Lutter de toutes ses forces

Martine Duguay, 38 ans, profite de chaque petit... (Olivier Croteau)

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Martine Duguay, 38 ans, profite de chaque petit et grand moment de bonheur avec sa famille qui l'aide dans sa lutte contre le cancer.

Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'espoir fait vivre Martine Duguay, mais elle ne peut échapper à sa réalité. Son temps est compté. Deux à cinq ans.

La résidente de Saint-Boniface n'a plus une minute à perdre. Elle a des souvenirs à fabriquer pour sa famille qui lui survivra.

Martine Duguay a cinq enfants âgés de 3 à 12 ans, une marmaille qui, jour après jour, est témoin du combat d'une maman pour repousser l'ennemi.

L'histoire de cette femme de 38 ans a déjà été racontée dans cette chronique. C'était en octobre dernier, à quelques heures de son départ pour l'Allemagne. Il s'agissait d'un voyage éclair pour «s'acheter du temps», disait-elle avec confiance.

Après avoir lutté contre un cancer du sein il y a trois ans, Martine Duguay se croyait sur la voie de la rémission, mais en septembre 2015, on lui a détecté des métastases au foie et aux poumons.

Le cancer était de retour, incurable. Mme Duguay n'avait pour seule alternative que la chimiothérapie palliative. À défaut de la guérir, on pouvait contrôler les symptômes.

À l'instar de nombreux Québécois dont la vie est sérieusement menacée, la résidente de Saint-Boniface a décidé de se tourner vers l'Allemagne où le docteur Thomas Vogl propose des traitements de chimio-embolisation, une technique qui consiste à injecter le médicament directement au niveau du tissu concerné. Elle ne guérit pas la maladie, mais le patient peut avoir une meilleure espérance de vie.

Pour Martine Duguay, malgré les coûts élevés du voyage (environ 15 000 $), c'était peut-être sa chance d'obtenir des mois ou même des années de plus pour voir grandir ses enfants.

En octobre, grâce à des dons reçus de la population, Mme Duguay s'est rendue une première fois à l'hôpital universitaire de Francfort. Lorsqu'elle y est retournée, en novembre, le médecin a constaté une légère amélioration au niveau du foie alors que la situation était demeurée stable du côté des poumons.

Trois mois plus tard, Martine Duguay ne sait pas si elle mettra de nouveau le cap sur l'Allemagne. Pendant que le docteur Vogl essaie de stopper les tumeurs avec la chimio-embolisation, rien ne lui garantit que le cancer ne s'est pas répandu ailleurs.

Idéalement, Mme Duguay voudrait pouvoir recevoir tous les traitements qu'on lui offre, tant en Allemagne qu'au Québec, mais ce serait en demander beaucoup trop à son corps déjà fragilisé. Dans le doute et pour le moment, elle préfère demeurer ici et poursuivre ses traitements de chimio palliative.

«Avant de retourner en Allemagne, je veux être certaine qu'il n'y a pas d'autres métastases qui sont apparues ailleurs. Je veux savoir si ça vaut vraiment la peine», souligne Martine Duguay qui, depuis le début, fait ce qu'elle croit être le meilleur dans sa bataille contre le temps.

Une absence à planifier

Martine Duguay et sa famille essaient de vivre le plus normalement possible même si la maladie, les traitements et leurs effets secondaires habitent avec eux sous le même toit.

«Les enfants sont au courant. Je leur ai mis cartes sur table il n'y a pas longtemps. Je leur ai dit qu'il faut toujours garder espoir, c'est sûr, mais que les médecins ne pensent pas être capables de me guérir. On a pleuré tout le monde ensemble... Pour moi, c'était nécessaire qu'ils ne croient pas n'importe quoi, qu'ils tombent de haut quand ça va dégringoler. Ça peut aller vite. Je veux qu'ils sachent à quoi s'attendre. Je ne serai pas toujours là...»

Un voyage à Disney est prévu aussitôt que maman aura repris des forces, que le cancer se sera endormi pour lui laisser le temps de s'amuser avec son mari et leurs enfants.

Martine Duguay insiste. Tous les dons qui lui ont été versés à ce jour pour lui permettre de recevoir des traitements de chimio-embolisation, en Allemagne, sont dans un compte prévu à cet effet.

Personne ne lui a demandé de se justifier, mais la femme tient à le faire. Si elle décidait de ne plus retourner à la clinique du docteur Vogl, chaque dollar reçu de la population sera dépensé judicieusement.

«Ce sera peut-être pour aider mon conjoint, si jamais il est obligé d'arrêter de travailler», dit-elle en l'absence de celui-ci durant l'entrevue.

Yanick Auger, un boucher, continue de concilier son emploi du temps entre la maison et la Boucherie Fortin de Saint-Étienne-des-Grès, mais il a prévu demeurer auprès de sa douce lorsque la santé de celle-ci se dégradera.

Martine et Yanick reviennent tout juste d'une semaine sous le soleil de la République dominicaine. Leurs proches se sont cotisés afin que le couple puisse reprendre son souffle. Assis dans le même wagon de montagnes russes, les deux époux se parlent beaucoup de ce qu'ils ressentent l'un et l'autre face à cette impitoyable maladie. Par la force des choses, ils ont commencé à prévoir l'après...

«Le cancer, c'est la pire mort. Tu as le temps de la vivre 100 fois...», soutient Martine Duguay en souriant tristement. Elle entend tout planifier. Et il y a quelque chose de surréaliste à l'entendre défiler sa liste à cocher.

«J'ai refait mon testament, je prépare un diaporama de photos pour les funérailles, je vais choisir mon urne, je m'occupe des assurances, je mets les comptes au nom de mon chum... C'est nono, mais ce sera quelque chose de moins à faire pour lui. Il devra vivre son deuil et aider les enfants à faire le leur», rappelle-t-elle avec un courage inouï.

Martine Duguay apprivoise le grand départ tout en vivant intensément chaque instant. «Ce n'est pas toujours évident. On manque de temps. C'est fou.»

Assise, elle aussi, autour de la table de cuisine, Ginette Desnoyers ne peut retenir ses larmes en entendant sa fille se confier ainsi.

«Je ne sais pas comment elle fait. Il y a une telle force en elle», murmure la dame qui prend exemple sur Martine, une femme qui refuse de s'écraser devant un adversaire qu'elle tente d'éloigner, à défaut de pouvoir s'en débarrasser.

«Oui, je me permets de pleurer, pour évacuer, mais ça me donnerait quoi de brailler dans un coin et de perdre le peu de temps qu'il me reste?», demande-t-elle sans attendre une réponse.

Son petit dernier, Zach, 3 ans, s'amuse candidement à ses côtés. Il ne s'en doute pas, mais quelques heures plus tôt, quand sa mère l'a pris dans ses bras pour le bercer et le bombarder de bisous, elle en a profité pour faire le plein de bonheur avant de retourner courageusement à sa fabrique de souvenirs.

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