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Le cardiologue Alain Raymond et sa patiente Sonia... (Sylvain Mayer)

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Le cardiologue Alain Raymond et sa patiente Sonia Leblanc.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À 41 ans, presque 42, Sonia Leblanc a toujours mené sa barque comme elle peut, en zigzagant entre les responsabilités familiales et professionnelles. La Trifluvienne a toujours gardé le cap, tant et si bien que la dernière chose à laquelle elle s'attendait le 22 mars dernier, c'est de ressentir un malaise cardiaque puis frôler la mort.

Sonia Leblanc et le docteur Alain Raymond sont faits pour s'entendre. D'entrée de jeu, ils insistent tous les deux sur un point. Ni l'un ni l'autre ne veut être «la vedette» de cette chronique. Sonia Leblanc tient à rendre hommage au cardiologue qui, lui, assure n'avoir fait rien d'autre que son boulot. Récit à coeur ouvert.

Gérante d'une station-service Esso, à Trois-Rivières, Sonia Leblanc avait une autre bonne journée de travail devant elle le 22 mars dernier. «Bonne» dans le sens bien remplie. C'était le jour de livraison des produits laitiers, ce moment de la semaine où la gérante doit renflouer les comptoirs réfrigérés du dépanneur.

C'est en soulevant une caisse remplie de contenants de lait qu'elle a ressenti une douleur qui s'apparentait à un malaise cardiaque, mais rien à voir avec le coup de poignard qu'on a le réflexe d'imaginer. «Ça a fait comme un petit serrement et mes bras sont devenus lourds. Je ne me sentais pas très bien, mais ce n'était rien de dramatique», soutient Mme Leblanc qui a tout de même cru bon d'en aviser son mari, Jimmy Frappier.

Ne voulant prendre aucun risque, le couple a pris la direction de l'urgence de l'hôpital de Trois-Rivières où Sonia Leblanc a passé une échographie cardiaque avant de retourner s'asseoir dans la salle d'attente.

«J'allais très bien», assure la dame qui, au bout de six heures à attendre, a failli quitter l'urgence avant d'avoir rencontré un médecin. Il était 22 h et sa patience s'épuisait sérieusement. «Je travaillais le lendemain matin», explique Mme Leblanc qui a fini par être appelée pour des prises de sang.

Les analyses sanguines ont révélé un taux plus élevé d'enzymes cardiaques. Cela ne faisait aucun doute, Sonia Leblanc avait été exposée à un événement cardiaque quelques heures auparavant, à son travail. Mais de quoi s'agissait-il au juste? Prudent, l'urgentologue a demandé à Mme Leblanc de passer la nuit à l'hôpital afin qu'elle soit examinée le lendemain matin par un cardiologue.

«C'était mon cher docteur Raymond!», souligne avec un grand sourire la Trifluvienne qui ne connaissait pas ce spécialiste avec qui l'entretien a été bref, mais déterminant.

Sonia Leblanc ne présentait aucun facteur de risque (tabagisme, diabète, hypertension artérielle, haut taux de cholestérol, sédentarité, etc.) provoquant l'apparition et la progression d'une athérosclérose, une maladie coronarienne causée par l'accumulation de dépôts graisseux, des plaques qui diminuent la circulation du sang vers le muscle cardiaque. Jusqu'à preuve du contraire, la Trifluvienne avait toujours eu un coeur en santé.

«Je suspectais fortement une dissection coronarienne», explique le Dr Alain Raymond avant de préciser qu'il s'agit d'une maladie rare qui survient essentiellement chez les femmes de moins de 50 ans. En 25 ans de carrière, le cardiologue avait rencontré un seul autre cas similaire à celui de Mme Leblanc. Il s'agissait d'une jeune femme, grande sportive.

Jeu de mots facile, mais Alain Raymond a voulu en avoir le coeur net en demandant le transfert en ambulance de Sonia Leblanc vers l'Institut de cardiologie de Montréal. Il lui a dit que ça allait être un aller-retour dans la même journée, le temps pour la patiente de passer une coronarographie et revenir à la maison. Or, ça ne s'est pas passé tout à fait ainsi.

L'examen permettant de visualiser l'état des artères coronaires débutait à peine. Consciente, Sonia Leblanc voyait et entendait le personnel médical et infirmier discuter de son cas, puis soudainement... «Ça a dérapé. Ils devaient être douze autour de moi, j'étais agitée et j'ai perdu la carte», se souvient la femme qui, en termes plus clairs, a fait un infarctus provoqué par ce que le docteur Raymond avait soupçonné à Trois-Rivières: une dissection coronarienne.

«Pendant l'examen, l'artère principale de mon coeur s'est rupturée. En direct!», raconte Mme Leblanc qui, dans sa malchance, ne pouvait pas choisir meilleur endroit pour faire une crise cardiaque qui aurait pu lui être fatale, un centre hospitalier ultra-spécialisé en cardiologie.

«C'est grâce au docteur Raymond que mon parcours se poursuit aujourd'hui. Je lui en suis extrêmement reconnaissante. Sa rapidité de prise de décision m'a sauvé la vie et c'est un geste que je n'oublierai jamais», affirme Mme Leblanc qui a joint le Nouvelliste pour exprimer publiquement toute sa gratitude envers le cardiologue.

«La dame nous a donné des sueurs froides», reconnaît Alain Raymond qui reste humble malgré les honneurs. Répétant avoir agi au meilleur de ses connaissances, le Trifluvien refuse de s'attribuer tout le mérite et salue le travail de ses collègues de l'Institut de cardiologie de Montréal qui, à leur tour, ont fait une différence.

En convalescence, Sonia Leblanc dit savourer chaque petit instant de la vie.

«Mon quotidien avec mes deux filles et mon conjoint a pris un tout autre sens», avoue celle qui devra ajuster son rythme à celui de son coeur maintenant plus fragile. Elle devra reconnaître ses limites et les respecter.

Mme Leblanc gardera des séquelles de cet épisode, elle devra sans doute faire le deuil aussi de certaines activités à sensations fortes ou qui exigent à son coeur de trop forcer, mais elle est en vie et son cher docteur Raymond sait se montrer rassurant, consciencieux...

«Et surtout très humain», insiste Sonia Leblanc du fond du coeur.

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