La princesse Jeanne pourra aller au bal

Élève à l'école secondaire Avenues-Nouvelles, Jeanne Corriveau, 19... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Élève à l'école secondaire Avenues-Nouvelles, Jeanne Corriveau, 19 ans, pourra célébrer la fin de ses études avec d'autres compagnes de classe également issues d'un milieu défavorisé. Des robes de bal de toutes les couleurs et de toutes les longueurs leur sont offertes en prévision du grand jour.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Aux innombrables versions de Cendrillon s'ajoute aujourd'hui le récit de Jeanne Corriveau, une jeune femme de 19 ans qui, faute d'avoir une élégante robe longue ou les pièces d'or pour s'en procurer une, s'était résignée à ne pas assister au bal des finissants.

La princesse Jeanne Corriveau et la fée marraine... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.0

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La princesse Jeanne Corriveau et la fée marraine Isabelle Stoycheff.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Cette princesse des temps modernes ne vivait pas dans un immense château, mais dans un petit logement du centre-ville de Trois-Rivières avec son prince charmant, un vaillant jeune homme dont la plus grande richesse était son récent retour sur les bancs d'école.

Prestataire de la sécurité du revenu, notre héroïne ne croyait plus aux contes de fées jusqu'à ce que la directrice adjointe de son école sorte sa baguette et que la magie opère dans les réseaux sociaux.

Voici l'histoire derrière l'histoire.

*****

La petite Jeanne avait 9 ans lorsque sa maman a reçu un diagnostic du cancer du sein et qu'au fil du temps et de la maladie, c'est l'existence de toute une famille qui a été bouleversée.

«Ma mère est décédée quand j'étais en première secondaire», raconte celle dont l'adolescence a été marquée par des absences répétées en classe, des problèmes de consommation et des difficultés académiques.

Heureusement, il y avait les ateliers de théâtre pour attiser sa motivation scolaire. Les rôles personnifiés avaient le don de transformer la princesse qui ne se sentait pas toujours bien dans sa peau.

L'adolescente n'était pas couverte de cendres comme Cendrillon. Elle n'était pas non plus la victime d'une cruelle belle-mère et de soeurs jalouses. En deux mots, depuis le décès de la maman, le contexte familial ne favorisait pas l'épanouissement d'une jeune fille aux yeux pétillants et aux cheveux ondulés.

Ainsi, tout en travaillant dans une rôtisserie, la princesse a pris la direction de l'école secondaire Avenues-Nouvelles. Cet établissement de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy accueille des jeunes de 16 à 18 ans qui ont besoin de temps, de patience et d'écoute pour les aider à enjamber les obstacles qui se dressent devant eux.

Jeanne y est entrée pour y découvrir un royaume. C'est ici qu'elle a pu terminer ses études secondaires amorcées sept ans plus tôt. Les derniers mois ont été à l'image de son sourire étincelant.

«J'ai reçu des certificats pour l'artiste de l'année et ma détermination en classe. J'ai également représenté mon école lors du forum des élèves de la commission scolaire!», énumère la future diplômée en jetant un coup d'oeil complice à la directrice adjointe de l'école Avenues-Nouvelles, Isabelle Stoycheff. La fée marraine, c'est elle.

D'un coup de baguette magique

Il y a quelques semaines, Isabelle Stoycheff s'est adressée aux cinquante finissants de l'école. «Qui vient au bal de fin d'année?»

Les réponses n'ont pas tardé du côté de la vingtaine de filles concernées. «Pas moi. Je n'ai pas de robe»... «Moi non plus. Je n'ai pas d'argent»... 

Au total, sept filles ont décliné l'invitation à regret, dont Jeanne Corriveau. 

Tous les parents qui sont passés par cette étape avec leur progéniture savent que cette soirée, aussi symbolique soit-elle, fait mal au portefeuille. L'événement alimente la surenchère. Le bonheur - ou la paillette - n'a pas de prix. 

Quand la princesse Jeanne a annoncé qu'elle préférait passer son tour et rester tranquille dans son «appart» avec son chum, la réaction d'Isabelle Stoycheff a été instantanée. 

«Non Jeanne. Ton équation n'est pas bonne. Pendant sept ans, tu as travaillé fort pour atteindre ton objectif. Tu ne peux pas ne pas venir au bal parce que tu n'as pas de robe.»

Elle est comme ça Mme Stoycheff. À chaque problème existe une solution. Jeanne allait être présente au bal au même titre que toutes les autres princesses qui souhaitaient et méritaient d'y assister.

En 2016, cette fée marraine n'a pas eu besoin de sortir sa baguette. Elle a publié un message Facebook. Parmi ses amies, il y en avait sûrement une ou deux qui avaient une robe à donner, vous savez, le genre de truc qu'on porte à un mariage ou à un cocktail avant de l'oublier dans le placard. C'était maintenant l'occasion de lui donner une deuxième vie.

Des copines se sont rapidement manifestées, mais plus encore, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy a partagé l'appel à tous de sa directrice. Comme dans tout bon conte pour enfants, l'histoire se termine bien.

Depuis le début de la semaine, des robes, souliers, sacs à main et autres accessoires affluent pour les finissantes de l'école Avenues-Nouvelles. Des coiffeuses et esthéticiennes ont même offert leur talent pour mettre du fixatif et de la brillance autour de l'événement.

Ce vendredi, les filles auront droit à une période d'essayage avant d'arrêter leur choix sur une robe. Attendez-vous à des «Oh!» et à des «Wow»!

D'ailleurs, au rythme où vont les dons, il y a déjà plus de robes que de finissantes dans les classes d'Avenues-Nouvelles. Isabelle Stoycheff a prévu le coup. 

Tous ces beaux vêtements qui ne seront pas portés par ses élèves seront offerts aux autres écoles de la commission scolaire. Des finissantes qui se privent de célébrer leurs efforts et réussites, il y en a malheureusement partout. 

Les princes ne seront pas en reste. Une fois de plus, Mme Stoycheff a trouvé le moyen de louer un habit à un jeune homme qui n'avait pas le budget pour se pointer au bal avec un complet digne de ce nom. Dossier réglé.

Quant à Jeanne Corriveau, le rêve se poursuit de plus belle. Touchée par son destin, une dame qui préfère garder l'anonymat lui a proposé une séance de magasinage en prévision de ce bal tant attendu, le 20 juin, sur la terrasse du musée Boréalis, aux abords du fleuve Saint-Laurent.

Vendredi soir, la jeune femme se pointera dans une boutique, bras dessus, bras dessous avec sa fée Isabelle et cette autre marraine au coeur d'or.

«J'ai toujours rêvé d'aller au bal. J'ai tellement hâte!», répète la princesse qui a aujourd'hui la preuve que les contes merveilleux existent pour celles qui ne perdent jamais courage et espoir.

Fin.

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