La douance revue et corrigée

Le trio de surdoués est composé d'Huguette Lamontagne,... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le trio de surdoués est composé d'Huguette Lamontagne, d'Yvon Gauthier et de Guillaume Morrisette.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On a tous connu un spécimen de cette nature à l'école primaire ou secondaire, le gars ou la fille à qui toutes les matières réussissent.

C'était le ou la «bolé(e)» de la classe, l'élève le plus intelligent du groupe, voire du niveau. Il n'avait qu'à tendre l'oreille aux explications du prof et le tour était joué. 100 % ou presque.

Perplexes - et pâles d'envie - devant ses capacités intellectuelles, nous étions plusieurs à penser que l'existence de ce petit génie se résumait à lire des dictionnaires et des encyclopédies à longueur de journée.

Pour Guillaume Morrissette, sauf exception, les compétences intellectuelles ne sont pas aussi valorisées que les performances sportives. Le premier de classe a un don alors que le gagnant au fil d'arrivée a fourni des efforts et fait preuve de détermination.

«On va t'encourager et te féliciter si tu remportes une course, alors que si tu es doué sur le plan intellectuel, on a tendance à faire de la ségrégation. La douance devrait être quelque chose d'aussi normale que d'arriver à courir plus vite que les autres», soutient-il.

Respectivement originaires de Québec et de Shawinigan, Huguette Lamontagne et Yvon Gauthier ne peuvent qu'approuver le Trifluvien de 40 ans. Ils se connaissent déjà tous les trois. Ils sont membres de Mensa.

Mensa veut dire «table» en latin, table autour de laquelle les convives discutent d'égal à égal.

C'est également le nom d'une association internationale qui regroupe des hommes et des femmes dont le quotient intellectuel doit se situer dans le 98e percentile (et plus) de la population.

On parle ici de personnes qui ont un peu plus de 130 de QI.

Pour être admis, il faut passer un test d'intelligence dispensé par l'organisme. À titre d'exemple, Guillaume Morrissette a dû répondre à 50 questions en douze minutes. Il a eu le temps d'en compléter 43 et selon ses sources, ses 37 bonnes réponses lui ont permis d'obtenir son laissez-passer pour ce club fondé à Oxford au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1946) dans le but de promouvoir la paix et l'intelligence.

«Si vous réunissez trois membres de Mensa dans une seule pièce, vous obtiendrez quatre opinions, cinq religions et six églises!»

C'est ce qu'on peut lire sur le site du club sélect, une phrase qui dit tout, acquiescent Huguette Lamontagne et Yvon Gauthier.

Ils avaient rendez-vous chez leur ami Guillaume Morrissette pour les besoins de cette chronique. Parfois avec sérieux, souvent avec humour, le trio de surdoués a parlé de son parcours commun et respectif sans prétention aucune.

«La douance, tu n'as rien fait pour l'avoir. Tu es venu au monde avec...», laisse tomber Huguette Lamontagne qui avait 17 ans au moment d'entreprendre des études universitaires en chimie.

Refusant de dévoiler son âge, elle se contente de dire que sa retraite à titre d'enseignante au secondaire lui a permis d'entreprendre un second baccalauréat puis une maîtrise en archéologie.

En toute franchise, la dame confirme qu'à 10 ans, elle détestait jouer à la poupée. Parmi ses centres d'intérêt, on retrouvait la mythologie grecque.

«Pour moi, j'étais la norme. Je n'étais pas douée. Ce sont les autres qui ne travaillaient pas assez. Je n'avais pas encore compris que j'avais un système d'exploitation un peu spécial entre les deux oreilles», dit-elle en éclatant de rire.

Au Séminaire Sainte-Marie, Yvon Gauthier, 74 ans, était un élève brillant qui comprenait du premier coup. Pour chasser l'ennui, le jeune homme excellait dans l'art de perdre son temps et d'être tannant.

«Je m'amusais beaucoup, mais à un moment donné, ça te rattrape», laisse-t-il entendre, ce à quoi Guillaume Morrissette se permet d'ajouter qu'enfant, il était également reconnu pour déranger en classe.

«Je posais trop de questions et ça retardait le groupe», se souvient celui qui, une fois ado, a compris qu'il avait tout intérêt à retenir son insatiable curiosité. Il risquait sinon de passer pour le gars à la grosse tête.

Chargé de cours au Département de finance et économique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Guillaume Morrissette est aussi écrivain. Il se dit polymathe. «Un expert en rien, mais un connaissant en tout», résume-t-il.

Par la force des choses, les surdoués sont des autodidactes. Apprendre est leur passe-temps préféré. Le cerveau en ébullition, ils n'en savent jamais assez. Leur capacité d'analyse est aussi grande que rapide.

Heureux? «Oui!», répondent à l'unanimité Huguette, Yvon et Guillaume qui ont l'habitude de se fréquenter au sein des activités de Mensa, une association qui rejoint des hommes et des femmes de tous âges et de toutes les professions, des gens qui ont connu l'échec scolaire ou terminé des études doctorales.

Une fois par mois, les membres se donnent rendez-vous à Québec, souvent dans un resto. Autour d'une bouffe, ils se nourrissent de conversations qui vont dans toutes les directions.

«On parle de n'importe quoi!», décrit Huguette Lamontagne avec enthousiasme. «On rencontre des gens extraordinaires», souligne, ravi, Yvon Gauthier.

«Tu sais à l'avance que peu importe ce que tu vas dire, personne n'est là pour te juger», se réjouit Guillaume Morrissette avant d'ajouter, convaincu, qu'il y a des surdoués qui s'ignorent et qu'il n'est jamais trop tard pour joindre les rangs de Mensa.

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