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Sachant qu'il est pratiquement impossible pour les élèves... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Sachant qu'il est pratiquement impossible pour les élèves du secteur adapté de participer à des activités interscolaires les soirs et les week-ends, les écoles secondaires et le RSEQ Mauricie organisent des tournois durant les heures de classe comme ce fut le cas, récemment, à l'école secondaire Val-Mauricie.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au ballon-chasseur, les élèves de France Carignan étaient sans doute les derniers choisis pour former une équipe, éliminés dans la tête des autres joueurs bien avant le début de la partie.

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Enseignante en adaptation scolaire à l'école secondaire des Pionniers, France Carignan rêvait depuis longtemps d'une ligue de hockey cosom pour ses élèves.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Appartenir à une équipe sportive? Une vraie? Ces mêmes ados n'ont pas vraiment osé y rêver. Quand l'enjeu est de gagner une médaille, on recrute d'abord les meilleurs. Et à ce chapitre, les amis de Mme Carignan ont déjà deux prises contre eux.

L'enseignante en adaptation scolaire à l'école secondaire des Pionniers est entourée de jeunes qui n'ont pas le profil de l'athlète dont on vante couramment les exploits. Elle a plutôt affaire à des gars et à des filles qui s'estiment perdus d'avance.

Ce sont des élèves vivant avec une déficience intellectuelle, un trouble envahissant du développement, des difficultés de langage ou quoi d'autre encore. Pour dire la vérité, leur parcours a souvent été ralenti par les insuccès, le mot victoire ne faisant pas partie de leur vocabulaire.

France Carignan, qui évolue auprès de cette clientèle depuis 27 ans, a décidé de remédier à la situation.

Forte de son expérience en éducation, la Trifluvienne est aussi une maman qui a passé ses week-ends dans les estrades pour encourager sa fille sportive et épanouie. Un et un font deux. L'enseignante a eu la bonne idée d'ajouter l'esprit d'équipe à la gamme de besoins spécifiques de ses protégés.

Et c'est le but!

En 2015, à raison de deux fois par semaine, France Carignan et ses élèves se sont initiés au hockey cosom dans le but de participer au Défi sportif Altergo, un événement qui se déroule annuellement à Montréal et qui réunit des athlètes de partout dans le monde et de toutes les déficiences.

L'équipe est revenue gonflée à bloc de ces quasi olympiques. Pour France Carignan, ça ne pouvait pas s'arrêter ainsi. 

La Trifluvienne a eu l'idée de mettre en place une ligue scolaire de hockey cosom adapté, une association dûment structurée avec des équipes, des tournois, des bannières et du plaisir pour tout le monde, peu importe le nombre de buts comptés ou ratés.

«Tout le monde doit jouer durant une partie. C'est notre règle d'or. La ligue a été créée pour les joueurs et non pour nous, encore moins l'ego des entraîneurs», avise France Carignan.

Le Réseau du sport étudiant de la Mauricie a chaudement applaudi son initiative. Le mot s'est passé rapidement dans le milieu. Six établissements de la région font maintenant partie d'une ligue en train de faire école.

Rencontrée entre deux matches lors du plus récent tournoi, à Val-Mauricie, France Carignan ne portait plus à terre. Les participants avaient fière allure avec leur chandail aux couleurs de leur école respective.

Ça sentait la sueur dans le gymnase et le plaisir de jouer ensemble, toutes équipes confondues. Lors d'une joute de hockey cosom adapté, il ne faut pas s'étonner de voir un joueur lancer au but... et féliciter le gardien qui a intercepté la balle.

France Carignan rit en racontant la scène, tout comme elle est touchée de voir un participant aider un adversaire tombé au sol à se relever.

L'enseignante collectionne ce genre d'anecdotes depuis l'automne dernier. Des paroles la touchent plus que d'autres, comme celles de ce garçon qui persévère dans ses apprentissages depuis qu'il porte le chandail des Gothics. Malgré ses difficultés, il est devenu un ambassadeur de l'école secondaire des Pionniers.

«C'est la première fois que je peux faire partie d'une équipe», lui a-t-il dit avec reconnaissance.

Émue, France Carignan souligne que les entraîneurs sont avant tout des éducateurs spécialisés, des gens de coeur qui sont capables de patience, parce qu'il en faut lorsqu'on travaille avec des jeunes dont les faits et gestes sont souvent dictés par les émotions. Le hockey cosom devient un outil de plus pour enseigner ce qui ne s'apprend pas en classe.

L'enseignante se souvient d'un match où son équipe allait vraisemblablement l'emporter haut la main sur ses adversaires. Plutôt que de s'en réjouir, France Carignan a surpris sa gang en demandant à ses défenseurs de prendre la place des attaquants et aux attaquants, de se charger de la défense.

Résultat ? Ils ont gagné pareil, mais le massacre a été évité.

«Vous êtes mes héros! Vous avez compris qu'on est ici pour s'amuser. Vous aimez ça faire un but? Eux aussi!» a-t-elle dit à ses joueurs au terme d'une rencontre où chacun est sorti gagnant.

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