Endormie à jamais

Isabelle, 14 ans, est décédée dans son sommeil... (Sylvain Mayer)

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Isabelle, 14 ans, est décédée dans son sommeil le 15 juin dernier. Ses parents, Alain Thibault et Johanne St-Pierre, racontent à quel point leur fille laisse un vide immense autour d'elle.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Saint-Maurice) Ses pantoufles sont déposées juste à côté du lit sur lequel trônent des oursons en peluche ébouriffés et usés par les câlins. La douillette multicolore s'harmonise avec les murs turquoises de la chambre d'ado. Isabelle Thibault, 14 ans, adorait se retrouver dans cet univers propice aux confidences, aux fous rires et à la rêverie.

Le 14 juin dernier, comme tous les soirs, l'adolescente aux cheveux dorés a souhaité une bonne nuit à ses parents avant de se glisser sous les draps, le chat ronronnant à ses pieds. Il y était toujours lorsqu'au petit matin, Johanne St-Pierre s'est approchée de sa fille qu'elle croyait tombée dans un sommeil profond alors que tout doucement et sans avertissement, la Belle au bois dormant s'était endormie à jamais.

Isabelle Thibault est décédée dans la nuit du 15 juin, à cinq jours de son quinzième anniversaire, laissant dans le deuil une famille foudroyée par sa mort subite. Personne n'aurait pu deviner qu'après ce «bonne nuit» lancé en descendant l'escalier menant à sa chambre, elle fermerait les paupières pour toujours.

****

C'est la rentrée scolaire cette semaine. Alain Thibault a du mal à retenir ses larmes à l'idée de voir passer l'autobus sur sa rue, sans sa petite dernière à son bord. L'élève à l'école secondaire Le Tremplin, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, aurait dû retrouver le chemin des classes où ses amis et enseignants ont également été bouleversés par le décès brutal d'une adolescente brillante et appréciée de tous.

La veille, Isabelle était parmi eux, débordante d'énergie.

«Le 14 juin était une journée comme les autres...», se souviennent ses parents rencontrés dans leur résidence de Saint-Maurice.

Deux mois et demi se sont écoulés depuis. Quelques plantes funéraires offertes en souvenir de la jeune fille sont sur le comptoir de la cuisine, une pièce animée où Isabelle aimait se retrouver avec les siens. Le 14 juin, elle y a d'ailleurs cuisiné le souper avec sa mère.

Isabelle était en pleine période d'examens de fin d'année. Une fois le repas terminé, elle s'est replongée dans ses livres entre, on peut l'imaginer, d'innombrables textos à ses copines, une irruption dans le salon pour jeter un oeil sur l'émission de télé, faire une caresse à son gros bouvier bernois, attraper au vol une collation... Isabelle n'était pas différente de tous les ados qui vont et viennent plus ou moins discrètement dans la maison jusqu'à ce qu'ils nous disent bonne nuit et qu'on leur réponde comme hier et sans se soucier de demain.

Il était 7 h 10 lorsqu'au matin du 15 juin, Johanne St-Pierre a cru bon se pointer dans la chambre de sa fille. Isabelle avait peut-être passé tout droit, elle qui avait l'habitude de sauter du lit à 6 h 50.

Mme St-Pierre a ouvert la porte de la chambre. Isabelle était toujours sous les couvertures, son chat attendant patiemment les premiers mouvements de sa maîtresse qui n'a pas réagi quand sa mère lui a dit que c'était l'heure du réveil.

«Je me suis approchée. Elle était couchée sur le côté, le tour des yeux légèrement violacés. Je me suis approchée encore, j'avais l'impression qu'elle ne respirait pas. Je lui ai touché les mains. Elles étaient déjà froides...»

Infirmière, Johanne St-Pierre a aussitôt entrepris les manoeuvres de réanimation cardio-respiratoire pendant que son fils Francis, alerté par les cris de sa mère, composait le 911. En attendant l'arrivée des secours, la femme a fait l'impossible pour redonner le souffle à Isabelle dont le corps ignorait chacun de ses efforts surhumains.

«Sa bouche n'ouvrait plus. Je n'étais plus capable de lui donner de l'air...», décrit la maman qui a alors tenté le bouche-à-nez avant de confier sa fille aux ambulanciers qui, à leur tour, ont dû se rendre à l'évidence. Isabelle était décédée depuis trop longtemps pour espérer un miracle. Cette chambre invitant à la rêverie venait de plonger une famille en plein cauchemar.

Alain Thibault était au travail, à Bécancour, lorsqu'un neveu est venu à sa rencontre. «Isabelle a arrêté de respirer. On va aller la voir à l'hôpital», lui a-t-il dit pour le préserver le plus longtemps possible du drame qui allait le secouer. Le père de cinq enfants croyait que sa plus jeune avait eu un malaise. C'est son épouse qui lui a annoncé comment Isabelle s'était éteinte dans le silence de la nuit.

Les premières analyses indiquent que l'adolescente n'avait aucun problème de santé. Son décès serait lié à un cas rare de mort subite. D'autres résultats suivront, mais ses parents se font tranquillement à l'idée que la disparition de leur fille demeurera un mystère.

Leur tristesse est infinie. Leur seule consolation est de se répéter qu'Isabelle n'a pas souffert lorsqu'elle a cessé de respirer sans avertissement.

«Il y a beaucoup d'amour autour de nous», soulignent Johanne St-Pierre et Alain Thibault. Le coeur anéanti, ils ne s'empêchent pas de sourire et de pleurer en parlant de leur fille, confiants de trouver le courage de survivre à cette épreuve.

«Elle est mon ange gardien pour le restant de ma vie», murmure sa mère qui aurait tant voulu être aux côtés d'Isabelle le 15 juin. Son père aussi. «Nous n'étions pas là pour lui dire qu'on l'aime...», s'attristent-ils, conscients que personne ne pouvait savoir que cette nuit serait éternelle.

Isabelle Thibault aurait eu 15 ans le 20 juin dernier, cinq jours après son décès et trois jours avant ses funérailles. Pour l'occasion, Mme St-Pierre lui a offert un cadeau qui s'enracine, grandit, se fortifie et qui prend le temps comme il vient.

«J'ai planté un arbuste devant la fenêtre de sa chambre. Je n'ai pas retenu son nom, mais il fleurit en juin. Des belles fleurs blanches...»

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