À quatre mains sur le volant

Suisses d'origine établis à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Marianne et Bruno... (Stéphane Lessard)

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Suisses d'origine établis à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Marianne et Bruno Bechtiger forment un couple dans la vie comme au volant de leur semi-remorque.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Sainte-Anne-de-la-Pérade) Jeudi après-midi, Marianne Bechtiger n'était pas inquiète de voir Bruno prendre la route de l'Oklahoma, un État à quelque 2700 kilomètres de leur maison, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. L'homme y est attendu pour lundi matin avec son semi-remorque plate-forme de 53 pieds chargé à bloc. En ce moment, le camionneur roule droit devant avec une assurance qui l'honore.

Depuis cinq ans, elle partage la route avec lui et pas uniquement coté passager. Mariés depuis 34 ans, Marianne et Bruno Bechtiger forment un tandem au volant d'un poids lourd qu'ils trimballent un peu partout au Canada et aux États-Unis. 

Monsieur et Madame ont leur permis classe 1. Pour l'obtenir, ils ont décidé de quitter leur Zurich d'origine, en Suisse, pour venir s'établir au Québec et retourner sur les bancs d'école. 

Le transport par camion exige des règles de conduite que Bruno Bechtiger, 59 ans, et Marianne, 60 ans, se font un devoir de respecter pour notre propre sécurité et la leur. Ce métier qu'ils chérissent a sa part de risques. La mort tragique du chauffeur d'un camion-citerne, mardi après-midi, sur l'autoroute 40, à Montréal, le rappelle durement. Peu importe la cause de l'accident, une prise de conscience sur la cohabitation routière s'impose pour tout le monde. 

«On ne traite pas le bison de la même façon qu'une vache... Un camion, ce n'est pas domestiqué. C'est gros, c'est fort et c'est dangereux. Les camionneurs en sont conscients, ce sont des professionnels, mais ce n'est pas toujours le cas des automobilistes. Un camion, ça peut ressembler à une vache, mais c'est un bison.»

La comparaison de Marianne Bechtiger surprend, mais elle a le mérite d'être claire. Avec son accent allemand, la femme avoue qu'il faut avoir les nerfs solides pour traverser les grands axes routiers comme l'autoroute Métropolitaine. La circulation y est dense, pressée, pour ne pas dire impatiente. Les camionneurs ont beau garder une certaine distance avec le véhicule qui les précède, ils ne sont pas à l'abri des automobilistes qui leur passent sous le nez et les obligent à ralentir brusquement. Or, un train routier, ça ne s'arrête pas sur un dix cents.

*****

Bruno et Marianne se sont connus dans leur Suisse natale où le jeune homme était à l'emploi d'une entreprise de transport au sein de laquelle la jeune femme exerçait le métier de répartitrice. En fait, cette dernière faisait du travail de bureau pour la compagnie de son père, un homme avant-gardiste qui avait encouragé sa fille à apprivoiser les camions, question de le dépanner de temps à autre. 

Les amoureux se sont mariés et ont eu deux filles. Marianne a laissé le boulot pour s'occuper de la marmaille tandis que Bruno s'est recyclé en informaticien pour ne pas avoir à s'éloigner aussi souvent et longtemps de sa famille. Ils vécurent ainsi, heureux, jusqu'à ce que M. Bechtiger perde son emploi et ait du mal à réintégrer un milieu où la jeunesse est davantage recherchée.

La période de chômage s'est étirée. «Ça n'a pas été facile pour le couple», admet Mme Bechtiger en souriant à son époux qui, contrairement à elle, parle peu français. 

C'est durant des vacances en solitaire, au Québec, que Marianne a réalisé que celui-ci pouvait renouer avec le métier de camionneur, mais cette fois, sur les routes du Canada et des États-Unis. Bruno Bechtiger est débarqué ici il y a dix ans, suivi de son épouse cinq ans plus tard, le temps que les enfants devenus grands quittent le nid familial pour voler de leurs propres ailes.

«J'avais eu le temps aussi de réfléchir sur notre mariage», raconte Marianne Bechtiger qui ne souhaitait pas rester seule en Suisse. En regardant son homme qui l'approuve du regard, elle ajoute qu'après plusieurs années de vie commune, un couple peut toujours décider de se choisir à nouveau.

«Parfois, c'est vraiment bien de faire son propre chemin pendant un moment et de revenir ensemble», a réalisé Marianne Bechtiger qui, une fois établie à Sainte-Anne-de-la-Pérade, n'a pas tardé à vouloir suivre les traces de son camionneur de mari. 

«Il y avait des routes droites, sur des centaines de kilomètres. Je pouvais les faire aussi!»

Comme Bruno, Marianne a suivi avec succès la formation de l'École du routier, à Trois-Rivières. Le couple s'est procuré un camion et a offert ses services au Groupe GTI, une entreprise de Dorval spécialisée dans le transport de marchandises. Depuis, ils roulent en équipe, s'arrêtant uniquement pour dormir des courtes nuits avant de reprendre le volant, en alternance.

Les Bechtiger transportent un peu de tout, notamment des pièces de machinerie. «J'adore aller livrer des moteurs d'avion dans les aérogares!», s'exclame Marianne Bechtiger qui a décidé de ne pas faire la route de l'Oklahoma afin de passer du temps avec une de ses filles immigrée dans la région et maman de deux bambins.   

La chauffeuse de 60 ans aime croire que c'est le destin qui lui propose des chemins qu'elle se sent toujours libre d'emprunter. Sur ce, elle invite d'autres femmes à en faire autant, surtout en tandem. À l'entendre, conduire un poids lourd comporte son lot de beaux et grands défis. Comme la vie de couple.

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