Vaincre la bactérie mangeuse de chair

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La convalescence sera longue pour Christian Hamelin qui puise sa force dans l'instant présent et auprès de ses garçons.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Christian Hamelin a encore du mal à réaliser ce qui a pu se passer. L'autre jour, l'idée qu'il soit un fantôme observant son propre corps lui a même traversé l'esprit.

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Julie Baribeau a été un soutien de chaque instant pour son conjoint, qui vient de livrer une guerre sans merci à l'infection à bactérie mangeuse de chair.

François Gervais, Le Nouvelliste

Le Trifluvien de 45 ans esquive un sourire en décrivant cette sensation bizarre. La vie ne peut plus être pareille lorsqu'on a vu la mort d'aussi près.

Christian Hamelin a été frappé par la fasciite nécrosante, une maladie qui ne vous dit peut-être pas grand-chose, sauf si je l'appelle par son autre nom: infection à bactérie mangeuse de chair. Cette appellation donne froid dans le dos. «Mangeuse de chair»... On dirait le titre d'un film d'horreur. 

Le 27 février dernier, l'enseignant de 6e année à l'école primaire du secteur Pointe-du-Lac à Trois-Rivières amorçait sa semaine de relâche en famille. 

Natif de Lac-aux-Sables, Christian était à Sainte-Thècle pour souligner l'anniversaire de son père lorsque sans raison, il a été incommodé par une forte poussée de transpiration. Quelques secondes et l'homme était trempé à la lavette.

Christian était légèrement enrhumé et fatigué ce jour-là, mais quel enseignant ne l'est pas quand commence la relâche? Et puis, on était en pleine saison de microbes chez les Hamelin. Louis-Thomas, 6 ans, et Alexis, 3 ans et demi, prenaient des antibiotiques pour soigner un mal de gorge identifié au streptocoque de type A.

Quand, plus tard en soirée, Christian s'est mis à vomir, il n'en a pas fait grand cas non plus. Ça devait être la gastro. Mais curieusement, il avait mal aux muscles pectoraux, très mal même, comme s'il s'était blessé en effectuant un effort important.

Christian Hamelin a fini par s'endormir, mais le lendemain matin, il a décidé de prendre la direction de l'urgence de l'hôpital de Trois-Rivières. 

Affaibli par les vomissements de la veille et inquiet devant l'enflure du muscle pectoral droit, le résident du secteur Sainte-Marthe-du-Cap a voulu en avoir le coeur net. Il ne faisait pas de fièvre, mais ça n'allait pas.

«J'ai dit à Julie (Baribeau) que je m'en allais perdre une ''p'tite demi-journée à l'urgence!''», raconte-t-il avec humour en laissant à sa conjointe le soin de poursuivre son histoire. 

C'est qu'il en a manqué des bouts, de très longs bouts en fait. Admis à l'hôpital le 28 février, Christian Hamelin en est ressorti le... 7 avril dernier. 

Il croyait avoir affaire aux symptômes d'une «bonne» gastro alors que des examens plus poussés ont rapidement révélé la présence d'une infection bactérienne fulgurante. 

Sa poitrine qui prenait du volume à vue d'oeil et qui le faisait terriblement souffrir n'était pas le fruit de son imagination, mais la preuve que la mangeuse de chair était en train de se répandre dans les différentes couches de tissus recouvrant ses muscles. 

Plongé dans un coma artificiel, Christian Hamelin a été opéré à plus d'une reprise avant que l'équipe médicale ne se rende à l'évidence. Malgré les chirurgies visant à ôter les tissus possiblement contaminés, la bactérie continuait de se propager à une vitesse folle.

«À Trois-Rivières, le docteur m'a dit qu'on ne pouvait plus rien pour Christian, que sa seule chance de s'en sortir était d'essayer les traitements en chambre hyperbare à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal», raconte Julie Baribeau sous le choc d'apprendre que son homme luttait ainsi pour sa survie.

En bon enseignant, ce dernier explique ce qu'il a compris de cette ultime attaque. «La bactérie mangeuse de chair détruit l'oxygène dans les muscles alors que la chambre hyperbare te bombarde d'oxygène. C'est drôle à dire, mais la bactérie n'aime pas ça!»

Le Trifluvien a eu besoin de dix-sept traitements pour contrer l'infection. L'assaut a laissé des traces. Christian Hamelin a reçu des greffes de peau au thorax, sur l'abdomen de même que sur le côté droit de son corps. Les greffons ont été prélevés sur les cuisses de celui qui compare ses plaies à celles d'un grand brûlé. 

Christian vient d'entreprendre une longue convalescence à la maison où il bénéficie des soins du CLSC et, bientôt, des services du Centre de réadaptation InterVal. 

Le Trifluvien ne réalise pas complètement l'ampleur de la bataille qu'il vient de livrer ni du défi qui l'attend, mais une chose est sûre, sa «tête de cochon», sourit-il de nouveau, sera un atout.

Cette détermination lui a grandement servi au pire de son cauchemar qui a pris fin dans la chambre hyperbare. C'est d'ailleurs pour faire connaître ces traitements qui sont donnés à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et à l'Hôtel-Dieu de Lévis qu'il a accepté de partager son histoire tragique avec un dénouement heureux.

«J'ai été très chanceux malgré ma malchance», affirme Christian Hamelin en exprimant toute sa reconnaissance envers le personnel médical et infirmier qui a combattu la bactérie avec lui. 

Il tient à remercier particulièrement le docteur Jean-François Naud, interniste-interventionniste au Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières. C'est ce spécialiste qui a eu le réflexe d'avoir recours à l'oxygénothérapie hyperbare avec le résultat qu'on connaît...

«Je suis là!», lance Christian Hamelin qui n'a plus de doute maintenant. Il est bien vivant.

«Il était moins une...»

Monsieur Christian ne reviendra pas en classe de sitôt. Il doit prendre le temps de retrouver ses forces. Son corps et tout son être ont subi d'importants traumatismes.

«Il était moins une...», avoue Julie Baribeau qui est demeurée aux côtés de son chum pendant toute la durée de son hospitalisation, tant à Montréal qu'à Trois-Rivières.

Impuissante, elle lui a tenu la main. La peur au ventre, elle a espéré un miracle. Lorsque Christian est sorti du coma, le corps meurtri, mais sain et sauf, c'est elle qui, doucement, a répondu à ses questions.

«Ce n'est pas vrai que les petites bibittes ne mangent pas les grosses...», laisse tomber Julie Baribeau en parlant de cette bactérie qui a failli avoir la peau de son chum, le papa combien courageux de leurs enfants.

Enseignante à l'école primaire Cardinal-Roy, Julie était au chevet de Christian pendant que les grands-parents tenaient le fort à la maison auprès de Louis-Thomas et Alexis. Et c'est sans compter la solidarité des amis, voire des collègues qui ont rempli le frigo de repas réconfortants.

«Une aventure comme celle-là, ça change bien des choses...», admet Christian Hamelin avant d'affirmer que même inconscient, il a été porté par l'amour des siens, y compris par l'âme de son fils aîné, Charles, décédé il y a huit ans à l'âge de 11 jours.

Du début à la fin de cette rencontre, Christian Hamelin n'a jamais cessé de sourire, et ce, même en sachant que son rétablissement sera long, parfois difficile. Julie est là.

«Ça fait 27 ans que je suis avec elle et je veux lui montrer tous les jours que je l'aime. Sans Julie, je ne serais pas là aujourd'hui», soutient l'enseignant qui entend profiter de la vie et de tout cet amour qui favorisera sa guérison.

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