Au pas de course

Lina Trudel court après le bien-être et semble... (Photo: Francois Gervais)

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Lina Trudel court après le bien-être et semble bien l'avoir rejoint!

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Certains courent après le temps, d'autres, après le bonheur. Qu'est-ce qui fait courir Lina Trudel? Les premières lueurs du jour.

Les gens heureux ont aussi une histoire. Il suffit de leur demander. Celle-ci se déroule à Shawinigan et débute chaque matin, à 4 h 30 et sans cadran. Dans ce bungalow du début des années 80 décoré au goût du jour habite une petite famille moderne dont la maman est une athlète du quotidien. 

Lorsque le banlieusard moyen du secteur Saint-Georges-de-Champlain se pousse du lit à 6 h pour peser sur le bouton de la cafetière et aller travailler, sa voisine de 34 ans a déjà eu le temps de compléter une série d'exercices au sous-sol de sa maison plongée dans l'obscurité, mais aussi d'aller jogger jusqu'à la plage du lac à la Tortue.

Lina Trudel ne se fatigue pas de faire cet aller-retour de plus ou moins 7 km alors que toute la ville dort encore. «Le lever du soleil est écoeurant!», dit-elle sur le ton du secret bien gardé. 

La jeune femme respecte cette routine depuis la naissance de son fils maintenant âgé de 10 ans. Bébé, Victor complétait ses nuits à 4 h 30, obligeant sa mère à en faire autant. Tant qu'à ne plus se rendormir, Lina Trudel a décidé de se remettre en forme et, rapidement, y a pris goût. 

L'arrivée de sa petite Rosée-Gabrielle, 2 ans, n'a rien changé dans son programme d'entraînement suivi avec une discipline de fer. La pluie, les rafales de vent ou les tempêtes de neige n'ont aucune emprise sur elle. «Ce sont les moments que j'aime le plus! Je suis toute seule à l'extérieur et je profite de la vie. C'est tellement l'fun!», jure celle qui se lève dès l'aurore six jours sur sept. 

Lina Trudel adhère à la théorie voulant que l'activité physique soit le meilleur antidote contre le stress, l'anxiété, voire la dépression.  Malgré un agenda familial et professionnel très chargé, la course à pied lui procure un sentiment de bien-être que savent reconnaître les crinqués en son genre.

«C'est devenu une drogue! La journée que je ne m'entraîne pas, je suis marabout!», avoue en riant celle qui, en 2014, s'est classée première de sa catégorie au 10 km des Défis du parc.

La sachant partisane de l'effort, on l'imagine obsédée par le résultat. Ce n'est pas le cas. Il y a un an, Lina Trudel a décidé de retirer la montre sport attachée à son poignet. La Shawiniganaise ne voulait plus être dépendante de cet accessoire qui gâchait son plaisir en valorisant l'endurance, la performance et la compétition. Elle n'avait pas plus envie de jouer dans cette zone-là.

Douze mois plus tard, Lina Trudel estime que de courir sans chrono était la meilleure décision à prendre pour atteindre son objectif. Le «bien-être», insiste-t-elle, se savoure au moment présent.

****

La Shawiniganaise ne craint pas les longues distances et les détours. Au besoin, elle n'hésite pas à avancer à contresens.

Dans sa jeune vingtaine, Lina Trudel a été camionneuse, un métier qui s'est présenté à un âge où les décisions se prennent souvent sur un coup de tête. Pendant deux ans, l'ancienne championne de basket de l'école secondaire du Rocher a parcouru les États-Unis au volant de son poids lourd pour y livrer, entre autres choses, des voitures de luxe. 

Lina Trudel a englouti ainsi les kilomètres avant de travailler à l'usine Laurentides du secteur Grand-Mère. Son père y était heureux comme machiniste. Pourquoi pas elle? La fille de Gilles y est demeurée une dizaine d'années, jusqu'à la fermeture de la papetière, en 2014. «J'étais responsable de la machine numéro 11. J'étais là quand on a fabriqué le dernier rouleau de papier», dit-elle avec une pointe de nostalgie.  

Lina Trudel était la rare femme parmi les nombreux hommes, celle qui n'est pas restée inactive très longtemps. La maman est retournée sur les bancs d'école pour embrasser une carrière qu'elle avait toujours voulu exercer sans vraiment oser en parler. 

Lina Trudel a amorcé un diplôme d'études professionnelles en secrétariat, un programme du Carrefour Formation Mauricie qui lui a permis de vivre en mai dernier un stage d'un mois au Yukon.  L'étudiante trentenaire a travaillé dans une école primaire et a été hébergée dans une famille anglophone avant de revenir à la maison, enivrée par cette expérience hors du commun sur un territoire aussi unique que méconnu. 

«J'aurais toujours dû être une secrétaire. J'adore ce que je fais!» Ça paraît. Les offres d'emploi sont rapidement venues à elle. Son choix s'est arrêté sur la Ville de Shawinigan où cette athlète du quotidien n'a pas tardé à s'y rendre en courant. 

C'était la semaine dernière, dans le cadre du Défi sans auto solo 2016. La résidente du secteur Saint-Georges-de-Champlain aurait pu renouer avec l'autobus ou tenter le covoiturage. Lina Trudel n'a même pas hésité. Elle a opté pour ses espadrilles, le pas de course et le bien-être tant recherché.

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