Fabuleuse Béatrice

La Fabuleuse Béatrice et ses parents, Lynn O'Cain... (Sylvain Mayer)

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La Fabuleuse Béatrice et ses parents, Lynn O'Cain et Éric Girardeau.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Il y a des dates qui ne s'oublient pas. Inutile de les encercler sur le calendrier, elles sont gravées à jamais dans notre mémoire.

Ce 1er octobre ne peut pas être un jour comme les autres pour Lynn O'Cain et Éric Girardeau. Il y a un an très exactement, le couple de Shawinigan apprenait que leur fillette était atteinte d'une tumeur cérébrale. Le temps s'est arrêté. À partir de maintenant, plus rien ne serait comme avant.

Elle se prénomme Béatrice, mais accepte volontiers qu'on l'appelle «Béa». Pendant qu'on discute, ses parents et moi, dans la maison intergénérationnelle du secteur Lac-à-la-Tortue, la petite rouquine de 6 ans berce Lili, son toutou préféré, un mouton qu'elle croyait perdu pour toujours jusqu'à ce que son père le retrouve dans une boîte oubliée au sous-sol. Béatrice ne s'en sépare plus depuis. La peluche ne se doute pas à quel point elle adoucit la vie de celle qui l'emmaillote comme un bébé.

Béa venait de débuter la maternelle lorsqu'un ensemble de symptômes ont fini par sonner l'alarme.

«Elle pleurait beaucoup et était souvent fatiguée. Béatrice n'aimait pas l'école, alors qu'elle avait tellement eu hâte d'y aller. Je ne comprenais pas...», relate Lynn O'Cain qui croyait que son enfant avait du mal à apprivoiser le monde scolaire jusqu'à ce que les vomissements se mettent de la partie et qu'une légère paralysie frappe le côté gauche du visage de Béatrice.

Les examens médicaux se sont enchaînés dans la même journée. Le diagnostic tant redouté s'est confirmé le 1er octobre 2015. Béatrice avait une tumeur localisée au cervelet, un glioblastome grade IV qui n'annonçait rien de bon.

La petite a été opérée à l'hôpital Sainte-Justine. Quatre-vingts pour cent de la masse a pu être retirée. S'en sont suivies la radiothérapie et la chimiothérapie que Béa continue de recevoir par voie orale, à la maison. 

Le pronostic frappe comme une massue en plein visage. 

Lynn O'Cain reprend le terme du médecin qui a prononcé le mot «défavorable» pour parler des risques élevés de récidive. 

«Le neurologue nous a dit qu'il n'y a pas de rémission pour le type de cancer dont Béatrice est atteinte. C'est une tumeur peu fréquente chez l'enfant. Si elle guérit, ce sera un cas d'exception», explique Lynn O'Cain avec une impitoyable lucidité... et un espoir que personne ne peut lui reprocher d'entretenir. 

«En août, nous avons appris que la taille de la tumeur avait légèrement diminué. C'est donc possible...», dit-elle en souhaitant que l'histoire de Béatrice nous sensibilise au cancer pédiatrique et sur l'importance d'investir en recherche clinique. 

Sa mère a raison. Béa «n'a pas l'air malade» lorsqu'on la regarde s'amuser dans le salon ou quand elle nous raconte sa journée avec ses mots d'enfant. Sa candeur rend cet instant encore plus précieux. 

Papa et maman ont pris une pause du boulot. Éric Girardeau est facteur alors que Lynn O'Cain est conseillère en transfert de connaissances pour l'organisme Territoires innovants en économie sociale et solidaire. La maman est retournée au travail après l'opération de sa fille, mais au mois d'août, elle a dû s'arrêter. Pour elle cette fois. Les émotions refoulées depuis l'annonce du diagnostic ont refait surface. 

Lynn O'Cain a senti l'urgence de prendre le temps de vivre avec Béatrice l'exceptionnelle. «Je ne veux pas passer à côté. Je ne veux pas regretter», explique tout bas sa mère qui ne sait pas combien de temps il lui sera accordé pour en profiter. 

***

Béatrice, ses parents et sa grande soeur Juliette ont de nombreux amis, des vrais, le genre à remplir le congélateur de plats cuisinés ou à passer le chapeau pour leur permettre de se gâter un peu entre deux traitements.

Un Cabaret solidaire s'organise au profit de Béatrice et de sa famille. Cette fête à la vie aura lieu le jeudi 13 octobre, à la salle de spectacle Le Satyre, à Trois-Rivières. On y annonce la présence de plusieurs artistes dont Fabiola Toupin, Manu Trudel, Guy Marchamps, Francine Dufour, pour ne nommer que ceux-là. Les sommes amassées seront remises à la famille de Béatrice. Ils ont besoin de s'offrir du bon temps, de reprendre leur souffle qui s'est arrêté en même temps que le temps. 

«Je vais chanter moi aussi! Les amours, les travaux»... m'annonce timidement Béatrice tout en restant concentrée sur la partie de jeu de société qu'elle livre à son père, éternel bon joueur.

«Les amours, les travaux, même le chant d'un oiseau. Ton coeur, mes mots, font tourner le monde.»

Béatrice va interpréter ce classique de Gilles Vigneault avec France Guimond, sa marraine et instigatrice de cette soirée qui aura lieu quelques jours seulement après son 7e anniversaire.

Touchés par ces élans de compassion qui se manifestent depuis que le cancer est venu chambouler leur existence paisible, Lynn O'Cain et Éric Girardeau constatent que de belles surprises se révèlent, malgré tout, à travers la maladie de leur fille.

Ces gestes d'amour, d'amitié et de solidarité leur donnent la force de défier le temps avec celle qu'ils appellent affectusement leur «Fabuleuse» Béatrice. Fabuleuse avec un F majuscule.

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