Éliane, le cancer et l'invincible amour

Saint-Valentin ou non, les parents d'Éliane, Joany Bellemare... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Saint-Valentin ou non, les parents d'Éliane, Joany Bellemare et Hubert Bonneville, se prouvent chaque jour leur amour. Maintenant plus que jamais en fait.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À 4 ans, Éliane est trop jeune pour le réaliser, mais ses parents s'aiment énormément. Saint-Valentin ou non, Joany Bellemare et Hubert Bonneville se prouvent chaque jour leur amour. Maintenant plus que jamais en fait.

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Marilie, 2 ans, et Madden, 6 ans, prennent aussi soin de leur soeur Éliane.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Il n'y aura pas de souper en tête-à-tête. Ni ce soir, ni demain. Les chandelles, ce sera pour plus tard, lorsqu'Éliane sera guérie et que son papa et sa maman auront l'esprit en paix et, forcément, le coeur à la fête. Pour le moment, les deux amoureux ont beaucoup à faire. Ils doivent mettre toutes leurs énergies pour protéger leur cellule familiale contre le cancer qui est venu menacer leur bonheur.

Joany Bellemare, 30 ans, et Hubert Bonneville, 31 ans, se connaissent depuis toujours. Ils ont grandi ensemble à Saint-Étienne-des-Grès, fréquenté les mêmes écoles primaires et secondaires. Enfant, Hubert était le copain du frère de Joany, son amie aussi qui, à l'adolescence, est devenue sa blonde. Mariés, ils ont trois enfants: Madden, 6 ans, Éliane, 4 ans et Marilie, 2 ans.

Éliane avait 2 ans lorsqu'un bon matin, elle s'est réveillée en pleine forme, mais avec une bosse incolore au beau milieu du front. Même si cette proéminence ne semblait pas causer de douleur à la petite, ses parents ont tout de même consulté un médecin qui s'est d'abord montré rassurant.

Turbulente comme le sont souvent les enfants de cet âge, la bambine s'était probablement cognée en jouant. «Mais revenez me voir si vous constatez un changement», a-t-il dit au couple qui a rappliqué dans son bureau quelques jours plus tard. La bosse avait pratiquement doublé de grosseur et se rapprochait dangereusement de l'arcade sourcilière.

Parents et enfant ont aussitôt été dirigés vers la clinique de pédiatrie du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières où, à la lumière des premiers examens, la spécialiste rencontrée a demandé une expertise sur-le-champ du côté de l'Hôpital Sainte-Justine.

Diagnostic: lymphome lymphoblastique. Traitement: deux à trois ans de chimiothérapie.

Pour tout dire, Éliane et ses parents ne sont pas encore tout à fait sortis de la spirale dans laquelle ils sont tombés il y a deux ans, mais l'espoir fait tranquillement son chemin. La fillette a amorcé le dernier droit de sa chimio. La beauté de l'enfance pourrait reprendre ses droits au printemps, permettant ainsi à Joany et à Hubert de retrouver leur souffle... et leur couple.

L'expérience révèle que les parents d'un jeune enfant atteint d'un grave problème de santé sont beaucoup plus à risque de se séparer. Dépourvus et impuissants, les premiers alliés d'un petit combattant doivent demeurer à son chevet tout en continuant de s'occuper des autres membres de la famille, d'aller travailler, de faire le ménage, l'épicerie, le taxi et leur possible. La routine prend le bord, amenant les repères si essentiels pour traverser la tempête sans trop de séquelles.

Le stress, la peur, la tristesse, la frustration, la culpabilité et la colère déferlent sur des parents qui n'ont pas toujours la chance d'être soutenus par leur entourage. Épuisés, ébranlés et rattrapés par l'isolement qu'impose inévitablement l'alternance des responsabilités entre celui qui accompagne l'enfant à l'hôpital et l'autre qui reste à la maison, des couples finissent par se perdre de vue et se dirigent tout droit vers la séparation.

Ce n'est heureusement pas le cas de Joany et d'Hubert. Ensemble depuis quinze ans, ils sont soudés serrés. «Nos petits moments à deux sont rares, mais ce n'est pas grave, on se reprendra plus tard. C'est tellement important qu'Éliane guérisse. Notre vie de couple est en attente pour les bonnes raisons», explique le père de famille en se tournant vers sa conjointe qui l'approuve du regard.

Hubert, c'est la force tranquille. «C'est lui qui me remonte le moral», sourit Joany qui a récemment bénéficié d'une journée de répit organisée par Leucan Mauricie-Centre-du-Québec. Entourée de parents également éprouvés par le cancer d'un enfant, la jeune femme s'est sentie comprise. «Ça m'a fait tellement de bien!», dit-elle simplement.

Rencontré dans le confort de leur maison, le couple Bellemare-Bonneville a accepté de raconter son histoire à la veille de la Saint-Valentin et de la Journée internationale de sensibilisation au cancer pédiatrique, ce lundi 15 février. Leucan profite de cette occasion pour souligner l'importance pour les parents de demeurer unis et forts malgré les difficultés familiales engendrées par la maladie.

Joany Bellemare et Hubert Bonneville savent trop bien de quoi il en retourne ici. Ils se confient tout en jetant un oeil à leur trio qui s'amuse gaiement dans le salon avec une trousse de docteur, un jouet bien entendu.

Le téléphone sonne. C'est l'infirmière du CLSC qui avise qu'elle passera dans quelques minutes pour récupérer l'échantillon de sang d'Éliane. Joany interrompt l'entrevue et s'approche de sa fille qui lui tend tout naturellement le bout de son doigt. C'est maman qui effectue la prise de sang. Joany Bellemare est aussi une infirmière, une vraie. D'ailleurs, elle vient de reprendre son travail tout en poursuivant des études à l'université. La jeune femme n'arrête pas. Elle n'a pas vraiment le choix. La vie continue.

Hubert Bonneville est quant à lui entre deux emplois, une situation qui tombe plutôt bien dans les circonstances. Le jeune homme peut veiller aux bons soins d'Éliane tout en s'assurant que Madden et Marilie ne subissent pas trop les effets secondaires de la maladie de leur soeur qu'il faut protéger contre ceci et cela. Un microbe et la fièvre sont vite arrivés.

On a tous compris que les deux parents sont débordés, que leurs défis sont immenses. Joany et Hubert misent cependant sur les forces de chacun pour sortir indemnes d'une aussi grande épreuve qu'est le cancer d'un enfant. Leur amour est intact et Éliane ne s'en porte que mieux.

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