La vie comme un marathon

Kirsten Newton... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Kirsten Newton

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il existe mille et une façons de célébrer la guérison. Kirsten Newton a décidé de s'offrir le plus vieux marathon au monde, l'un des plus difficiles aussi. Elle a besoin de reprendre sa vie là où le cancer est apparu comme une épreuve à traverser une foulée à la fois.

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Kirsten Newton peut compter sur le soutien de chaque instant de son conjoint, Martin Harvey. Ensemble, ils ont traversé l'épreuve du cancer et dans quelques jours, ils seront sur la ligne de départ du marathon de Boston.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Lundi 18 avril, 10 h 50, la Trifluvienne de 47 ans a rendez-vous avec elle-même dans les rues de Boston. Pendant 42,2 kilomètres, elle avancera sans vraiment se préoccuper du chrono ni des autres coureurs devant ou derrière.

En fait, si cette athlète de la vie se permet de jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule, ce sera pour apprécier tout le chemin parcouru depuis un an. Numéro de dossard? Le 18 483.

Kirsten Newton n'en sera pas à sa première expérience au mythique marathon de Boston. Elle était sur la ligne de départ le 20 avril 2015.

«La météo était terrible. Il faisait super froid. Et à Boston, il y a beaucoup de côtes», décrit la coureuse qui ne s'est pas laissée intimider pour autant par l'ampleur du défi.

Malgré la fatigue ressentie tout au long du parcours, elle a réussi à le compléter en un temps fort respectable de 3 h 33, lui permettant du même coup de se qualifier pour l'édition 2016.

Quelques semaines après avoir franchi la ligne d'arrivée avec grande satisfaction, Kirsten Newton a été incommodée par de fortes démangeaisons près des aisselles. À force de se gratter, elle a découvert une bosse suspecte au sein.

Une batterie de tests s'ensuivit et le diagnostic de cancer ne s'est pas fait attendre. La contre-attaque non plus: double mastectomie partielle, ablation des ganglions lymphatiques, six traitements de chimiothérapie et vingt de radiothérapie.

Malgré la perte d'équilibre, la marathonienne a refusé de s'effondrer, décidant plutôt de faire ce qu'elle aime par-dessus tout: courir.

Trois jours après avoir encaissé le diagnostic et quelques semaines seulement avant de se retrouver sur la table d'opération, Kirsten a pris le départ du demi-marathon d'Ottawa. Elle était en état de choc, mais il n'était pas question de rester sur la voie de service pour regarder le train des coureurs passer.

«J'étais très émotive pendant le demi-marathon d'Ottawa, mais j'ai réussi, je l'ai complété. C'était significatif pour moi. Je voulais montrer au cancer que...»

...«que le cancer n'aurait pas ta peau.» C'est Martin Harvey, le mari de Kirsten Newton, qui se permet de terminer la phrase laissée en suspens.

L'homme est admiratif devant celle qui a surmonté avec courage et sérénité les obstacles qui se sont dressés sur sa route.

«Kirsten est une inspiration pour les gens qui la côtoient! Elle est aussi un modèle pour toutes les femmes qui sont ou qui seront atteintes d'un cancer.»

Il a raison. Rencontrer Kirsten pour la première fois, c'est vouloir devenir son amie. Ses yeux bleus pétillants et son sourire radieux nous donnent envie de l'imiter. Elle est une femme foncièrement positive.

«Une attitude optimiste compte pour beaucoup dans la guérison», estime l'Albertaine d'origine qui a épousé Martin et Trois-Rivières il y a une vingtaine d'années.

Kirsten insiste beaucoup sur le choix logique qu'elle faisait au pire de la maladie et continue de faire chaque matin.

«Je prends la décision de passer une belle journée en essayant de trouver du bon dans tout. Et je pense que nous devrions tous faire ça», soutient la maman de Gabriel, 18 ans, et de Emmy, 15 ans.

Consciente de faire un marathon pour lequel personne n'est préparé avant d'y être confronté, Kirsten Newton n'a jamais cessé de chausser ses espadrilles.

Malgré la fatigue et les douleurs musculaires provoquées par les traitements de chimio ou de radiothérapie, elle est montée sur le tapis roulant et a même grimpé au sommet du mont Lafayette, l'une des plus hautes montagnes du New Hampshire. C'était l'automne dernier.

«On a pris notre temps. On s'arrêtait pour se reposer et admirer le paysage», décrit celle qui était accompagnée de son mari, lui-même un triathlète qui sera sur la ligne de départ du marathon de Boston.

Propriétaire du restaurant Pacini où Kirsten Newton a récemment repris le travail, Martin Harvey a souvent eu à répondre aux clients qui s'informaient de l'état de santé de sa gentille épouse. Les nouvelles sont bonnes, très bonnes même.

En rémission, la Trifluvienne est de retour à l'entraînement depuis le début du mois de janvier, tout juste après avoir reçu son dernier traitement de radiothérapie.

Sans se mettre de pression, mais avec une détermination hors du commun, Kirsten Newton a repris la forme et le rythme, au point où dans quelques jours, elle sera parmi les milliers de coureurs qui se sont qualifiés pour l'événement.

«J'aimerais tellement ça pouvoir le faire! Mon corps est entraîné, mais il n'a pas les mêmes capacités qu'avant. Je ne peux pas avoir les mêmes attentes...», précise-t-elle avant d'être interrompue par son conjoint qui la rassure aussitôt.

«Que tu traverses ou non la ligne d'arrivée, tu es déjà une gagnante à nos yeux!»

Kirsten ne dit rien, mais à voir l'éclat soudain dans ses yeux, on comprend que ces 42,2 kilomètres dans les rues de Boston, elle entend les franchir en courant, en marchant et en souriant.

La marathonienne prendra tout le temps nécessaire pour savourer la vie et son cadeau.

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