De tout coeur avec Madeleine

Ronny Bourgeois se dit profondément attristé par le... (Sylvain Mayer)

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Ronny Bourgeois se dit profondément attristé par le drame qui secoue en ce moment la population des Îles-de-la-Madeleine où il est né et a grandi.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ronny Bourgeois voudrait être sur son île en ce moment pour prendre Madeleine dans ses bras.

«J'aimerais être là pour lui donner tout le soutien dont elle a besoin et qu'elle mérite. Madeleine pleure. Elle est en deuil...»

Madeleine, c'est l'archipel, le havre de paix où est né Ronny Bourgeois. Il y revient pour les vacances, les anniversaires ou simplement pour se laisser bercer par le vent et les vagues. Il y était encore le week-end dernier, à l'occasion du long congé de Pâques.

Directeur du Complexe funéraire J.D. Garneau, à Trois-Rivières, Ronny Bourgeois, 35 ans, est un Madelinot d'origine, un homme bouleversé par l'immense tragédie qui secoue les siens, plus particulièrement la famille Lapierre.

C'est sa mère qui, mardi matin, l'a informé d'un écrasement d'avion à Havre-aux-Maisons. Quelques heures plus tard, il devait apprendre que Jean Lapierre et des membres de sa famille étaient à bord de l'appareil et qu'ils n'ont eu aucune chance.

L'onde de choc dont tout le monde parle s'est fait ressentir jusqu'ici. Son coeur est là-bas.

«Je me sens un peu éloigné, dépourvu...», dit-il en ayant une profonde pensée pour Lucie, la mère du chroniqueur politique et ancien ministre, une femme à qui ce terrible accident a arraché trois fils, une fille et une bru. Cette brave dame les attendait pour organiser les funérailles de son mari décédé quelques jours auparavant.

Les jours passent et on continue de se le répéter entre nous et à soi-même. Cette épreuve sans nom dépasse l'entendement.

«Trouver un sens à un événement qui n'a pas de sens, c'est insensé...», opine Ronny Bourgeois alors que nous nous trouvons dans son bureau enveloppé par le silence des lieux.

Le directeur de funérailles est, ce qu'on pourrait appeler, un professionnel du deuil. Chaque jour, il côtoie la mort et ceux pour qui la vie continue.

Ce fils et petit-fils de pêcheurs de homards avait 16 ans lorsqu'il a quitté les Îles-de-la-Madeleine pour s'établir à Montréal où il a étudié dans le domaine de la thanatologie. Depuis 2012, Ronny Bourgeois réside à Trois-Rivières où il a pris la direction du centre funéraire du secteur Cap-de-la-Madeleine.

Mercredi, au lendemain de l'accident d'avion qui a fait sept victimes, il a spontanément appelé son collègue de la Maison funéraire Leblanc, à Havre-Aubert, pour lui offrir ses services, au cas où...

«C'est dans des moments comme celui-là qu'on a le plus besoin de support», rappelle celui qui, au premier coup de fil, n'hésitera pas à prendre l'avion pour retrouver ses frères madelinots.

Si Ronny Bourgeois devait accueillir dans son bureau Mme Lapierre et la seule fille qui lui reste, Marie-Laure, le Trifuvien d'adoption avoue qu'il aurait probablement envie de pleurer doucement avec elles, tout en s'efforçant d'apaiser leur douleur déchirante.

Qu'est ce qu'on peut dire à une femme qui a perdu son mari puis quatre enfants d'un seul coup?

«Je ne pense pas que notre rôle, c'est de trouver les mots, mais d'accompagner et de soutenir les gens. C'est de leur dire: «On est là pour vous»... C'est de toucher simplement leur bras pour qu'ils ressentent notre présence qui se veut discrète, d'abord et avant tout.»

Le phénomène est difficile à expliquer, mais aux Îles-de-la-Madeleine, on n'a pas besoin de connaître personnellement un autre Madelinot pour en parler avec respect et affection, comme un des nôtres en fait.

Les deux hommes ont grandi dans le même village (Bassin), sur l'Île du Havre Aubert, mais Ronny Bourgeois n'a jamais rencontré Jean Lapierre. N'empêche, le Trifluvien est persuadé d'une chose...

Si la vie leur avait permis de se croiser aux Îles ou ailleurs, ils n'auraient pas tardé à fraterniser comme de vieilles connaissances à la seconde où Ronny aurait dit à Jean: «Je suis Ronny à Rémi à Procule Bourgeois.» Et Jean, de lui répondre: «Je suis Jean à Raymond à Conrad Lapierre.»

Ronny Bourgeois ne peut s'empêcher de sourire en racontant comment les gens des Îles se présentent en faisant systématiquement référence à leurs parents et grands-parents.

«En raison de cette proximité, on a l'impression de se connaître sans se connaître», souligne Ronny Bourgeois en rappelant que quelque 13 000 personnes, selon les saisons, habitent les Îles-de-la-Madeleine.

Isolée, la communauté est tissée serrée. Cette semaine, on a plusieurs fois évoqué l'esprit de corps des gens des Îles, de cette solidarité qui, en ce moment plus que jamais, survole le golfe du Saint-Laurent pour s'exprimer partout au Québec.

Ronny Bourgeois est touché. Aux quatre coins de la province, on a tous envie de prendre Madeleine dans nos bras. Et c'est Jean Lapierre, son plus grand ambassadeur, qui en serait ravi. Comme lui, M. Bourgeois est fier de dire qu'il est un Madelinot.

«Je ne connais pas un autre endroit au Québec où lorsque le bateau accoste au quai, l'été, il y a au moins 1000 résidents pour accueillir les touristes. C'est assez impressionnant la première fois», raconte-t-il avec un mélange d'enthousiasme et de nostalgie.

Loin de son île, Ronny Bourgeois aime se recueillir sur les berges du fleuve Saint-Laurent, près du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Ici aussi, l'eau l'appelle et l'apaise. Le paysage l'oblige à s'arrêter et à réfléchir sur le courant de sa propre existence.

«Tout le monde parle de Jean Lapierre comme d'un gars chaleureux, qui profitait de la vie et pour qui la famille était très importante. S'il y a un sens qu'on peut peut-être trouver à ce triste événement, c'est de dire aux personnes de notre entourage qu'on les aime, qu'on les apprécie, en ne sachant pas si c'est la dernière fois qu'on les voit.»

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