La lumière intérieure de Caroline

Caroline Héroux et sa petite Mila-Rose, 2 ans... (François Gervais)

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Caroline Héroux et sa petite Mila-Rose, 2 ans et demi.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Caroline Héroux va de la cuisine au salon en passant par la salle de bain et la chambre de Mila-Rose avant de revenir s'asseoir dans la cuisine, tout ça, en une fraction de seconde. La Trifluvienne est comme toutes les mamans qui arrivent à faire un million de choses en même temps. On jurerait qu'elle a des yeux tout le tour de la tête alors qu'au-delà d'un mètre, Caroline ne voit pas grand-chose.

«Ma vision est embrouillée. C'est comme si j'étais en état d'ébriété avancé 24 heures sur 24», explique celle qui préfère cette situation à la noirceur la plus complète dans laquelle elle a été plongée il y a dix ans. 

Caroline Héroux avait 23 ans, adorait son travail de représentante commerciale, cultivait un vaste réseau social, avait sa propre voiture, de l'ambition et des projets à réaliser. Libre et fière, elle savait prendre sa place.

Mais le 10 juillet 2006, la jeune femme promise à un bel avenir a vu son monde disparaître d'un seul clignement. Caroline était encore au lit lorsqu'en ouvrant les yeux, il faisait tellement noir que son premier réflexe a été de se demander si ses yeux étaient réellement ouverts.  

«J'ai paniqué. J'ai crié maman. Par chance, elle était là...», raconte Mme Héroux qui se souvient d'avoir éprouvé une grande frayeur. Elle ne voyait et ne comprenait plus rien.  

Quelques mois plus tôt, Caroline avait consulté un optométriste pour un examen de la vue. Au travail, il lui arrivait d'avoir du mal à déchiffrer les lettres en petits caractères. Caroline était persuadée qu'une paire de lunettes allait corriger le tout... «et me donner un beau p'tit look!», dit-elle en souriant de sa candeur de l'époque.  

Or, l'optométriste a demandé à la jeune femme de rencontrer un ophtalmologiste de Trois-Rivières qui l'a quant à lui dirigée vers un spécialiste de Québec. Le diabète était responsable de ses problèmes visuels. Cette situation exigeait une surveillance particulière, mais personne ne l'avait vraiment mise en garde contre les complications possibles dont celle menant à l'absence complète de vision. 

«Pendant dix mois, j'étais complètement aveugle», dit-elle. Aveugle... et recroquevillée dans son lit, à broyer du noir. Littéralement. 

Ses amies vivaient du beau et du grand. «Moi, je dégringolais», raconte celle qui a été envahie par la tristesse, la colère et, comme si ce n'était pas suffisant, par la honte de se sentir ainsi diminuée.

«Je ne compte plus le nombre de fois où je suis rentrée dans un cadre de porte», soupire Caroline qui, durant cette période sombre où elle sortait que très rarement de la maison, a subi plusieurs opérations aux yeux. Au final, la Trifluvienne a récupéré 50 % de sa vision, une vue extrêmement limitée qui lui a tout de même permis de poser un regard neuf sur sa vie.

Au détour du circuit 8

Caroline Héroux n'a jamais repris le volant de sa voiture, se résignant plutôt à emprunter le transport en commun pour apprivoiser son quotidien. Sans canne blanche, la jeune femme prenait place immanquablement dans le premier banc de l'autobus, parlant de tout et de rien, mais sauf du handicap visuel qu'elle préférait dissimuler sous son sourire. 

C'est sur le circuit 8 que la jolie passagère a fini par se laisser séduire par le profil effacé et la voix d'un gentil conducteur qui lui a tout simplement tendu le bras le jour où Caroline s'est enfin décidée à lui parler de sa basse vision. 

Les deux amoureux sont aujourd'hui les parents de Mila-Rose, 2 ans et demi. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, Caroline est enceinte de 4 mois. 

Caroline Héroux a accepté de partager son histoire dans le cadre du mois de la santé visuelle. Celle qui se croyait sans avenir au lendemain du 10 juillet 2006 souhaite aujourd'hui faire mentir le préjugé voulant qu'une personne aveugle ou ayant une vision partielle peine à se débrouiller dans la vie. 

Certes, Caroline a connu son lot de difficultés. Elle a parfois été ébranlée par les doutes, notamment quand le désir de devenir maman s'est manifesté. Heureusement pour la magnifique Mila-Rose, Caroline Héroux n'a jamais hésité à poser des questions, à demander de l'aide et à croire que la vie se chargera toujours de lui présenter des solutions.

Coordonnatrice de l'Association éducative et récréative des aveugles, Caroline a retrouvé la fierté perdue et souhaite la transmettre à ceux et celles qui, comme elle, pourraient perdre soudainement la vue.

«Il y a une vie après...», assure Mme Héroux en invitant les proches d'une personne non-voyante à ne pas la surprotéger, mais à tenir compte de sa réalité qui exige de prendre un peu plus de temps avec et pour elle.  

«Il faut travailler en équipe, rencontrer d'autres personnes qui vivent une situation semblable à la nôtre, des gens qui avancent et qui réussissent malgré tout», souligne Caroline Héroux tout en aidant sa fillette à grimper sur ses genoux. Espiègle, Mila-Rose décoiffe sa maman qui s'amuse autant que sa bambine qui a hérité de son regard curieux et rieur.

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