Les sacs d'école des jumeaux Tanguay

Daniel et Michel Tanguay... (François Gervais)

Agrandir

Daniel et Michel Tanguay

François Gervais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Michel et Daniel Tanguay sont jumeaux, deux électrons libres identiques en tout point. Ils sont nés, ont grandi et vieillissent ensemble comme un vieux couple. Les deux hommes forment un tandem de 70 ans qui cumule 69 ans de vie commune, ce qui revient à dire qu'ils sont deux inséparables célibataires.

- «Il y a une seule année où Daniel et moi n'avons pas vécu ensemble. J'enseignais à Montréal et, lui, ici. Je devais avoir autour de...»

- «On avait 22 ans Michel.»

C'est souvent comme ça avec eux. Michel commence une phrase, Daniel la termine. Ou vice versa. C'est pareil lorsqu'ils chantent. L'un entonne un air, l'autre joint instinctivement sa voix de ténor à la sienne pour une parfaite harmonie.

Mais cette chronique n'en est pas une sur leur fascinante complicité, quoiqu'elle met la table sur le projet humanitaire qui les unit à nouveau.

Des notes de musique orientales résonnent en sourdine dans leur résidence du secteur Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières. On se croirait en Turquie, pays que le duo a visité comme la Birmanie, le Vietnam, le Mali, la Bolivie, le Caïre et... Et puis quoi encore? Le Burundi.

Le Burundi, c'est loin de nous, en Afrique, mais il faut tout de même garder à l'esprit qu'en ce moment, le pays est sous haute tension politique, marqué par une escalade inquiétante de la violence.

Michel et Daniel Tanguay suivent de près la crise qui secoue le Burundi et ne peuvent s'empêcher d'avoir une pensée pour les jeunes qu'ils ont croisés là-bas. C'était en août 2010.

L'attachement des jumeaux Tanguay pour le Burundi a pris naissance un an plus tôt. Michel a lu un article de magazine qu'il s'est empressé de partager à Daniel qui, comme s'il pouvait en être autrement, s'est également senti interpellé.

On y racontait le parcours de Corinne Chatel, une dame de Laval à l'origine de «Mon sac d'école», un organisme qui fournit aux jeunes Burundais tout le matériel scolaire et l'uniforme dont ils ont besoin pour fréquenter l'école primaire ou secondaire. Ce n'est pas rien. Sans cahiers, crayons et uniforme, ils ne peuvent pas accéder à l'éducation à laquelle tous les enfants ont pourtant droit.

Il n'en fallait pas plus pour que les deux retraités de l'enseignement décident de proposer leur aide, un soutien concret puisque pendant ce mois d'août 2010, les deux Trifluviens ont distribué près de 1000 sacs d'école à des enfants orphelins ou trop pauvres pour oser rêver d'une vie meilleure.

Près de six ans plus tard, le coeur des Tanguay est toujours au Burundi. À vrai dire, Michel et Daniel Tanguay n'ont jamais cessé de s'investir corps et âme pour un organisme qui fait une différence sur le terrain.

Les deux hommes ont beaucoup voyagé. Ces anciens profs en arts, histoire et géographie aiment sortir des sentiers battus, vivre chez l'habitant et s'imprégner totalement des us et coutumes du pays visité.

«J'en ai déjà vu de la misère. Nous sommes allés jusqu'en Inde, dans un bidonville, et c'est pauvre quelque chose de rare! Mais ce que j'ai vu au Burundi, dans un dépotoir de Nyarumanga... Ouf! C'est dur», avoue Daniel avec émotion. «Les enfants vivaient dans les déchets», décrit Michel qui a été touché par l'accueil des gens au moment de leur passage.

Depuis 2010, le tandem a continué d'aider les enfants du Burundi en faisant connaître le projet «Mon sac d'école» au plus grand nombre de Trifluviens, mais aussi en impliquant la chorale La-Mi-Temps.

Michel et Daniel Tanguay sont au nombre des quelque 80 choristes qui donneront deux concerts ce printemps, le 24 avril, au Centre communautaire Jean-XXIII, et le 1er mai, à l'église Sainte-Bernadette. Pour celui-ci, tous les profits générés par la vente des billets seront versés à l'organisme qui, malgré la crise actuelle au Burundi, continue d'y distribuer des sacs d'école dont le contenu n'a pas de prix.

Les sommes nécessaires à la scolarisation des jeunes Burundais sont de 25 dollars par année pour un écolier du primaire et de 40 dollars pour un adolescent de niveau secondaire, boîte de géométrie et uniforme compris.

«Il y a tellement de gens qui nous aident!», insiste Daniel Tanguay avant d'exprimer toute sa reconnaissance envers les Trifluviens, mais aussi son admiration pour Corinne Chatel, une femme qui appelle à la générosité envers des enfants qui demandent tout simplement de vivre leur vie d'enfant.

«On ne leur demande pas de réussir leur année scolaire. Souvent, en raison de la malnutrition, des élèves ont de la difficulté à suivre à l'école. Pour nous, le plus important, c'est qu'ils travaillent bien. On veut leur donner une chance», explique Michel en se tournant spontanément vers Daniel, son complice de toujours qui approuve du regard.

Les deux hommes se parlent sans rien dire, fiers d'être un miroir l'un pour l'autre. Ce sont deux gouttes d'eau qui souhaitent que leur contribution pour le Burundi rejaillira jusqu'ici.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer