La renaissance d'un chien nommé Mario

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Cette photo de Mario a été prise en août dernier, alors qu'il s'apprêtait à prendre la direction de sa nouvelle famille, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Mario va beaucoup mieux, au-delà de ce qu'on pouvait espérer. Qui est Mario? Un fidèle compagnon qui revient de très loin pour nous montrer le pire et le meilleur de l'espèce humaine

Les photos du chien criblé de plombs ont fait le tour du Québec. En mai dernier, le husky croisé labrador a été retrouvé ensanglanté à Saint-Thuribe, dans le comté de Portneuf. 

L'animal a aussitôt été récupéré par Kathleen Marcotte, du refuge canin L'Arche de Kathleen, à Saint-Gilbert, près de Saint-Marc-des-Carrières. Chaque semaine, elle accueille des chiens victimes d'actes irresponsables, cruels, lâches et condamnables. Mario est sans doute le pire cas qu'il lui a été permis de voir en quatorze ans.

S'il pouvait parler, le chien nous raconterait ce qui a fini par se savoir. Son ancien propriétaire, un gars dans la vingtaine, a fait appel à un voisin pour le tuer. Les deux hommes ont traîné le chien loin de la civilisation et des regards avant de l'attacher à un arbre, de le tirer en pleine gueule, de l'enterrer avec sa chaîne et de partir sans jamais se retourner.

C'était peut-être mieux ainsi au fond. La pauvre bête n'était pas morte, mais inconsciente. Avec un instinct de survie inqualifiable, le cabot a réussi à se déterrer, à rompre sa chaîne et à prendre la fuite dans le sens contraire des deux individus. Brave chien.

Quelques jours plus tard et une dizaine de kilomètres plus loin, une dame et son chat l'ont aperçu sur leur galerie. Il était dans un état lamentable: blessé, épuisé, amaigri, assoiffé, avec, toujours, sa maudite chaîne accrochée au cou.

Lorsque la Sûreté du Québec a été appelée, c'est vers Kathleen Marcotte que les agents se sont tournés. C'est auprès d'elle que le chien est devenu Mario, qu'il a pansé ses plaies et a renoué avec le meilleur de l'espèce humaine.

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Mario s'est déjà appelé Bijou et il appartenait à Audrey Fleury et à Ariane Delisle, deux soeurs qui habitent maintenant à Shawinigan.

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Mario a déjà répondu au nom de «Bijou».

«C'était le chien de ma soeur. Elle l'avait reçu pour son anniversaire. Bijou venait d'avoir deux mois. On l'a gardé pendant quatre ans», raconte Audrey Fleury, 21 ans, en parlant en son nom et en celui de sa cadette, Ariane Delisle, 16 ans. 

Les deux soeurs ont grandi à Notre-Dame-de-Montauban avec leur mère et Bijou, un chien qui aboyait trop souvent au goût du voisinage. «On a reçu de nombreuses plaintes», avoue l'aînée en ajoutant qu'un policier a fini par se pointer à la maison. «Si on ne se débarrassait pas du chien, il fallait payer l'amende...»

Mère et filles en sont arrivées à la conclusion que Bijou devait être confié à une autre famille qui saurait lui offrir un environnement favorisant son plein épanouissement.

Elles en ont parlé autour d'elles, notamment sur Facebook. C'est ainsi qu'un «ami» d'un ami d'un ami s'est présenté à la maison pour adopter Bijou. Le jeune homme dans la vingtaine habitait dans le coin de Portneuf. Les filles n'avaient pas à s'inquiéter. Il allait prendre soin de leur chien qui devenait le sien.

Le gars a-t-il continué de l'appeler Bijou? Difficile à dire puisque la deuxième vie du pitou a été de courte durée. Son nouveau propriétaire l'a abattu avec la complicité d'une personne de son entourage. Selon la rumeur, le type s'est «tanné» que Bijou passe son temps à fuguer. Parions qu'il avait flairé le danger...

Les deux soeurs ont compris ce qui était arrivé à Bijou en voyant dans les médias les images bouleversantes du chien martyrisé et rebaptisé «Mario». Rapidement, la nouvelle voulant que son maître était l'un des bourreaux s'est confirmée. 

Audrey et Ariane ont quant à elles été envahies par les sentiments de colère et de culpabilité. Elles pensaient Bijou heureux et en sécurité alors qu'il avait été mis à mort.

Les filles n'étaient pas au bout de leur peine. Durant cette même période, leur mère a été terrassée par un AVC, suivi d'un diagnostic de cancer, une leucémie foudroyante. La femme est décédée en juillet dernier.

Inséparables, les deux soeurs habitent maintenant le secteur Saint-Georges-de-Champlain, à Shawinigan. Audrey cumule deux emplois tout en étudiant en vente-conseil. Ariane poursuit ses études en 4e secondaire.

«On y va un jour à la fois», assure l'aînée qui dit s'inspirer du courage de celui qu'elle continue d'appeler Bijou pour traverser l'épreuve du deuil.

Audrey et Ariane lui ont rendu visite alors que le chien se trouvait au refuge de Kathleen Marcotte. Malgré les larmes, ce moment de retrouvailles a été réconfortant pour les filles.

«Nous avions le coeur brisé de le voir blessé, mais il était le même qu'avant, enjoué et content de nous voir», souligne Audrey qui souhaite pour son chien la meilleure des vies.

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Tout le monde s'entend pour dire que Mario est un chien miraculé, plus fort que nature.

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Kathleen Marcotte a reçu près de 300 demandes d'adoption pour Mario. Les messages ont été épluchés un à un. La femme a mis un peu plus de deux mois à se décider. La propriétaire du refuge ne voulait pas se tromper. Le husky-labrador s'en remettait à elle pour lui trouver une famille qui l'aimerait comme lui seul sait aimer, inconditionnellement.

Le choix de Kathleen Marcotte s'est arrêté sur Lynn Robitaille et Wayne Batsford, un couple de Saint-Jean-sur-Richelieu qui a accueilli leur nouveau compagnon au début du mois d'août.

«Nous sommes tellement heureux!», lance Mme Robitaille au bout du fil. Sa voix ne trompe pas. Mario collectionne les caresses, mais surtout, il donne autant qu'il reçoit. Un amour.

«Il est calme, doux, affectueux...», énumère la résidente du secteur Iberville avec un bonheur évident. Tenace, Lynn Robitaille avait écrit plusieurs fois à Kathleen Marcotte avant d'obtenir une réponse positive.

Pendant treize ans, la dame et son mari ont été aux petits soins pour leur chien Ozzy, un colley shetland amputé d'une patte qui est décédé au moment où les médias rapportaient l'histoire de Mario. Le couple a tout de suite su qu'il pouvait offrir à ce rescapé de la mort la qualité de vie qu'il méritait.

«C'est le paradis pour lui ici!», décrit Lynn Robitaille qui multiplie les promenades et les sorties au parc à chiens avec celui qu'elle continue d'appeler Mario. D'ailleurs, chaque fois qu'elle prononce son nom, la réaction des gens autour est instantanée. 

Ils reconnaissent avec joie et soulagement Mario, le chien maltraité devenu Mario, le bien-aimé.

Il arrive que Kathleen Marcotte adopte un chien,... (Isabelle Légaré) - image 4.0

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Il arrive que Kathleen Marcotte adopte un chien, comme ce cher Bill, un carlin qui a été retrouvé à l'hiver, complètement gelé. Le froid a eu raison de quelques coussinets sous ses pattes et d'un oeil. Will nous regarde comme un pirate et ronfle quand il dort. Adorable.

Isabelle Légaré

Kathleen, la voix des chiens

Kathleen Marcotte a pleuré sa propre vie lorsque le vétérinaire lui a montré les radiographies. Mario avait été tiré. Impossible de compter le nombre de plombs en lui. Il y en avait trop.

«La balle est entrée au niveau de la mâchoire et est sortie par le cou. Elle a dévié pour passer à quelques millimètres de l'aorte», décrit-elle avant d'ajouter que la rétine de l'oeil gauche a cependant été touchée. 

De retour chez elle, Mme Marcotte a publié sur la page Facebook de son refuge une photo du chien et les informations qu'elle détenait. Peu à peu, des langues se sont déliées et la femme a pu, avec l'aide des policiers, démêler le casse-tête et porter plainte.

Kathleen Marcotte espère que justice sera rendue, que le cas de Mario ne tombera pas entre deux chaises. Le chien pourrait devenir le symbole du changement.

En décembre 2015, Québec a adopté une nouvelle loi. Les animaux ne sont plus considérés comme des biens meubles, mais comme des êtres dotés de sensibilité. Les propriétaires doivent s'assurer que leurs animaux reçoivent des soins «correspondant à leurs besoins biologiques». Les amendes sont plus élevées et un récidiviste peut se retrouver derrière les barreaux.

Des accusations de cruauté animale ont été déposées contre les deux individus impliqués dans l'histoire de Mario. La cause n'a pas encore été entendue.

Comme en fait foi cette photo, le corps... - image 5.0

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Comme en fait foi cette photo, le corps de Mario a été criblé de plombs.

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Certains jours, Kathleen Marcotte est découragée. «J'ai honte...», laisse tomber la femme alors que nous nous trouvons dans sa maison annexée au refuge. Sept chiens s'y trouvent en ce moment. Ils ont été retrouvés, errants et affamés.

«Je vois beaucoup de gens qui n'ont pas d'argent pour eux, mais qui veulent quand même un animal de compagnie», déplore-t-elle avant d'ajouter que ces personnes réalisent malheureusement sur le tard qu'un chien, ça mange et ça a besoin de soins.

La grande majorité des chiens qui aboutissent chez elle ont été abandonnés dans le fin fond d'un rang ou carrément devant sa porte pour éviter de devoir payer les frais d'abandon (60$). Ces personnes n'en ont rien à cirer que Kathleen Marcotte pige ensuite dans les maigres finances de son organisme à but non lucratif pour amener l'animal chez le vétérinaire où il sera vacciné et stérilisé. Ils s'en balancent qu'elle lui donne à manger et l'héberge à ses frais jusqu'à ce que le chien soit confié à l'adoption. Pathétique.

Mme Marcotte est fatiguée. Ça fait quatorze ans que son refuge canin assure des services animaliers dans le comté de Portneuf. Certaines municipalités ne veulent pas l'aider, ne veulent pas payer en fait. Il faudrait que le refuge réponde à tous les appels de citoyens pour chiens errants, agressifs, en détresse, blessés sur la route, etc., et ce, sans rien assumer en retour.

«Le refuge ne peut plus acquitter les frais dont la responsabilité incombe aux villes», soutient Kathleen Marcotte qui a récemment décidé d'intervenir uniquement dans les municipalités qui acceptent de rembourser la facture des assurances que doit inévitablement rembourser le refuge. «Une intervention qui tournerait mal pourrait, sans assurances, engendrer de graves répercussions», rappelle Mme Marcotte dont l'arche n'est pas celle de Noé. 

Elle a pris cette décision à contrecoeur, mais c'est ça où tout arrêter. La femme n'ose pas y penser.

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