En attendant Céline

Angèle Newbury, 85 ans, tenant précieusement son billet... (François Gervais)

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Angèle Newbury, 85 ans, tenant précieusement son billet pour le spectacle de Céline Dion.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Angèle Newbury ouvre un tiroir. Les yeux rieurs comme une fillette en train de glisser sa main dans un coffre aux trésors, elle en sort un billet, triomphante. Chaque jour, la dame de 85 ans vérifie que son ticket est à sa place, le tournant de tous bords, tous côtés, pour s'assurer que le petit rectangle de carton est bien réel.

Le 30 août, Céline Dion sera en ville. Madame Newbury aussi. Les deux femmes ont rendez-vous à l'Amphithéâtre Cogeco. La chanteuse est attendue sur la scène et sa fidèle admiratrice, assise au bout de son siège, le D24, section 302.

Son visage ne vous est peut-être pas étranger. Angèle Newbury apparaissait dans l'édition du Nouvelliste du 16 avril dernier, emmitouflée des pieds à la tête. La femme d'un âge vénérable s'apprêtait à passer la nuit dehors... sans se douter qu'elle allait soulever un avis de recherche!

Angèle Newbury en rit encore. Le vendredi 15 avril, elle a fait ni une ni deux en apprenant par hasard la mise en vente, le lendemain, à 11 h, des billets pour le spectacle de son idole. Habituée des transports en commun, la Trifluvienne a pris l'autobus en direction du centre-ville. Dès 18 h, elle était sur la rue des Forges, devant les portes closes du guichet de la salle J.-Antonio-Thompson, prête à patienter jusqu'à l'ouverture pour obtenir son fameux laisser-passer.

À 21 h 30, à l'heure où elle se met généralement au lit, l'octogénaire a commencé à avoir froid. Visiblement, elle n'était pas suffisamment habillée pour rester sur le trottoir. C'est connu, en avril, ne te découvre pas d'un fil, surtout à proximité des vents du fleuve.

En avril dernier, Angèle Newbury était parmi les... (François Gervais) - image 2.0

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En avril dernier, Angèle Newbury était parmi les fans de Céline Dion qui ont passé la nuit devant la billetterie afin d'obtenir les meilleures places pour son spectacle à l'Amphithéâtre Cogeco. Également sur la photo: Nancy Garceau et Janie Boisvert Durand. 

François Gervais

Qu'à cela ne tienne, Mme Newbury a repris l'autobus en direction de son trois et demi, a ajouté une petite laine sur ses épaules et autour de son cou puis est remontée à bord du dernier bus de la soirée. À quasi minuit, la valeureuse dame reprenait sa place dans la courte file d'attente, réchauffée par une poignée de fidèles de Céline avec qui elle avait eu le temps de se lier d'amitié. 

«J'ai été gâtée, dorlotée et aimée! Je ne pouvais pas passer une plus belle nuit. Surtout à mon âge!», s'exclame celle qui, dans l'excitation du moment, a complètement oublié qu'à 6 h du matin, la sonnerie du téléphone allait retentir dans son logement déserté. 

Angèle Newbury est inscrite au programme de prévention et de sécurité à domicile PAIR. Veuve et vivant seule, la Trifluvienne bénéficie du système d'appels automatisés. Elle n'a qu'à répondre et composer un code pour confirmer sa présence et, du coup, qu'elle va bien. 

C'est Mme Newbury qui demande à être contactée aussi tôt. L'octogénaire a un agenda bien rempli: une activité par-ci, une commission par-là. Son médecin est déjà avisé. «Le temps n'existe pas pour moi. Je vais vivre jusqu'à 115 ans!»

Jeune de coeur et d'esprit, elle partage volontiers son secret: «Je suis curieuse et fonceuse. La peur, je ne connais pas ça. C'est un mur qui t'empêche d'avancer.»

Autonome et indépendante, Mme Newbury n'est pas le genre à demander une permission. Elle n'a donc jamais avisé ses proches de son intention de passer une nuit blanche pour Céline. 

«Je voulais faire une surprise à mes enfants», raconte-t-elle, fière de son coup. Sauf que la maman et grand-maman a omis d'aviser les responsables du programme Pair, en l'occurrence la Sécurité publique de Trois-Rivières, qu'elle serait absente au moment de l'appel enregistré, samedi matin, à 6 h pile-poil. 

Fort heureusement, plus de peur que de mal. La publication ce matin-là de son sourire resplendissant en page 3 du Nouvelliste a accéléré les recherches. Deux policières ont vite fait de la retracer au centre-ville, dans la file d'attente.

«Êtes-vous Madame Newbury?», ont demandé les agentes à la charmante dame sincèrement désolée pour l'oubli, mais dans une forme splendide malgré le manque de sommeil. 

Angèle Newbury est une admiratrice de la première heure de Céline Dion. Contrairement à d'autres fans qui possèdent tous ses albums, elle se contente des quatre cassettes audio qu'elle écoute depuis plus de vingt ans, sans jamais se lasser. 

«Je veux acheter son nouvel album. Un CD cette fois», annonce celle qui a commencé à compter les jours - et les nuits - jusqu'à mardi. Elle n'aura pas besoin de prendre l'autobus cette fois. Sa soeur Yvette s'est proposée de la conduire à l'amphithéâtre où Mme Newbury aimerait bien revoir les deux ou trois copines avec qui elle a passé la nuit du 16 avril dernier. 

En ce moment, la femme de 85 ans a l'impression d'être dans un film, sur un nuage, dans un rêve, bref, elle est aux anges, la musique de sourdine de Céline dans son appartement.

«Je suis tellement heureuse de vivre ça!», dit-elle en vouant un grand respect pour la diva «et sa beauté du coeur.»

Angèle Newbury s'attend de verser quelques larmes mardi soir. Elle est déjà émue à la seule idée de ce rendez-vous tant attendu. 

«Ce seront des larmes de joie», précise-t-elle en remettant précieusement son billet dans son tiroir.

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