La face cachée des symptômes invisibles

Le quotidien de Lyne Laverdière est composé de... (Sylvain Mayer)

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Le quotidien de Lyne Laverdière est composé de problèmes d'audition, de fatigue et de séquelles d'un traumatisme crânio-cérébral. Rien de visible, mais néanmoins un quotidien très handicapant.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Lyne Laverdière se dit contre-performante, mais elle a tort de se présenter ainsi. À une époque où on valorise la productivité et la compétitivité, elle ose parler de la fatigue et des maux de tête qui cherchent à l'envoyer au tapis, une situation que la femme de 55 ans n'a pas choisie, mais qu'elle agrippe à bras-le-corps pour en faire sienne.

Il y a des courriels qu'il faut prendre le temps de relire, par respect pour la signataire qui a pris le temps d'apporter cette précision à la toute fin de sa lettre:

(...) «Je termine maintenant puisque les symptômes reviennent après cet effort de concentration de quinze minutes, et ce, malgré le repos que je m'étais précédemment donné pour pouvoir vous écrire...»

Dans ce message de quelque 300 mots, Lyne Laverdière proposait une chronique sur le quotidien de ceux et celles qui, comme le sien, est dicté par une lenteur imposée comme un repos forcé. 

Si vous croisez Mme Laverdière sur la rue, rien n'y paraît, mais son pas n'est pas moins incertain. Elle vit la complexité d'une situation croisée, celui d'un face à face entre des problèmes auditifs et un traumatisme crânio-cérébral. 

Aux prises avec des symptômes invisibles, mais combien réels, Lyne Laverdière nous présente ces visiteurs importuns avec lesquels elle doit composer, à défaut d'être capable de s'en débarrasser.

Je l'ai rencontrée dans sa maison du secteur Grand-Mère, entourée de ses deux chats qui vont et viennent dans la pièce avec discrétion. Elle me demande de m'asseoir à ses côtés, sur la même causeuse. Ce sera plus facile d'entendre les questions et, au besoin, de lire sur les lèvres.

Lyne Laverdière est née avec une audition qui n'était pas efficace à 100 % et qui s'est considérablement détériorée avec les années. Vers l'âge de 40 ans, elle a dû se résigner à porter des prothèses auditives, une situation qui n'était pas sans complexifier la nature même de son travail axé sur l'écoute.

Éducatrice en toxicomanie, Lyne Laverdière a fait carrière au centre de réadaptation Domrémy, à Trois-Rivières. Elle est en ce moment en arrêt de travail. L'épuisement a fini par la rattraper. Dès le mardi soir, l'intervenante se demandait comment elle tiendrait le coup jusqu'au vendredi. Quant au week-end, c'était uniquement l'occasion de récupérer de sa semaine. Pas question de sorties, encore moins de folies.

«Lorsqu'on a un trouble d'audition, nous sommes continuellement en état d'alerte. Est-ce que quelqu'un m'a parlé? Comment est sa voix? Les réunions? C'est tellement cacophonique...», décrit celle qui a dû quitter son travail, l'âme en peine. «Mon coeur est encore là», dit Mme Laverdière avec émotion. 

Le quotidien est fait de tout et de rien. Survient parfois un accident bête, une chute qui fait rigoler jusqu'à ce qu'on réalise la gravité des dégâts. 

C'est ce qui s'est produit en novembre 2014. Lyne Laverdière et son conjoint étaient assis sur le futon. Une patte du divan-lit a cédé. Mme Laverdière s'est sentie partir sur le côté, comme au ralenti. Elle a eu le temps d'en rire jusqu'à ce que sa tête frappe violemment un meuble. Traumatisme crânio-cérébral.

«Je me sentais sonnée, mais les symptômes ne sont pas arrivés tout de suite. Pendant deux mois, ils ont pris de l'ampleur. J'avais la pensée engluée et des étourdissements», décrit Mme Laverdière avant de mentionner que ces symptômes ont intensifié l'état de fatigue qui l'accablait déjà. Elle parle d'un coup de pied dans tout son être déjà en situation de déséquilibre.

Avec le TCC, il n'y a plus jamais rien d'acquis. Le jour de notre rencontre, Lyne Laverdière s'était rendue, à pied, à deux rues de chez elle. Au lendemain de l'entrevue, le manque d'énergie, les maux de tête et l'indélogeable sentiment d'alanguissement étaient de retour. 

«C'est insécurisant au niveau de la liberté d'action. Le TCC est une situation complètement instable. Les adaptations sont plus compliquées. Il faut que je fasse des pauses», fait remarquer cette femme qui a toujours été active, indépendante et qui, aujourd'hui, doit apprivoiser les pertes de repères, tout comme la solitude. La vie continue autour d'elle.  

L'entourage lui répète avec la meilleure sincérité du monde: «Prends soin de toi. Lâche pas, t'es capable.» Lyne Laverdière sourit. S'il suffisait de ne pas lâcher, elle n'aurait pas insisté pour sensibiliser les gens aux impacts des symptômes invisibles.

«Si j'étais sans bras depuis des dizaines d'années et que j'avais, à coups d'efforts, appris à fonctionner, on dirait de moi que je suis courageuse, pas maladive», soutient Mme Laverdière qui aimerait que son témoignage nous amène à poser notre regard sur une réalité qui touche de nombreuses personnes.

Obligée de faire le deuil d'une qualité de vie qu'elle chérissait, Lyne Laverdière refuse cependant de se poser en victime. «Je ne suis pas la seule à vivre comme ça. Il y a plein de gens qui doivent faire le deuil de plein d'affaires», dit celle qui prend notamment le temps d'observer les besoins des personnes âgées qu'elle croise en marchant, sans se presser. Elle raconte...

«À combien de ces inconnus ai-je donné le bras sur les trottoirs glacés, aidé à traverser une rue achalandée, distribué sourires et des «bonjour» tout l'hiver dernier? Mon rythme me donne accès à des êtres solitaires qui ne demandent qu'un peu de compagnie.»

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