Coeur d'or et boutons dépareillés

Catherine Carignan a mis sur pied La fabrique... (Sylvain Mayer)

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Catherine Carignan a mis sur pied La fabrique à boutons avec ses trois enfants: Laurent, Flavie et Éloïse.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Bécancour) «Je sais ce qu'on va faire!» Laurent avait 6 ans lorsqu'il a trouvé l'idée entre deux bouchées de pain au Nutella. C'était le 9 janvier dernier, à l'heure du petit déjeuner, autour de la table de cuisine d'un sympathique triplex du secteur Saint-Grégoire, à Bécancour.

«Tu sais qu'on va faire... quoi?», ont demandé à la fois surprises et curieuses sa maman, Catherine Carignan, et ses soeurs aînées, Flavie, 13 ans, et Éloïse, 9 ans.

Depuis des jours, le quatuor cherchait une façon de s'impliquer auprès d'Opération Enfant Soleil, une cause très chère à la famille. Elle tournait en rond jusqu'à ce que la tartinade choco-noisette fasse effet et que Laurent ait une illumination. 

Tous ensemble, ils allaient fabriquer des porte-clés à partir de boutons recyclés, les vendre et donner les sous à l'organisme qui aide les enfants malades. 

«Super facile!», a déclaré Laurent à l'intention de ses soeurs qui, il est vrai, connaissaient déjà la technique. Quelques semaines plus tôt, elles avaient offert ces articles fait maison en guise de cadeaux de Noël aux enseignantes.

D'ailleurs, une fois le concept approuvé et les premiers porte-clés terminés, l'ado de service a fait du pouce sur l'idée du petit frère, se réjouit Mme Carignan. Flavie s'est installée à son ordinateur. Une page Facebook et un site Internet plus tard, «La fabrique à boutons» était née.

***

Du haut de ses maintenant 7 ans, Laurent connaît bien Opération Enfant Soleil. Sa grande soeur Éloïse a bénéficié des services médicaux spécialisés du Centre mère-enfant du CHU de Québec.

La fillette a un coeur d'or, mais il lui manque le ventricule droit, une malformation congénitale. Entre l'âge de 6 jours et 4 ans, la bambine a subi quatre chirurgies à coeur ouvert. On l'imagine vulnérable, mais à 9 ans, Éloïse se révèle une championne qui court, saute et danse comme toutes les copines de son âge. «J'ai une médaille dans mon coeur!, dit-elle avec le sourire.

Sa maman approuve avec une fierté non dissimulée. Tous les six mois, sa cocotte se prête à un suivi serré (vérification de son pacemaker, échocardiographie, etc.). «Jusqu'à maintenant, tout va bien», assure Catherine Carignan en insistant sur la qualité des soins prodigués à sa fille dont le stimulateur cardiaque bat comme une Formule 1.

Mère monoparentale, Mme Carignan est travailleuse sociale au service d'intervention communautaire du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Entre son boulot, l'école des enfants, leurs activités et tous les imprévus qui composent la vie quotidienne, elle serait justifiée de reprendre son souffle sans que personne ne lui en tienne rigueur. Oubliez ça.

Catherine Carignan est de cette race de monde qui trouve toujours le temps et l'énergie pour aider autrui. Ses enfants ont hérité de cet élan naturel de compassion. Le proverbe voulant que la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre semble avoir été inventé pour eux.

«Je suis très reconnaissante envers la vie», explique-t-elle simplement. Il y a aussi son amoureux, Marco Tessier, qui est chef d'orchestre lors du téléthon d'Opération Enfant Soleil. Catherine Carignan et son trio ont pu voir de très près l'énorme travail abattu en coulisse pour les enfants malades.

***

La table de cuisine est remplie de boîtes de boutons colorés et dépareillés qui ont été récupérés ici et là auprès de parents, amis et connaissances.

Patiemment, frère et soeurs les enfilent au gré de leur inspiration. Chaque porte-clés est unique. Les ventes vont bon train, en ligne ou en kiosques. Grand-papa et grand-maman ont été appelés en renfort pour aider la petite famille qui a remis un chèque de 3000 $ lors du téléthon, en juin dernier. Après seulement quatre mois de production.

Mme Carignan a reçu des appels de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, de Vaudreuil... Des gens se proposent de vendre les porte-clés dans leur coin de pays. Le bouche-à-oreille fait son oeuvre aussi. Des femmes impliquées au niveau du Cercle des fermières et de l'Âge d'or ont contacté la résidente de Bécancour pour lui offrir leurs tonnes de boutons. «C'est fou!», s'exclame la maman.

Après une pause estivale bien méritée, la rentrée scolaire marque ces jours-ci le redémarrage de La fabrique à boutons qui entend présenter son projet dans les écoles de la région pour inviter les élèves à joindre bénévolement son équipe.

Opération Enfant Soleil est aux anges. L'implication de la famille Carignan est inespérée. «Nous voulons produire un minimum de 500 porte-clés pour le téléthon de l'an prochain», annonce Catherine Carignan.

Émerveillée par la tournure des événements, elle avoue en riant se retrouver devant «une bête» difficile à contrôler tellement on s'arrache les porte-clés qui se vendent à prix d'ami. C'est vrai qu'ils sont très jolis, aussi beaux en fait que les sentiments de générosité et de solidarité qui animent ses enfants.

C'est ce que souhaitait secrètement Catherine Carignan: leur transmettre le désir d'aller au bout de leur idée et de s'engager dans la communauté. Mission accomplie.

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