L'étoffe d'un Jacques Bergeron

Jacques Bergeron est propriétaire depuis 50 ans de... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Jacques Bergeron est propriétaire depuis 50 ans de la mercerie qui porte son nom dans le secteur Grand-Mère de Shawinigan.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

«Ce ne sera pas long Mademoiselle. Je suis occupé.»

Accroupi, Jacques Bergeron est concentré à prendre la mesure exacte d'un ourlet de pantalon. Satisfait, il se relève en regardant des pieds à la tête un homme âgé qui est demeuré immobile, le dos bien droit.

«Tiens Maurice, ça devrait être beau comme ça. Tu peux aller te changer dans la cabine au fond.»

Le commerçant du secteur Grand-Mère se permet de tutoyer et d'appeler son client par son prénom. Les deux hommes se connaissent depuis les tout débuts de la Mercerie Jacques Bergeron, une boutique qui n'a plus besoin de présentation avec son enseigne indémodable: le dessin d'un homme habillé d'un chic complet.

Situé sur la 6e Avenue (il faut maintenant parler de l'avenue de Grand-Mère), le magasin souligne cette année un demi-siècle d'existence. «Mais ça fait bien plus longtemps que ça que je vends de la guenille!», avise le monsieur surpris de susciter l'intérêt.

«Mon père n'a jamais été avide de reconnaissance», avait prévenu son fils Éric qui a eu la bonne idée de nous informer qu'à 78 ans, Jacques Bergeron est fidèle au poste comme au premier jour. Ses clients aussi. Plusieurs ont le même âge que lui et se font toujours un devoir d'acheter ici. Ils sont devenus des amis.

Le Shawiniganais m'invite à prendre place sur une des chaises installées entre les chemises et les jeans. On fait dans le décontracté.

Natif de Saint-Paulin, Jacques Bergeron a grandi au beau milieu du magasin général de ses parents. Durant les vacances d'été, le garçon en profitait pour accompagner son père qui vendait des vêtements de porte en porte. Le métier est rentré tout seul pour celui qui, âgé dans la vingtaine, est venu s'installer en ville. La Mercerie Bergeron a ouvert ses portes en 1966.

«Dans ce temps-là ma chère p'tite madame, ça virait pas mal à Grand-Mère. Il y avait beaucoup d'usines. Le monde travaillait. Les jeudis et vendredis soirs, c'était noir de monde sur la 6e Avenue. Il devait y avoir une dizaine de magasins pour hommes», rappelle-t-il sans, pour autant, se laisser aller à la nostalgie.

Quand, à l'hiver 1979, l'incendie d'un restaurant voisin s'est propagé à son commerce, Jacques Bergeron n'a pas mis longtemps à revenir s'installer sur l'artère principale de Grand-Mère.

«On me traitait de fou! Tout le monde me disait de déménager au centre d'achats», raconte celui qui n'a jamais regretté sa décision de demeurer au centre-ville même si les affaires ne sont plus ce qu'elles étaient.

La mercerie a réussi à se bâtir une clientèle loyale qui revient de père en fils et en petit-fils. Jacques Bergeron est un témoin privilégié des étapes de la vie, incluant les retouches pour des funérailles.

Le commerçant aime raconter qu'il a vendu des complets à des finissants du secondaire qu'il a de nouveau conseillés en prévision de leur mariage. «Et après leur divorce, ils reviennent me voir pour s'acheter des bermudas!», lance-t-il en riant de sa blague... qui n'en est peut-être pas une au fond.

«On donne un bon service», affirme Jacques Bergeron en se tournant vers sa gérante des 35 dernières années, Pierrette Michaud, avec qui il compte pratiquement autant d'années de mariage qu'avec Louise, son épouse depuis cinquante ans.

Jacques Bergeron aime le monde qui le lui rend bien. À 78 ans, la retraite peut attendre encore un peu. Le gentilhomme a adopté la formule «une année à la fois». Sa santé décidera du reste.

Pour le moment, M. Bergeron dit mener une bonne vie entre ses hivers en Floride, ses étés sur les terrains de golf et ses nombreuses présences dans sa mercerie où d'un seul coup d'oeil, il trouve le style idéal et la grandeur parfaite pour n'importe quel client qui franchit les portes en disant que ça lui prend un nouveau veston.

«Des histoires, il pourrait vous en compter pendant beaucoup plus longtemps que vous pourriez en entendre!», avait laissé savoir Éric Bergeron avec un humour typiquement paternel.

Le fils avait également visé juste en saluant le courage et la persévérance de son père qui, malgré les hauts et les bas du marché de détail dans ce secteur de Shawinigan, est toujours aussi fier de servir ceux qui se pointent dans sa mercerie.

Compte-t-il célébrer le cinquantième anniversaire, en septembre prochain? La question semble le surprendre. Le temps passe si vite que Jacques Bergeron n'a pas vraiment eu le temps d'y réfléchir. Sa gérante non plus.

«Je pourrais apporter une bouteille de vin, lui servir un verre et boire le reste!», propose-t-il en s'esclaffant. Pierrette Michaud rit à son tour de bon coeur. Elle n'en est pas à la première espièglerie de son patron qui, heureux, est déjà retourné à ses clients.

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