14 500 volts de courage

Secoué il y a quelques semaines par une... (Isabelle Légaré)

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Secoué il y a quelques semaines par une violente décharge électrique, Joey Houle, 17 ans, n'a pas tardé à reprendre ses activités sportives.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Sorel-Tracy) Joey Houle vient tout juste d'avoir 17 ans, un âge où on se sent habituellement invincible. Pas lui. Le jeune homme a déjà compris que la vie ne tient qu'à un fil, un fil de 14 500 volts.

On peut dire qu'il l'a échappé belle. Ou qu'il n'était pas dû...  Peu importe. Joey est debout sur ses deux jambes alors qu'il y a tout juste cinq semaines, il a été secoué par une violente décharge électrique, un choc qui aurait pu le tuer. On imagine le titre: «Mort en taillant une haie de cèdres»... 

L'adolescent ne s'en est pas tiré indemne pour autant. Brûlé au 3e et au 2e degré sur 18 % de son corps, il préfère néanmoins mettre l'accent sur sa chance dans sa malchance. «Mes organes internes n'ont pas été touchés», dit-il avec une assurance qui fait honneur au joueur de football en lui, un secondeur qui a l'habitude de foncer tête première sur l'adversaire pour le plaquer au sol.

***

Joey Houle habite la ville de Sorel-Tracy, mais il n'est pas un inconnu à Trois-Rivières, notamment dans le milieu du sport scolaire. Depuis l'an dernier, il porte les couleurs de l'équipe juvénile de l'école secondaire Fernand-Lefebvre. Au printemps dernier, le #3 des Polypus a croisé le fer avec le Vert & Or du Séminaire Saint-Joseph. Cet automne, il remet ça contre les Gothics de l'école secondaire des Pionniers.

Joey Houle a été électrisé alors qu'il était... - image 2.0

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Joey Houle a été électrisé alors qu'il était en train de tailler une haie de cèdre. Il a subi des brûlures au 3e et au 2e degré sur 18 % de son corps.

Le garçon habite juste en face du traversier qui relie Sorel-Tracy à Saint-Ignace-de-Loyola. Du balcon de sa maison, la vue ne peut pas être plus directe sur les véhicules qui empruntent plusieurs fois par jour la navette fluviale. 

Joey Houle n'a pas toujours habité ici. Il a grandi à Saint-Amable, une municipalité sur la Rive-Sud de Montréal où, depuis l'âge de 14 ans, il a passé ses vacances estivales à l'emploi d'une entreprise spécialisée dans la taille de haies de cèdre et d'arbustes. Au début, son boulot consistait à ramasser uniquement les retailles, mais rapidement, on lui a montré comment faire et comme Joey apprend vite, il a grimpé les échelons. «Cet été, je faisais juste les tops de haies. J'étais toujours dans l'échelle», dit-il avec une fierté évidente.   

L'accident est survenu le 16 août dernier, à Saint-Hubert. Joey Houle devait s'attaquer à une haie d'environ 20 pieds (plus ou moins 6 mètres).

Il était seul au sommet de l'escabeau, équipé de son outil muni d'une longue lame. Le jeune homme affirme que ses pieds étaient ancrés sur du solide, qu'il n'avait besoin de personne pour l'aider à se tenir ainsi en équilibre, un taille-haie à bout de bras. «On travaille avec des échelles à pommiers. Ça ne bouge pas. Et je suis habitué», soutient-il avant d'ajouter que son patron, absent au moment du drame, lui avait déjà répété de faire attention aux fils électriques qui frôlent les haies atteignant une hauteur vertigineuse et dangereuse. 

Joey Houle n'a pas vu ou, du moins, ne se souvient pas d'avoir vu le câble qui a failli l'envoyer au paradis. Le garçon n'a aucune idée de ce qui s'est passé. Il en déduit que le taille-haie a accroché le fil de moyenne tension, sans gaine isolante.

Son compagnon de travail, qui se trouvait un peu plus loin sur le terrain, lui a raconté avoir entendu un «boum» inquiétant avant de le retrouver, le corps dénudé et fumant au pied de l'échelle où Joey avait été projeté.

Lorsqu'il a repris conscience, le jeune homme était dans une ambulance en direction de l'hôpital Charles-LeMoyne, à Longueuil. Il y est demeuré 30 minutes. Son cas nécessitait un transfert d'urgence à l'unité des grands brûlés de l'Hôtel-Dieu, à Montréal.

Les photos publiées ici parlent d'elles-mêmes. Joey Houle avait des marques de brûlure qui font mal juste à les regarder. Oui, tout son corps était douloureux et n'a pas fini de le faire souffrir, mais ne comptez pas sur lui pour se plaindre. À 17 ans, le joueur de football ne veut pas rester trop longtemps sur la touche.

Joey Houle est soulagé. Ses blessures au visage... - image 3.0

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Joey Houle est soulagé. Ses blessures au visage n'ont mis que quelques semaines à guérir.

«On m'a dit que je devais être hospitalisé un mois et passer un autre mois en réadaptation, à la Villa Médica. Mais au bout de six jours, j'étais de retour à la maison. Je pouvais marcher sans canne», dit-il avec satisfaction et soulagement. 

Son beau visage a désenflé et dérougi à une vitesse étonnante. Son secret? «J'ai mangé beaucoup de McDo et du Subway. C'est gras!», sourit-il avant de supposer que la jeunesse de son épiderme joue en sa faveur.

Chaque jour, au cours des deux prochaines années, Joey Houle devra enduire sa figure, ses bras, son torse et le reste d'une crème hydratante, protectrice et réparatrice. L'adolescent est heureux de constater que son corps est déjà en voie de guérison, mais l'été 2016 va laisser des cicatrices. «Mes cuisses sont maganées...», souligne-t-il avant de montrer la greffe de peau qu'il vient de subir sur sa jambe gauche, une intervention qui ne l'a pas empêché de reprendre, plus tôt cette semaine, l'entraînement avec son équipe de football. Entre deux pratiques, il fait changer ses pansements.

Joey Houle n'y peut rien. Même sa mère et les médecins ne réussissent pas à l'arrêter. C'est sa manière de garder le moral et d'interpréter le message qu'il dit avoir reçu comme un électrochoc: «La vie peut s'arrêter n'importe quand.»

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