subi une mastectomie il y a quatre ans. 

Rapidement, Mme Hardy comprend la situation. La pauvre femme qui s'en remet à elle pour ajuster son nouveau soutien-gorge utilise toujours le coussinet qu'on lui avait remis après sa chirurgie, à sa sortie de l'hôpital.

Défraîchie par l'usure du temps, cette pièce rembourrée de coton devait être une solution de quelques semaines seulement en attendant la cicatrisation complète. Après, la patiente pouvait se procurer une prothèse mammaire externe en silicone, chose qu'elle n'avait vraisemblablement jamais osé faire. 

«Je n'en ai pas les moyens», a-t-elle expliqué, en pleurs, derrière le rideau de la cabine d'essayage.

Devant cette femme qui avait un sein en moins et une confiance en chute libre, Annie Hardy n'est pas restée sans rien dire, encore moins sans rien faire.

«Toutes les femmes ont le droit de se sentir belles et désirables», répète-t-elle comme un mantra.

*****

La semaine dernière, Annie Hardy a pris la direction de l'Assemblée nationale où le député Pierre-Michel Auger a déposé une pétition dont elle est l'instigatrice. 

La Trifluvienne réclame une révision du programme des prothèses mammaires externes au Québec. Elle rencontre trop souvent des femmes qui, faute d'argent, se privent d'un moyen pouvant les aider à retrouver le confort dans leurs soutiens-gorge et, par-dessus tout, leur estime d'elles-mêmes.

«Le programme de prothèse mammaire externe est couvert par le régime d'assurance maladie du Québec. Il a été mis en place en 1978 et a été révisé en 1996. Ça fait 20 ans...», rappelle Mme Hardy qui considère que ça fait très longtemps.

Tous les deux ans, une femme admissible a droit à un montant forfaitaire de 200 $ pour couvrir en partie ou en totalité les frais liés à l'achat ou au remplacement d'une prothèse mammaire externe. Pour Annie Hardy, cette somme s'avère insuffisante en 2016. 

«Une prothèse peut se vendre 400 $», indique la commerçante qui déplore également le fait qu'aucune aide financière ne soit accordée aux femmes qui ont subi une tumorectomie également connue sous le nom de chirurgie conservatrice.

«Elles aussi ont besoin d'une prothèse!», soutient celle qui n'a pas mis une pétition en ligne pour défendre ses propres intérêts. Oui, elle vend des prothèses externes en silicone, mais elle en donne aussi. 

Annie Hardy garde toujours sous son comptoir deux ou trois prothèses en très bon état que des clientes lui ont donné au moment d'en acheter une nouvelle. Ces prothèses sont chaque fois reçues comme un cadeau du ciel.

Ce fut le cas de la cliente du printemps dernier, une femme qui, sans le savoir, a convaincu la commerçante de lancer sa pétition et de parler en son nom.

*****

Sur une note plus légère, Annie Hardy considère qu'il faut lever des tabous pour éduquer. Elle n'est pas gênée de le dire. «Je porte du 36E, parfois du F. Ça dépend de la marque.»

Mesdames (et messieurs), prenez note que 80 % des femmes ne choisissent pas la bonne grandeur de soutien-gorge... C'est Mme Hardy qui le dit, études à l'appui.

Elle voit beaucoup de femmes qui sont inconfortables des journées entières parce qu'elles n'ont pas réalisé que le chiffre (pour le tour de poitrine), et la lettre (pour le bonnet), sont plus importants que la couleur et la dentelle lorsque vient le temps de choisir le bon modèle.

«Je donne des conférences pour faire prendre conscience aux femmes de l'importance d'un sous-vêtement bien ajusté!», dit celle qui projette rien de moins que de créer un jour une académie de formation de techniciennes certifiées en ajustement.

Annie Hardy a ouvert sa boutique en 2008 pour répondre à son propre besoin. «Il n'y avait pas ma grandeur nulle part», dit celle qui déplore que trop de jeunes femmes sous-estiment l'importance de trouver le soutien-gorge qui convient à leurs seins.

Leurs épaules et leur dos pourraient en payer le prix un jour, d'où l'importance de s'assurer maintenant que les bretelles tiennent bien en place.

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